ÉTUDE HISTORIQUE DE CETTE THÉORIE
De l’idée de bonté originelle de l’homme sont nées deux tendances diamétralement opposées : les autoritaires croient à l’efficacité et à la nécessité de mesures d'État pour que la vertu apparaisse el ne subisse aucune éclipse ; les libertaires pensent à l'inverse qu’un acte d'autorité, quel qu'il soit, a toujours pour effet de vicier notre nature. Ces derniers semblent donc affirmer la bonté native d’une manière absolue, et se mieux conformer aux règles de la logique dans les systèmes sociaux dont cette notion constitue la pierre angulaire. Et, de fait, les représentants de la première opinion parfois admettent moins la bonté native que la neutralité native : c’est bien encore affirmer l’excellence de notre nature que de n’y voir aucun germe mauvais, mais
c’est aussi atténuer cette affirmation quelque peu. Martin 1
ao SR
Nous allons aborder successivement l’étude de ces deux écoles.
$ 4. — Les autoritaires
Historiquement, les conclusions autoritaires ont été énoncées avant même que le principe, sur lequel elles sont assises, ait été défendu. Ce qui, dès l’antiquité,est mis en relief, c’est l'influence essentiellement moralisatrice d'une société bien constituée, et la mission qui incombe à l'État de diriger les citoyens dans la voie du bien.
Platon disait que «les crinies sont causés par le défaut de culture, par la mauvaise éducation et par la. mauvaise organisation de l’État ». Les vices ont leur origine dans l'inégalité des biens : &« Voilà donc deux choses auxquelles nos magistrats prendront bien garde de donner entrée dans nos villes : l’opulence et la pauvreté; l’opulence, parce qu’elle engendre la mollesse et la: fainéantise ; la pauvreté, parce qu'elle produit la paresse et l’envie » (République, livre ID). Il n’y voit de remède que dans le communisme le plus absolu : tout sera en commun, biens, feñmes et enfants. Dans cette communauté des femmes, il ne faudrait pas voir la liberté de l’amour que les modernes réclament. La reproduction de l’espèce est d'intérêt général ; aussi, les unions sont-elles déterminées par le sort ; toutefois, comme les résultats pourraient n’être pas tout à fait satisfaisants, s’ils étaient entièrement déterminés