AUS
larisant le concubinage, une sorte d’amour libre patenté, munie d’un certificat de l’autorité religiososociale. Enfantin ne s’en tient pas là : il accorde au couple sacerdotal, prêtre et prêtresse, non seulement l’aultorité intellectuelle et morale, mais aussi l’autorité « sensuelle, charnelle » : ce couple exercera, sur les fidèles sa direction « par l’esprit et par lessens.» Le couple sacerdotal, écrit Enfantin, « impose la puissance de son amour aux êtres qu'un esprit aventureux ou des sens brüûülants égarent et il reçoit d'eux l’hommage d’une pudique tendresse ou le culte d’un ardent amour. Je parle du couple ; ce que je dis pour le prêtre, je le dis aussi pour la prêtresse.» Ce nouveau christianisme n’est pas autre chose que l'ancien paganisme : il a’y manque rien, pas même la prostitution sacrée, pas même les débauches rituelles célébrées à l’ombre des temples de Vénus. La barque saint-simonienne conduisait ses passagers à Cythère. C'était encore du Watteau en plein xix° siècle.
Les collectivistes devaient poursuivre l'idéal autoritaire. Mais ils se dégagent à la fois des bergeries saint-simoniennes et de la religiosité que cette école et que Rousseau avaient manifestée. Le matérialisme absolu s'affirme brusquement, et l’idée même de bonté originelle est résorbée par la doctrine déterministe de l’homme, nature neutre, empruntant au milieu ses tendances, ses sentiments et son caractère.
C’est Robert Owen qui, le premier, renouvelle la
Martin 4
RTE
sociologie platonicienne. [l pensait que, dans une société bien construite, l'influence de l’éducation et des institutions suffisent pour élouffer tous les mauvais instincts, développer toutes les vertus, et harmoniser tous les intérêts.
. Marx et son école devaient asservir plus solidement encore cette doctrine. Estimant que les idées sont simplement le reflet des phénomènes économiques, ils concluaient qu'il suffit d’une transformation dans le régime de la richesse pour changer idées et sentiments. Ils prétendent supprimer la misère. Or, disent-ils, « la misère est la cause prineipale de la dégénérescence humaine » ; c’est «un fait incontestable et incontesté » (Enrico Ferri, Socialisme et science positive, p. 198). Il convient donc de soigneusement distinguer Rousseau des collectivistes. Celui-là affirme que l’homme était bon à l’origine, et que la société l’a perverti. Ceux-ci ne remontent pas à l’origine, ou, s'ils y remontent, c’est pour souscrire, avec les transformisies, à la croyance à la descendance animale de l’homme ; ils ne sauraient donc parler de bonté originelle. Mais l’homme étant le produit du milieu (et tout le transformisme est là), si de la nature de l’homme découlent des conséquences détestables, c’est que le milieu social y dépose des ferments de vice. L’homme n’est pas libre ; il est agi. On l’envisage comme un produit social. La société le secrète. L’individu est passif, il est müû du dehors, car c’est le dehors qui suscite ces mo-