LUN D DIE
mique renferme toutes les autres; sa solution conditionne toutes les autres solutions. De là encore cette conception de l’histoire, d’après laquelle tous les phénomènes intellectuels et moraux seraient un simple reflet de l’organisation économique.
On en a induit à tort queles marxistes refusaient à l'intelligence, à la moralité, au sentiment, toute influence sur la marche des sociétés. A ces différents agents ils font leur part. On ne nous parle pas seulement de l’action exclusive du milieu cosmique, mais des « actions et réactions du contenant et du contenu » (p. 2). Le milieu économique influe sur la formation de l’homme, maison avoue que le milieu économique est « un milieu spécial créé parl’homme et résultant des conditions de vie par lui ajoutées ou substituées à celles que lui fournit la nature » (p. #). Oui, dit-on, « on est mal venu à nous accuser de ne pas reconnaître l’action de l'intelligence humaine, puisque nous proclamons qu’elle est la créatrice de ce milieu » (p. 5).
Tout cela est exact. C’est, en effet, du milieu naturel où ils plongent, que les êtres tirent leur substance ; c’est par lui qu'ils renouvellent leur force vitale; c’est là qu’ils puisent la matière dont ils s’imprègnent. Le milieu social fournit l’aliment sans lequel s’anémierait l'intelligence, s’éleindrait le foyer de l’âme. La question économique est à la racine de toute autre : on ne peut penser lorsqu'on a faim, et, si toute l’activité est sollicitée par la nécessité impérieuse de satisfaire aux besoins maté-
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riels les plus pressants, ni l’art, ni la science ne sauraient naître puisqu'ils sont faits, celle-ci de méditation, celui-là de rèverie, l’un et l’autre de longs et paisibles loisirs. S'instruire, s’éduquer, s'affiner, faire siennes les sensations exquises de la pensée et les habituelles délicatesses du cœur, tout cela est désirable : mais pour que cela soit possible, il faut du pain, d’abord. Il est juste également d'affirmer les influences réciproques de l’individu et de son milieu, l'élaboration continue de celui-ci par celui-là, l’action créatrice de l’être, tissant sa toile et la déchirant pour la reconstruire encore dans le tâtonnement douloureux, dans la recherche inquiète de ce type de perfection éternelle qu’il sent s’agiter sourdement au plus profond de lui-même. |
Tout cela est vrai. Mais les marxistes vont plus loin, et nous ne pouvons les suivre sur ce terrain nouveau.
Comment, en effet, concoivent-ils l’action créatrice de l'intelligence ?
1° «L'intelligence ne fait, par ses créations, qu'élaborer les éléments préalablement puisés dans Île milieu. Donc, l'intelligence peut, en travaillant sur les éléments que procure le milieu existant, produire dans ce milieu un changement » (/d., p. 5). Cette création est donc exclusivement une élaboration. Elle n'apporte aucun élément nouveau. Elleles reçoit tous du milieu naturel et social. Rien ne vientd’elle.
2% Accordera-t-on du moins que l'intelligence
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choisit librement les éléments dont elle fait sa substance ? Et qu’elle en dirige à son gré l'élaboration ? Nullement : « Nous nous refusons à voir en elle un phénomène spontané » (p. 5). Le nœud de la question est là. C’est la solution du problème du déterminisme et de la liberté que l’on suppose acquise en faveur de celui-là contre celle-ci. Une causation inflexible impose à l’intelligence certains éléments du milieu et règle mécaniquement leur élaboration. L'intelligence est passive dans la réception des éléments ; elle est agie dans le travail qui s'opère sur eux. (est un estomac mental dont le mécanisme inerte est mû par des lois inflexibles.
Le rôle de l'intelligence, et, par suite, de l’homme, est donc, dans cette doctrine, réduit à zéro. Les individus sont ce que les fait le milieu. Leurs réactions contre le milieu sont fatalement déterminées, et, si elles le modifient, c’est en somme le milieu qui se modifie lui-même par la complication inutile de leur rouage. L'action créatrice de l'intelligence se réduit à une pure fiction. L'intelligence demeure un épiphénomène, quelque chose de surajouté et d’inutile, le simple reflet du réel, une lueur dansante, un jeu de lumière : «L'idée est la réflexion, dans le cerveau, des relations de l’homme avec ce qui l’entoure » (ES De
À notre sens, l’homme n’est pas entièrement fait par le milieu, car, — aux éléments reçus du milieu, il joint son rapport original ; — ces éléments, il les
choisit librement et les triture par un travail spontané.
1° L'intelligence apporte au milieu des éléments nouveaux. Par exemple, les notions géométriques de point, ligne, cercle, etc., sont des constructions mentales. La nature n’en présente aucun type. — Mais, dira-t-on, ces notions ne sont pas innées en nous. — Non, nous en puisons l’image grossière dans la nature, nous l’épurons par un travail intérieur, et nous obtenons le concept géométrique. — Mais alors le milieu a fourni la matière première. — Soit. Il n’en est pas moins vrai que, du travail subi par ces éléments bruts, sont sortis des éléments nouveaux. La transformation qu’ils ont subie équivaut à une création, car il y a une différence absolue entre les figures géométriques réalisées dans la nature et celles conçues dans notre esprit. Les unes sont hétérogèves aux autres. Cette élaboration est vraiment une création. Mieux que cela : en réalité, sous l’influence des catégories d'espace, de temps, l'esprit construit le monde phénoménal, donc le milieu naturel. Enfin, certaines notions sont innées, ce sont les principes d'identité et de causalité. Ges principes et ces catégories, matière qu’il trouve en lui-même, voilà les éléments entièrement nouveaux qu'il apporte au milieu. Les constructions géométriques, voilà encore des éléments nouveaux qu'il crée avec des éléments hétérogènes fournis par le milieu. Cest avec raison que Leibnilz, aux empiristes affirmant — nihil est in intellectu quod non fuerit prius in sensu,
Mn." RES
— répondait en ajoutant à leur formule — nisi intellectus.
20 Si nous nous en tenons exclusivement aux éléments fournis par le milieu et que l’homme élabore sans en modifier l’essence, nous dirons qu’il en opère d’abord le choix, puis l’assimilation, sans y être nécessité, car il est libre. C’est la question du libre arbitre, dont nous esquissons plus loin la démonstration.
Quoi qu’il en soit, les collectivistes demeurent attachés à cette espérance que l'homme sera vertueux dans la société réorganisée. Tous les instruments de production seront mis en commun et déclarés propriété d’État. Seule, la propriété privée des objets de consommation sera maintenue. Un minimum de subsistance et de travail sera assuré à tous. Les individus seront rétribués d’après l'heure de travail et payés au moyen de bons. La suppression de la monnaie empêchera la thésaurisation des espèces. Les intermédiaires commerciaux disparaîtront, les objets produits étant versés dans les magasins communaux où les consommateurs iront directement s’approvisionner. La misère disparue, tout le mal moral sera éliminé. On promet aussi la suppression du militarisme et une fédération universelle. On entend amender le jeu gouvernemental par l’institution du mandat impératif et du referendum. Toutefois, le principe de l'autorité gouvernementale demeure, avec son appareil compliqué de lois, de règlements, de fonctionnaires, d’inspecteurs, et con-