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séquemment le régime des sanctions pénales pour. qui trangresse les ordres émanés du pouvoir. Tout ce réseau a pour objet de protéger les hommes les uns contre les autres. et chacun contre soi-même. L'État impose ainsi la vertu et le bonheur. En vérité, comme le voulait Rousseau, il nous « force d’être libres ».
Précisément, les libertaires prétendent que c’est là ce qui nous rend mauvais et nous fait tant souffrir. Le gouvernement, qui ordonne et impose sa volonté, est le générateur des instincts mauvais et des froissements douloureux. L'autorité est la grande coupable. C’est sur la liberté complète que la morale peut s’édifier, et c'est d'elle seule que le bonheur peut naître. Le vrai souverain n’est pas la Volonté générale, mais la Volonté de l’individu.
$ 2. — Les libertaires.
L'idée fondamentale, sur laquelle Rousseau édifia tout son système d’éducation et de politique, se résumait dans ces deux propositions : originellement, l’homme est bon, libre et heureux; mais il a passé de l’état de nature à l’état de société, et la société le pervertit. Comment donc retrouver cette excellence native? Les théoriciens, que nous avons examinés, ont répondu : il faut réformer la société en instaurant une organisation autoritaire qui contrai-
gne l’homme à devenir meilleur. Les libertaires vont préconiser une solution différente : détruire la société, et laisser faire ; les hommes s’organiseront spontanément, et de leurs passions débridées naîtra l'harmonie.
Les Physiocrates sont les représentants timides et partiels de cette opinion. En politique, ils en sont même tout l'opposé, puisqu'ils préconisent l’absolutisme royal. Au point de vue économique, ils réclament l'entière liberté des individus, mais dans un régime de propriété et d’inégalité. Une telle doctrine serait aujourd'hui conservatrice au plus haut degré. Il y a 150 ans, elle avait quelque peu une allure révolutionnaire. Elle se rattachait du reste intimement aux controverses philosophiques alors en vogue sur la nature de l’homme et des sociétés.
Ce que les Physiocrates ont surtout mis en relief, c’est la notion d’un ordre naturel des sociétés. Il existe un ordre naturel, et c’est sa violation qui engendre tous les maux dont souffrent les hommes. « Les hommes ne sont pas réunis par hasard en société civile. Ils avaient, ils ont un but essentiellement marqué par leur nature, pour se conduire ainsi ». (Dupont de Nemours, De l’origine et des progrès d’une science nouvelle, t. 2 de la Collection des Economistes, p. 337). & Il y a un ordre naturel, essentiel et général, qui renferme les lois constitutives et fondamentales de toutes les sociétés ; un ordre duquel les sociétés ne peuvent s’écarter sans être moins sociétés, sans que l’état politique ait
moins de consistance, sans que ses membres se trouvent plus ou moins désunis, et dans une situation violente : un ordre qu'on ne pourrait abandonner entièrement sans opérer la dissolution de la société et bientôt la destruction absolue de l’espèce humaine ». (id., 338). Alors que Rousseau voit dans la société un fait artificiel et arbitraire, les Physiocrates y voient donc, au contraire, un fait naturel et nécessaire. En outre, ils estiment chose excellente cet état social que Rousseau déclare chose détestable, car ils voient dans l’ordre social conforme à l’ordre naturel le procédé propre à nous garantir les avantages de celui-ci. Dans l’ordre naturel des sociétés, « antérieur à toute convention entre les hommes », ceux-e1 « ont des droits et des devoirs réciproques ». « Les droits de chaque homme, antérieurs aux conventions, sont la liberté de pourvoir à sa subsistance et à son bien-être, la propriété de sa personne et celle des choses acquises par le travail de sa personne. Ses devoirs sont le travail pour subvenir à ses besoins, et le respect pour la liberté, pour la propre personnalité et pour la propriété mo: bilière d’autrui. Les conventions ne peuvent être faites entre les hommes que pour reconnaître ct pour se garantir mutuellement ces droits et ces devoirs établis par Dieu même. Il y a donc un ordre naturel et essentiel auquel les conventions sociales sont assujetties, et cet ordre est celui qui assure aux hommes réunis en société la jouissance de tous leurs droits par l'observance de tous leurs devoirs. La soumis-
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sion exacte et générale à cet ordre est la condition unique dont chacun puisse attendre et doive espérer avec certitude la participation à tous les avantages que la société peut se procurer ». (p. 341 et suiv.) L'ordre social est donc utile pour garantir l'ordre naturel, et il n’est légitime que dans la mesure où il respecte celui-ci. Les individus ayant des droits et devoirs antérieurs à toute convention, les contrats qu'ils passent ne peuvent y porter atteinte.
Dupont de Nemours se faisait l’écho de Quesnay. Celui-ci non plus ne condamne pas l’état social; 1l considère comme chimérique l’hypothèse d’un état dans lequel les hommes vivraient isolés (V. Quesnay, Droit naturel. p. 49, t. 2, de la Collection des Economistes). Mais il condamne la société non conforme à l’ordre social naturel. L'homme ne sera donc pas rendu mauvais par la société, mais par une soclété non conforme à cet ordre. Non seulement la société ne nuit pas à l’homme, mais elle est au contraire bienfaisante : « Dans l’état de pure nature ou d’entière indépendance, les hommes ne jouissent de leur droit naturel aux choses dont ils ont besoin que par le travail, c’est-à-dire par les recherches nécessaires pour les obtenir : ainsi le droit de tous à tout se réduit à la portion que chacun d’eux peut se procurer, soit qu'ils vivent de la chasse,ou de la pêche, ou des végétaux qui naissent naturellement. Mais, pour faire ces recherches et pour y réussir, il leur faut les facultés du corps et de l’esprit,et les moyens ou les instruments nécessaires pour agir et pour
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parvenir à satisfaire à leurs besoins. La jouissance de leur droit naturel doit être fort bornée dans cet état de pure nature et d'indépendance, où nous ne supposons encore entre eux aucun concours pour s’'entr'aider mutuellement, et où les forts peuvent user injustement Ge violence contre les faibles. Lorsqu'ils entreront en société et qu'ils feront entre eux des conventions pour leur avantage réciproque, ils augmenteront done la jouissance de leur droit naturel; et ils s'assureront même la pleine étendue de cette jouissance, si la constitution de la société est conforme à l’ordre évidemment le plus avantageux aux hommes, relativement aux lois fondamentales de leur droit naturel » (id., p. 45). Ainsi, l’état de société est supérieur à l’état de pure nature, même si la société n’est pas conforme à l’ordre naturel, à plus forte raison, par conséquent si elle le respecte. Se conformer aux lois physiques et morales établies par Dieu, c'est faire œuvre de justice. L’ensemblé de ces lois constitue l’ordre naturel préexistant à toute convention humaine, et type parfait sur lequel toute convention humaine doit se modeler : «tous les hommes et toutes les puissances humaines doiventêtre soumis à ces lois souveraines (de l’ordre naturel), instituées par l’Etre Suprême: elles sont immuables et irréfragables, et les meilleures lois possibles, par conséquent la base du gouvernement le plus parfait, et la règle fondamentale de toutes les lois positives, car les lois positives ne sont que des lois de manutention relatives à
l'Ordre naturel évidemment le plus avantageux au genre humain » (id, p. 53). Quel est le détail de cet ordre naturel? D'après Quesnay, l’homme a trois instincts : du bien-être, de la sociabilité, de la justice. Pour satisfaire le premier, il faut la propriété; pour satisfaire le second, l'autorité ; pour satisfaire le troisième, la liberté. Tels sont donc, — propriété, autorité, hiberté, — les principes fondamentaux de l'Ordre naturel. L'homme, étant propriétaire de ses facultés, doit pouvoir les exercer librement : liberté. Mais la liberté est vaine sans propriété ; cette propriété sera individuelle, parce que celle-ci, faisant plus produire au sol que l’appropriation collective, est davantage en conformité avec l’intérêt général, plus juste par conséquent. Enfin, pour réprimer les atteintes à la propriété, une autorité est nécessaire. Cet ordre naturel est œuvre divine. Les hommes n’ont donc pas à créer les lois, mais à les reconnaitre : « Les hommes ni leurs gouvernements ne les font point et ne peuvent pas les faire. Ils les reconnaissent comme conformes à la raison suprême qui gouverne l'univers ; ils les déclarent ; ils les portent au milieu de la société; ils les présentent à l’obéissance des gens de bien, à la conscience même du méchant. C’est pour cela qu’on dit PoRTEUR de loi, légisLATBUR, et recueil des lois PORTÉES, légisLATION, et qu'on n’a Jamais osé dire rAISEUR de loi, légisrACTEUR, ni légisracrioN » (Dupont de Nemours, Maximes du D' Quesnay, t. 2 de la collection des Economistes, p. 390). « La législation positive consiste donc dans
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la déclaration des lois naturelles constitutives de l’ordre évidemment le plus avantageux possible aux hommes réunis en société. » (id., Droit naturel, p. 53).
Ainsi, alors que Rousseau attribue au pouvoir socal une puissance illimitée, les physiocrates lui interdisent de porter atteinte au droit individuel et aux lois naturelles antérieures et supérieures au pouvoir social. Du reste, on ne s’affranchit pas impunément de cet ordre naturel des choses. Toute transgression à ses lois est cause de nos maux: Ces maux sont la peine méritée par la violation de cet ordre : « Les transgressions de lois naturelles sont les causes les plus étendues et les plus ordinaires des maux physiques qui affligent les hommes » (Quesnay, Droit naturel, t. 2 de la Collect. des Economistes, p. 46). Aussi, tandis que Rousseau permet, à la société d’enchaîner l'individu et de le forcer à s’approcher de la vertu qu’il pratiquait dans l’état de nature,au contraire les physiocrates pensent que la société doit laisser aux individus la liberté économique la plus absolue, car « l’homme n’est pas né pour mal faire ». Laissez-le libre d'agir : l'intérêt sera son inspirateur. Or l'intérêt est toujours conforme à la justice. Il suffil donc de laisser les intérêts se développer et se satisfaire librement. « Quel est le véhicule qui agit avec une force égale sur Le peuple et sur les grands, sur l’homme faible et sur l’homme à caractère, sur les âmes bien nées et sur les méchantes mêmes? Il est donné de Dieu,
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c’est l'intérêt. Eclairons donc l'intérêt, montrons qu’il est toujours d'accord avec la justice la plus sévère et presque toujours avec la bienfaisance, et nous couperons par la racine l’oppression et la méchanceté qui ne viennent jamais de l'intérêt bien entendu. L'homme n’est pas né pour mal faire. Le plus vil des scélérats, s’il voyait un intérêt égal à faire le bien qu'à commettre un crime, ne se rendrait pas criminel. C’est l'ignorance de leur propre intérêt qui fait les coupables » (Dupont de Nemours, Les Ephémérides de 1771, t. VI, analyse de la 3° édition du poème des Saisons).
En résumé, l’homme est né pour le bien et la justice. Il trouve l’un et observe l’autre lorsqu'il suit son intérêt. Cet intérêt est satisfait par le droit d’acquérir, de posséder et d'échanger librement. L’hommé, étant propriétaire de lui-même, doit pouvoir l'être des choses qu'il crée : « La possession des choses acquises par le travail, la propriété mobilière se trouve essentiellement liée à la propriété personnelle; on ne jouirait pas de soi-même si l’on pouvait être privé par uu autre homme de ce qu’on a acquis par soi-même » (Dupont de Nemours, Discours préliminaire de la Physiocratie, édit. de 1767, t. [, p. XXIX). La liberté des échanges découle du droit de propriété qui suppose le droit de disposer de son bien. De plus: « La liberté des échanges concourt en outre au bien général, car elle engendre la concurrence ; chacun s’ingénie à économiser sur les frais de son travail, et cette économie tourne