‹ La Question Sociale Est-elle Une Question MoraleChapitre 42 sur 48 · De nombreux féministes réclament pour la femme · texte numérisé non relu

De nombreux féministes réclament pour la femme

comme pour l’homme, le droil de faire « des expériences »:

avant le mariage.

peut done espérer rendre la famille forte, le mariage honnête, les mœurs pures, que par la réforme même de cette organisation.

On le voit: le milieu social peut être l’instigateur du mal moral. S'il était faux de prétendre, avec les novateurs, que la transformation du milieu suffit pour transformer l’homme, il étaitnon moins faux de dire, avec les conservateurs, que, dans un milieu non modifié, l’homme peut toujours pratiquer le bien. Il apparaît manifeste que, si une réforme sociale ne fera pas nécessairement l’homme vertueux, elle sera du moins la plus sûre auxiliaire des efforts qu'il tentera pour le devenir. Mais cette nécessité d'une réforme collestive et purement extérieure (1) sera rendue plus évidente encore si

1. Cette conclusion ressort également de l’étude de l’influence de la foule. Certes, le caractère collectif d’un groupe est déterminé par les caractères des associés. Mais la combinaison de ces caractères amène l'apparition d’une résultante originale. Les caractères individuels se fondent dans une collectivité de notation différente.

Les preuves abondent : une assemblée d'hommes capables peut prendre une décision que chacun d’eux, individuellement, réputerait maladroite, ou mauvaise, ou fausse. De « douze hommes de bon sens et intelligents peut émaner un jugement stupide et absurde. » (Sighele, La foule criminelle, 12). « La réunion de personnes capables n’est pas toujours une garantie sûre de la capacité totale et définitive; de la réunion d'individus de bon sens, on peut obtenir une assemblée qui n’a pas le sens commun ; comme, dans la chimie, de l’union de deux gaz on peut obtenir un liquide. » (E. Kerri, Nouveaux horizons, 483). « Réunissez 20 ou 30 Goethe, Kant, Helmbhollz, Schakespeare, Newton, elc., et soumettez à leur jugement et suffrage la question pratique du moment. Leurs discours seront peut-être tout autre que ceux que pourrait

nous recherchons comment il peut se faire que le

prononcer une assemblée quelconque (bien que je ne veuille pas répondre même de cela); mais, quant à leurs décisions, je suis cerlain qu'elles ne diffèreront en rien de celles d’une assemblée queiconque. Et pourquoi cela ? Parce que chacun des 20 ou 30 élus, outre la propre originalité qui fait de lui un individu excellent, possède aussi le patrimoine de qualités héritées de l'espèce, q ii le rendent semblable non seulement à son voisin dans l'assemblée, mais aussi à (ous les individus inconnus qui passent dans la rue. On peut dire que tous les hommes, à l’élat normal, ont certaines qualités qui constituent une valeur commune, identique, supposons égale à x, valeur qui est augmentée dans les individus supérieurs d’une aulre valeur différente pour chaque individu, et qui pour cela devra être appelée différemment pour chacun d’eux : soit, par exemple, égale à b, c, d, etc. Cela élant admis, il en résulle que, dans une assemblée de 20 hommes, — tous génies du plus haut rang — on aurail 20 x, et seulement 1 b, 1 c, 1 d, etc., et nécessairement les 20 æ vaincraient les b, c, d, isolés; c’est-à-dire que l'essence humaine vaincrait la personnalité individuelle, et le bonnet de l’ouvrier couvrirait complèlement le chapeau du médecin et du philosophe. » (Max Nordau, Paradoxes, ch. III). A l'inverse, la réunion d'hommes de talents peut surexciter leurs qualités natives et leur faire produire plus qu’ils n’auraient pu rendre s'ils étaient restés isolés. De même, au pointde vue, non plus intellectuel, mais moral : une foule peut refléter la moralité moyenne de ceux qui la composent, et réagir en déprimant la moralité supérieure de certains d’entre eux. Elle peut même descendre au-dessous de cette moyenne. Mais elle peut aussi soulever les caractères bien au-dessus des âmes les mieux trempées, et leur faire vivre, dans la flamme de l'enthousiasme, la prodigieuse épopée des héros immortels.

De loute façon, les idées et sentiments propres au groupe conslilué réagissent sur les idées et sentiments des individus: Si ceux-ci peuvent être conduits par ceux-là à bien faire, ils peuvent être poussés à mal agir. Donc une réforme collective s'impose,

tout social exerce une influence aussi prépondérante sur la conduite des individus.

On a expliqué celte action de la collectivité sur ceux qui la composent, par l’imitation.

MM. Bordier (1), Max Nordau, (2), Bagehot (3), font une très large place à cet élément dans la vie des sociétés. Mais c’est M. Tarde qui a donné à à cette théorie tout son développement.

D’après M. Tarde, limitation sociale ne se rattache pas seulement à limitation psychologique d’individu à individu, mais elle explique l’évolution biologique, et même l’évolution cosmique. L'imitationest une répétition. Et la répétition est un phénomène universel. La répétition universelle se manifeste par l'ondulation dans le monde physique, la génération dans le monde biologique, limitation dans le monde social « La génération est une ondulation

4. « C’est la faculté de l’imitation qui, comme la diffusion dans un milieu gazeux tend à équilibrer la tension des gaz, tend à équilibrer le milieu social dans toutes ses parlies, à détruire l'originalité, à uniformiser les caractères d’une époque, d’un pays, d’une ville, d’un petit cercle d’amis. Chaque homme est individuellement disposé à l’imilalion, mais celle facullé atteint son maximum chezles hommes assemblés ; les salles de spectacle et les réunions publiques, où le moindre battement de mains, le moindre sifflet suffisent à soulever la salle dans un sens ou dans l’autre, en donnent la preuve.» (Bordier, La vie des sociétés, 76).

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