‹ La Question Sociale Est-elle Une Question MoraleChapitre 41 sur 48 · La vérité, la vérité absolue, voulez-vous la savoir · texte numérisé non relu

La vérité, la vérité absolue, voulez-vous la savoir

concluent entre jeunes filles, à lâme et aux sens neufs, et hommes épuisés par les plaisirs, blasés et las, résignés à faire une fin. Voilà la raison majeure des unions mal assorties, de la stérilité volontaire, de ces compensations cherchées au dehors, de cette

- révolte de la femme réclamant l’égalité dans le plai-

sir: «Oh ! vous avez bien arrangé les choses à votre convenance, Messieurs ! Elle estcharmante la société que vous nous avez faite ! Charmante pour vous ! Ils sont jeunes, ils piaffent, ils bondissent ! Amusetoi, mon ami, dit la maman, c’est de ton âge ! Jette ta gourme, mon garçon, dit le papa, c’est ta santé! Et monsieur gambade, caracole de la blonde à la brune, à la rousse. Et allez done !... Puis, quand il en a jusque-là, qu’il est éreinté, fourbu, rendu, n’en peut plus : ouf! si je me mariais ! On lui jette dans les bras une pauvre petite jeune fille toute tremblante, toute naïve, que sa mère a toujours couvée sous ses Jupes, qui ne sait de la vie que ce qu'on lui cache, de la nature, ce qu’on lui défend, et de l’amour, ce qu’elle en devine. Et monsieur lui dit, en

C2 n'est pas de mentir au risque de sa vie el de son honneur pour sauver la réputation d’une lemme dont on a élé l’amant, c’est de ne pas être l'amant de cette femme, c’est de respecter la première femme que l’on a connue et aimée, sa mère, dans Loutes les femmes que l’on rencontre ensuite, n’imporle où on les rencontre ; c’est de ne pus les faire déchoir si elles sont en haut, c’est de ne pas les abaisser encore si elles sont en bas : c’est. de n'associer à sa vie et pour l’éternité qu'une seule femme, celie qu’on épouse, et de n’avoir qu’une raison dans le mariage, l’amour. La voilà, la vérité ». (Alex. Dumas fils, Denise, acte IV, scène II).

la serrantun peu mollement dans ses bras fatigués : «Etes-vous assez heureuse d’être tombée sur un gaillard tel que moi !... On n'aime pas mieux que Je vous aime ; on n’embrasse pas plus énergiquement que je vous embrasse ! » Et la pauvre jeune femme, qui trouve l’étreinte un peu lâche, se dit en soupirant : «Quoi! tout de bon. Il n’y a pas mieux ?.… Moi qui me figurais.. C’est drôle... Enfin !... » (Sardou, Divorçons, acte I, scène VIT). Bref, la femme est « volée », car, si pour l’homme le mariage est «ses invalides », pour elle, « c’est l'entrée en campagne ». (id.) Aussi la femme est-elle conduite à réclamer pour elle aussi le bénéfice de cette licence dont l’homme se réserve l'usage privilégié : « Ge que Je veux, monsieur ?... Je veux qu’au lieu d'enfermer la jeune fille, ou lui permette de courir à son aise, comme le Jeune garçon !.. (1) Quand elle aura un peu vécu, elle pourra se reposer comme vous, dans le mariage : et vous aurez une épouse vertueuse et fidèle, car elle n’aurà plus de grandes curiosités à saüsfaire ». (id.) Et cela est manifestement logique. Jusqu'à cette réclamation finale :

« Des Prunelles. — Mais saprebleu! Madame, entre l’homme et la femme il y a un abime!

« Cyprienne. — Oui! C’est le mariage! » (id.)

L'amour libre apparaît ainsi comme la conséquence fatale de notre organisation sociale. On ne

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