‹ La question sociale et l'opinion du paysChapitre 18 sur 19 · SEIZIÈME ARRONDISSEMENT · texte numérisé non relu

SEIZIÈME ARRONDISSEMENT

M. Gaston Routier, notre collaborateur, adresse à M. Edmond

Paris, 25 nfl\it 1893.

Magnier la lettre suivante

Mon cher maître,

J'ai été péniblement surpris ce matin en me vo3^ant traité dans \ Evénement de Calla déguisé : permettez-moi de protester avec indignation con-

APPENDICE la*"

tre cette épithéte que je ne mérite point. Vous savez, mieux qu'aucun autre, que je suis sincèrement républicain et que, si je n'ai point fait jusqu'à ce jour de la politique militante, je n'ai jamais cessé de professer les idées républicaines les plus sages el les plus modérés. \on seulement vous le savez, mais le fait d'avoir été et d'être encore votre collaborateur et votre ami en est la meilleure des preuves.

Afin de bien dissiper un malentendu qui serait regrettable, voici la copie de la lettre que j'ai adressée, le jour même où j'ai accepté la candidature de protestation contreM.Calla,àun des chefs les plus écoutés du parti libéral, dont mes amis se réclament :

Paris, le 22 aof'l 1893.

« Monsieur,

t Si j'ai accepté l'offre flatteuse du Comité républicain libéral qui vient de se former dans le seizième arrondissement de Paris, c'est par pur dévouement aux idées libérales, avec la ferme conviction de marcher au-devant d'un échec.

« Mais mes amis du seizième arrondissement ont pensé que les libéraux de toutes nuances devaient, en présence de la candidature monarchiste de M. Calla, affirmer leur foi républicaine, et je crois qu'ils onl raison. Ce qui a beaucoup nui aux ralliés, c'est qu'on a douté de la sincérité de leur adhésion à la Républi^

que, c'est que la presse royaliste intransigeanle n'a pas cessé de les montrer comme des hommes incapables d'accepter sans arrière-pensée le gouvernement républicain. Les radicaux ont profilé de cela et partout se sont efforcés de faire suspecter les intentions de ceux qui se sont réclamés du Saint-Père et qui se sont déclarés des républicains libéraux.

« Enfin — faut-il le dire? — certains modérés, prêts à suivre les instructions du pape, veulent bien se dire conservateurs libéraux, constitutionnels, mais hésitent à se réclamer hardiment de la République à faire profession publique de leur foi républicaine. Ils hésitent, disent-ils, parce qu'ils trouvent que des questions de dignité les empêchent de brûler ouvertement ce qu'ils ont adoré la veille. Cette conduite équivoque fait le plus grand tort au parti libéral, dont le scrutin du 20 août a proclamé l'existence, la naissance, si vous préférez, mais non la défaite! 11 faut résolument exécuter à la lettre les ordres du pape, les ordres du bon sens, il faut afficher, proclamer bien haut que l'on est républicain par conviction, non par intérêt!

« Les modérés du 46'' arrondissement ont voulu permettre à M. Galla, dernier débris du royalisme, de constater que, sans que les libéraux lui aient fait la moindre opposition, il n'a pu réunir au premier tour de scrutin qu'une infime minorité, dans un arrondissement dont il n'y a pas si longtemps encore il était le député. Aujourd'hui la preuve est faite, M. Calla ne pourra pas accuser les libéraux de sa défaite et au

second tour il est probable que la moilié des voix qu'il a obtenues au premier l'abandonnera. Ce sera significatif!

« On va crier contre cette décision, peu m'importe! Ou le parti libéral est républicam ou il ne l'est pas.

f S'il veut arriver au pouvoir, il faut qu'il commence par convaincre le peuple de ses sentiments républicains, il iaut qu'on no puisse pas le suspecter. Si les anciens conservateurs compromis par leurs déclarations antérieures ne veulent pas, par dignité^ arborer le drapeau républicain, qu'ils se retirent. Ils se sont condamnés eux-mêmes, en faisant condamner leur politique. Ils doivent céder la place à des hommes nouveaux, qui affirmeront des convictions sincères, et (pii, comme la femme de César, ne devront pas être soupçonnés.

« Agréez, etc., etc. »

Je compte sur votre obligeance et votre amitié, mon cher maître, pour publier celte lettre, et je n'ajouterai que quelques mots. Aujourdhui que la protestation que voulaient faire entendre nos amis a été faite et que ma candidature a été posée en principe, je vais réunir mon comité et l'informer que, désireux de donner la preuve de mon républicanisme <"/i suivant exactanent la discipline du parti républicain, ]ii me désiste avant le scrutin et prie tous les électeurs qui auraient porté leurs voix sur mon nom de voter sans hésitation pour le candidat républicain le plus sage et le plus

modéré qui sollicite leurs suffrages, pour M. le docteur Marmottan.

Je suis sûr que mon comité comprendra les raisons qui me font agir ainsi et j'espère qu'en présence d'une telle conduite, alors que les républicains radicaux refusent de suivre la discipline républicaine, on ne me fera plus Tinjure de douter de mes sentiments d'amour pour la République!

Merci d'avance, merci mille fois, mon cher maître, et croyez-moi bien votre toujours dévoué,

Gaston Routier.

Malgré son brusque retrait, la candidature de M. Gaston Routier avait cependant rencontré de nombreuses adhésions et de précieux encouragements : le conseil donné par M. Gaston Routier à tous les républicains libéraux progressistes de voter au second tour pour M. Marmottan et d'abandonner M. Calja l'ut couronné de succès.

Le 3 septembre 4893, les élections donnèrent les. résultats suivants :

M. le D»" Marmottan .... 4,476 voix. Elu.

M. Astier, radical 3,468 —

M. Galla, monarchiste . . * 1,790 ~

Or, au premier tour, M. Galla avait obtenu 2,140 voix ; il a donc perdu^ entre les deux scrutins, malgré une propagande des plus actives et après avoir recou^ vert tous les murs du 16° arrondissement d'affiches appelant à lui tous les mécontents et tous les réaction-

naires, 350 voix. C'est là le plus clair résultat de son obstination à aller à rencontre des volontés du Pape ! Nous savons que la conduite de M.Gaston Routier a été hautement appréciée el que tous ceux, qui désirent l'union de toutes les intelligences, de toutes les capacités et de toutes les bonnes volontés sur le terrain des opinions modérées et du respect des institutions républicaines, ont applaudi à sa décision.

M. Gaston Routier a toujours pensé et pensera toujours que :

La République doit être modérée, libérale et progressiste, nettement favorable à toutes les réformes sociales sages et équitables; la République doit être, avant tout, le Gouvernement de tous par tous et pou r tous !

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