‹ La question sociale et le socialisme en HongrieChapitre 43 sur 122 · L'ÉTAT D'ESPRIT: ACTUEL DU PROLÉTARIAT HONGROIS · texte numérisé non relu

L'ÉTAT D'ESPRIT: ACTUEL DU PROLÉTARIAT HONGROIS

La difficulté de généraliser en Hongrie.

I. Les ouvriers industriels : un monde en formation ; leur esprit plus ardent qu'en Autriche; la cause de cet état d'esprit : la politique du gouvernement, l'absence de représentation au Parlement, les sentiments propres au milieu.

If. Le prolétaire magyar de la campagne : de les forces de conservation : les rapports sociaux traditionnels ; les idées religieuses ; la résignation el la religion nazaréenne; l'action des autorités du village: le notaire, le prêtre, l’instituteur, l’enseignement religieux obligatoire et les écoles primaires confessionnelles ; le mécontentement du paysan dirigé par les classes dirigeantes contre l'Autriche, le juif, les nationalités ; la difficulté d'organiser un prolétariat épars; — % les forces de révolution ; les sentiments d'amour immodéré de la terre non satisfaits ; l’esprit ardent et insurgé de la race; les désillusions apportées par la sagesse du parti de l'indépendance au pouvoir l'importance des mouvements tendant à organiser le prolétariat hôngrois.

Quel état d'esprit cette siluation sociale et politique, cette conduite des classes dirigeantes ont produit chez les ouvriers des campagnes et des villes, et chez les paysans prolétaires ? Ce serait de notre part une grande ambition que de prétendre décrire les sentiments et exposer la psychologie de l’ouvrier hongrois. Journalier des champs, ouvrier terrassier occupé aux Canaux, domestique, paysan désireux des terres, travailleur de la petite ou de la grande industrie, magyars, allemands, slovaques, roumains, ruthènes, prolétaire conscient et organisé ou travailleur ne songeant point à la solidarité ouvrière, ce sont

autant de types différents à observer, autant d’études spéciales à mener, Aussi est-ce surtout du prolétaire agricole de race. magvare que nous voudrions marquer quelques traits caractéristiques de physionomie.

De l'ouvrier industriel, il est difficile d’apporter une esquisse : hier il n’était point, aujourd'hui il se recrute de partout, dans tous les milieux, dans toutes les races; de lui on peut dire qu'il nest pas, il devient ; il n’a pas de passé, de tradition, de physionomie nationale, mais seulement un avenir ; il se façonne dans le creuset des grandes villes et des grands centres nouveaux : quels éléments l'emporteront, il est assez malaisé de le déterminer encore.

Le trait qui frappe quand on examine l’activité de cet ouvrier industriel, c’est d’abord qu'il est très différent de l’ouvrier allemand de Vienne ou de l’ouvrier tchèque de . Bohême, par exemple. Il n’est pas coulé dans le moule autrichien, il a moins de calme et d'esprit d’organisation, plus de flamme et d'esprit de lutte ; il est moins soumis à la direction des hommes politiques et plus:prêt au combat syndical, en somme dans les faits plus révolutionnaire, moins « évolutionniste » ou « réformiste ». Peutêtre est-ce dû en partie à la politique du gouvernement et à l’absence de représentants à la Chambre des députés. Une politique de combat, de répression, une opinion qui traite les organisations ouvrières de tyrannie et le socialisme de trahison, est apte à éveiller les inslincts de bataille chez l’ouvrier et à l’amener à l'ardeur révolutionnare. La lutte pousse à la lutte. D’autre part, impossibilité d’avoir des représentants ouvriers à la Chambre détermine l'aban-

ÉTAT D'ESPRIT ACTUEL DÜ PROLÉTARIAT HONGROIS 179 don d’une activité purement politique, verbale, ou d’une action simplement électorale et acquisitive de mandat. L'énergie que l’on ne met pas à ces objets se reporte sur la lutte purement économique, qui devient plus âpre, met les classes face à face plus que les batailles électorales et les compromis du second tour de scrutin. Des esprits conservateurs pensent que les socialistes sont moins dangereux à l’ordre de choses existant dans le parlement que hors du parlement; car dans le parlement, ils vivent du parlement, agissent en hommes politiques, tendent à prendre part aux combinaisons, discutent, font des discours qu’ils prennent pour des actes, expriment leur mécontentement et ne le renferment pas pour le mieux laisser faire explosion ensuite. S'occuper du parlement et des élections est le meilleur dérivatif à l'esprit révolutionnaire.

En Hongrie, les ouvriers industriels se désintéressent des élections, et c’est par des manifestations de force qu’ils agissent sur le parlement, par des défilés, des meetings, de même que c’est ainsi qu'ils ont soutenule ministère absolutiste contre la coalition nationaliste magyare.

Bien entendu, ce disant, nous ne parlons que des ouvriers ou socialistes, ou organisés, ou sympathiques aux idées nouvelles, non de la masse amorphe, souvent ineulte, qui existe en Hongrie plus encore qu'ailleurs, tant par suite de la jeunesse de l’industrie et des mouvements sociaux que de l’amalgame de nationalités diverses.

Mais cet état d'esprit de l’ouvrier industriel des grandes villes hongroises ne semble pas dû seulement à ces contingences : la politique du gouvernement et l'absence de cette soupape de süreté qu'est la participation aux choses du parlement. Ces circonstances tendent seulement à favoriser l’éclosion de sentiments qui sont le mode de réaction spécial au milieu magyar. Nous allons les retrouver chez

le prolétaire de la campagne. Ce mode de sentir et d’agir n'est-il pas le propre de la race et du milieu ? l'apport magvar chez les travailleurs de l’industrie est assez grand pour les avoir déjà imprégnés de son esprit.

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Le travailleur magyar de la campagne a derrière lui, à l'encontre de l’ouvrier industriel, une longue suite d’ancêtres, qui ont vécu de sa vie et lui ont légué une manière de penser et d'agir, qui dirige ses sentiments, tout en s’adaptant à l’époque nouvelle.

Sur lui et en lui agissent des forces qui tendent à la conservation de l’ordre de choses actuel : les paysans maoyars sont depuis des siècles sous la domination sociale et politique d’une aristocratie nationale ; depuis l’abolition du servage, cette domination s’est transformée, sans disparaitre ; et ce sont toujours les descendants des mêmes seigneurs dont le château commande les cabanes des descendants des mêmes travailleurs : si la moyenne propriété a en partie changé de possesseurs, la grande est demeurée dans les mêmes mains. Le paysan ou l’ouvrier ne s’étonne donc pas de cette situation héréditaire et la masse accepte ce qu'elle a toujours vu, ce que ses pères ont vu, et ses aïeux et les aïeux de ses aïeux. Le sens de la tradition, qui existe en tout homme et plus encore peut-être à mesure. qu'on avance vers l'Orient, travaille à maintenir le sfatu quo.

Ces hommes de la campagne, d’autre part, sont religieux et même mystiques. Prêtres catholiques et pasteurs protestants exercent une influence sur eux. La religion a une action sociale et cette action tend en général au respect des

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