SON HISTOIRE
La « préhistoire » du socialisme et le mouvement lasallien de 1870.
I, Formation et histoire du parti social-démocrate : les débuts du mouvement marxiste vers 1890 ; l'influence du socialisme allemand ; ses causes: le courant de la civilisation et de la politique hongroise ; Karl Marx et la Hongrie; les ouvriers allemands de Budapest. — L'état stationnaire de 1893 à 1898. — Le réveil du parti après la répression de 1898 ; les difficultés de son extension et l’action du gouvernement; la période de lutte organisée depuis 1900 : la propagande malgré les mesures administratives ; la participation aux luttes politiques à partir de 1902; l'agitation en faveur du suffrage universel: l'appui donné au ministère absolutiste du baron Fejervary et le développement du parti en 1905. — La reprise de la lutte organisée après l'arrivée au pouvoir de la Coalition en 1906.
Il. Formation et histoire du mouvement syndical : les syndicats formés par le parti ; les premiers congrès nationaux de corporations en 1893 ; le premier congrès général des syndicats en 4899. — Les résul-
tats de la coalition des forces ouvrières : 4o1es grèves nombreuses de 1902 et 1903, les premières grèves générales partielles de 1904 et la reconnaissance des syndicats par les patrons ; l'accalmie de 4903
5: causée par les préoccupations politiques ; les grèves générales locales de solidarité ouvrière en 1906; — 2° la grande extension des syndicats depuis 4903 ; l’accroissement du nombre des syndiqués ; l'organisation de fédérations nationales de métiers en 4903, le premier congrès des ouvrières en 4903, la fédération et le congrès des mineurs : l’organisation des corporations encore inorganisées : la
- fédération nationale des ouvriers agricoles. — Le gouvernement de la Coalition et les syndicats.
C’est le 14 août 1869 que les socialistes tinrent à Budapest leur première réunion publique. Il y eut à cette époque une première efflorescence socialiste ; les ouvriers de Budapest recueillirent l’écho des discours de Lasalle et
commencèrent à se grouper ; le gouvernement, qui espérait diriger et entretenir le mouvement, les laissa s'associer. Mais survint la Commune de Paris, sa fin sanglante et l'influence de ses idées révolutionnaires. La répereussion s'en fit sentir en Hongrie. Les ouvriers manifestèrent bruyamment. Les classes dirigeantes prirent peur; les associations ouvrières furent dissoutes, un grand procès pour « haute trahison » instruit contre les chefs, et ce fut la fin de la « préhistoire » du socialisme hongrois.
Ce n'est que vers 1899 qu’un mouvement nouveau ‘commença à apparaître, et ce fut encore sous l'influence de la culture allemande qu'il se produisit. Ce fait a une grande importance dans l’évolution du socialisme hongrois : au lieu de se développer parallèlement au socialisme russe ou slave par exemple, il à suivi jusqu’à présent les inspirations du marxisme et de ses interprètes. Celte influence paraît due avant tout au courant général, qui entraîne la civilisation hongroise, sous l’action des hommes d'État de ce pays : par sa situation géographique, la Hongrie est placée dans une situation intermédiaire, qui peut être une situation d'équilibre, entre les Germains et les Slaves. Les inspirateurs de la politique hongroise moderne, les Andrassy, les Kallay, les Tisza, pouvaient choisir entre ces peuples, entre ces cultures. Avec décision, ils s’allièrent aux Allemands et affilièrent la culture hongroise à l’allemande. Il y étaient poussés par deux considérations essentielles : d’abord, ils désiraient faire participer leur pays à la civilisation européenne et on croyait communément que celle-ci était le propre de l’oceident de l'Europe, surtout de
l'Allemagne victorieuse et proche, non de l'Orient encore barbare et inculte. Puis, en Hongrie même, le danger allemand pour l'hégénomie magyare était très faible à côté du danger slave, représenté par des nationalités nombreuses. Dès lors, la Hongrie de 1867 devint de plus en plus le satellite de l'Allemagne et l’admiratrice de sa culture. Or, tandis que les uns se mettaient à l’école de ses militaires, les autres de ses Universités, les hommes qui entreprirent d'organiser et d’émanciper le prolétariat se mirent tout naturellement à l’école de Karl Marx.
D'autant que Karl Marx avait à cet égard les mêmes conceptions qu'Andrassy du rôle réservé à la Hongrie. Il était, comme on sait, adversaire des idées slaves de Bakounine, et il désirait combattre en Hongrie l'influence possible de ses idées. Aussi, dans la Nouvelle gazette du Run, a-t-il exprimé des sentiments sympathiques aux magyars et revendique-t-il pour eux l’hégénomie en Hongrie, qui leur est assignée par l’histoire, puisque c’est la seule race qui à pu en ce pays construire un État et suivre la direction de la culture européenne.
Enfin, les premiers ferments d’agitation vinreut des ouvriers allemands ou parlant allemand, alors en grand nombre à Budapest, si bien que dans les premiers congrès l'allemand était autant parlé que le hongrois, et les comptes rendus et brochures publiés alors l’étaient également dans une langue et dans l’autre”.
C’est plus qu'il n’en faut pour expliquer l'influence déterminante sur le socialisme hongrois du marxisme, qui lui a donné jusqu’à présent son programme, sa logomachie et ses tendances.
À. Il est significatif de voir que les bibliothèques des syndicats possèdent au 1° janvier 1904, 24.000 livres en hongrois et 32.000 en allemand (Aus der geschichte, elc., p. 33).
C'est donc vers 1890 que son influence commença à se faire sentir en Hongrie : les idées importées d'Autriche et d'Allemagne par des feuilles et des tracts imprimés en allemand recueillirent des adhérents parmi les ouvriers de la grande industrie naissante, et le 7 décembre 1890, le premier congrès social-démocrate s’ouvrait à Budapest *.
Les débuts du mouvement parurent brillants, l’agitaton gagnait la classe ouvrière, lorsque des dissentiments personnels entravèrent l'action du parti : les social-démocrates de Budapest et d’Arad se scindèrent au début de 1893, lors du deuxième congrès tenu le 6 janvier, en deux groupes hostiles.
Aussi pendant plusieurs années, le parti végéta; de même que les socialistes autrichiens se sont servis de l’organisation officielle des métiers pour leur propagande, de même les hongrois auraieni pu utiliser la caisse de maladie dont les ouvriers nommaient un certain nombre d’administrateurs ; c’est bien là, en effet, qu'ils se comptèrent au début, mais leurs querelles immobilisèrent leur action. Le socialisme demeura à l’état stationnaire jusque vers 1898- 1900. Il semble que la répression du mouvement agraire de 1897 ait ré de leur sommeil les énergies ouvrières : le ministère « à poigne » du baron Banffy ordonna, en février 1898, des perquisitions chez les meneurs du parti, en même temps que des centaines d'ouvriers étaient envoyés en prison et que tous Jes hommes suspects d’agitation étaient éloignés de la capitale; en province, les mesures furent encore plus sévères, les confiscations, per-
1. Le compte rendu officiel du congrès par Jacob Kürschner et Paul Engelmann a paru à Budapest en 1891 : Prolokoll des Parteilages der Sozialdemokratie Ungarns in Budapest vom 7. und 8. Dezember 1891. 1] constate que 121 délégués étaient présents dont 87 de Budapest et 34 représentant 24 villes de province (p. 5). Presque tous les orateurs de
ce congrès sont décédés, disparus ou ne prennent plus une part active au mouvement socialiste.
198 LA QUESTION SOCIALE ET LE SOCIALISME EN HONGRIE quisitions et emprisonnements plus nombreux. Mais lorsque se réunit, le 6 juin 1898, le cinquième congrès du parti, on constala et on sentit que le baptême du feu lui avait grandement servi; il l'avait tiré de sa léthargie. Les recettes avaient doublé pendant la dernière année.
Néanmoins, l'extension du mouvement se heurtait à de très sérieuses difficultés : lé grand nombre de nationalités composant le prolétariat de Budapest, absence de milieu ouvrier conscient qui puisse servir de centre à un groupement, surtout la politique du gouvernement ; 80 p. 100 des réunions socialistes étaient interdites en province: à Budapest, on les autorisait, sauf à les dissoudre ensuite. Les numéros de l'organe socialiste, qu'on venait de créer, la Népszava, élaient confisqués ; les poursuites ne lui étaient pas ménagées : en six mois seulement, d'octobre 1903 à mars 1904, le journal subissait trois condamnations, une à un mois de prison et 500 k. d'amende, une autré à trois mois de prison et 1.000 k. d'amende, la troisième à trois mois de prison et 2.000 k. d'amende. Toute collecte était intérdite. Des petquisitions étaient faites en février 1902 dans les syndicats et les unions d'ouvriers.
Les individus suspects de socialisme étaient soigneusement « lilés » ; de même qu'il existe un recueil dés noms et mesures anthropométriques des malfaiteurs, de même on confectionna en Hongrie la liste des socialistes : la police composa, en 1898, un album où ceux-ci étaient réprésentés de face et de profil. Depuis lors, la police rédige annuellement un rapport sur le mouvement ouvrier socialiste : nous avons eu entre les mains un exemplaire du volume relatif à l’année 1904 ; il est intitulé : A Magyarorszàqt szocziàlisztikus Munkäsmozgalmak, Az 1904, évhen (les mouvements ouvriers socialistes de Hongrie en l’année 1904); c’est un gros livre in-oclavo de 543 pages,
LE MOUVEMENT SOCIAL-DÉMOCRATE 199 édité en 1905 à Budapest. Depuis lors, importance de ce rapport n’a fait que croître ; en 1908 a paru eelui qui est relatif à l’année 1907 : il constitue un énorme volume de 1.200 pages, présenté par M. Désiré Boda, préfet de police de Budapest, au ministre de Pintérieur ; il rend compte de l’activité de tous les partis socialistes pendant l’année et de l’action de la police, il rappelle toutes les manifestations de ces groupes et constitue une véritable monographie des organisations socialistes pour l’année écoulée.
En outre, la police tient à jour un dossier complet sur tous les socialistes et les anarchistes connus, « die Evidenz-Haltung », comme on l'appelle en allemand. Enfin, le gouvernement a propagé dans les milieux paysans une feuille, le Neplap, qui est publiée en six langues (magyar, allemand, roumain, ruthène, slovaque et serbe), et est destinée spécialement à lutter contre la propagande socialiste et attaquer les chefs du mouvement *.
Toutes ces mesures n’empéchèrent pas, qu'à partir de 1900-1902 leparti socialiste, revivifié après le septième congrès de 1900, sortit de la période de formation et d’hésitation pour entrer dans la période de lutte organisée, où 1l se trouve encore. Il a tourné de toutes manières les mesures administratives ; il a, par exemple, profité des trente jours de liberté complète de réunion avant chaque période électorale pour présenter partout où il était possible des candidats ettenir de multiples assemblées ; ila publié, dans son journal la Volksstimme, un appel aux ouvriers pour qu’ils versent des sommes à la caisse électorale, manière de ne pas res-
1. Lajos Domokos. Le gouvernement, les socialistes et les paysans hongrois, Il socialismo, 1903, n° IV.
pecter l'interdiction des collectes. Surtout il a, malgré toutes les condamnations, réussi à continuer la publication de ses Journaux et de ses tracts : dès 1901 une brochure, Les socialistes savent, a été lancée à cent mille exemplaires en quatre langues (hongroise, allemande, slovaque, roumaine) et un appel électoral à deux cent mille.
Depuis 1902 les socialistes ont profité de chaque circonstance pour étendre leur action et tenir en haleine leurs adhérents. C’est en 1902 que le gouvernement de M. de Széll présenta un projet accroissant de 23.000 le contingent el un autre augmentant de 2 millions la liste civile. Ce fut le début de la crise hongroise ; le parti de l’indépendance commença alors une opposition ardente. Le parti socialiste se servit adroitement de la circonstance pour faire campagne de son côté contre le projet de loi, non pas d'un point de vue exclusivement national comme le faisait le parti de Kossuth, mais aussi d’un point de vue « antimilitariste », du reste fort modéré. De grandes réunions populaires furent organisées par lui et cette propagande ne fut pas sans contribuer à pousser opposition dans la voie de l’obstruction parlementaire.
Le parti réclamait en même temps deux autres réformes d'ordre politique, auxquelles était assurée la sympathie des masses : la liberté de réunion et le suffrage universel. C’est sur ces thèmes que se tinrent les quelque 700 réunions organisées un peu partout en province en 1902 par les délégués du comité central; à Budapest même, de grandes démonstrations eurent lieu, qui réunirent jusqu’à 30.000 manifestants au 1° mai.
Quoique ne pouvant avoir encore de visées électorales, le parti, en vrai parti social-démocrate, fils de la « Sozialdémocratie » allemande, prit dès lors une part chaque jour plus active aux luttes politiques, et fut très loin de rester
l'expression combative de l'organisation économique, comme 1l aurait pu aisément le deveniren Hongrie. Son activité le porta de plus en plus du côté des problèmes exelusivement politiques et il entra en négociations avec les partis bourgeois : en mars 1903, par exemple, la fraction dénommée « cléricale » du parti de l'indépendance projeta une grande réunion populaire à Budapest pour protester contre les projets de lois militaires. Le parti socialiste fut invité à soutenir cette action. Il accepta cette coalition, mais à la double condition que l’obstruction parlementaire s’étendrait au vole du budget et que le programme de revendications comprendrait, à côté des exigences militaires et nationales, l'introduction du suffrage universel. La fraction « eléricale » n’accepta pas. La réunion eut cependant lieu et réunit de 20 à 30.000 citoyens, mais la plupart étaient des ouvriers socialistes; aussi depuis cette époque, les parus politiques bourgeois sont-ils peu portés à organiser à Budapest de grandes manifestations publiques.
Pendant toute l'année 1903 et l’année 1904, le parti socialiste s’hypnotisa sur ces questions : dans les réunions qu'il put tenir, malgré les poursuites intentées sur l’ordre du ministre-président, comte Étienne Tisza, il attaqua vivement l'opposition, qui avait déclaré désarmer si on lui accordait les concessions nationales : langue de commandement hongroise, drapeaux et insignes hongrois,
Les orateurs socialistes recommandaient de n’élire comme député que le candidat qui inserirait sur son programme le suffrage universel et ne renoncerait à son opposition qu’au prix de cette réforme.
Pendant ces années, le parti socialiste revêtit donc les allures d’un parti démocratique de réformes politiques. Il
1. Aus der Geschichle der ungarländischen Arbeilerbervegqung. Budapest, 1904, p. 16.
recueillit dès lors des adhérents dans les rangs des mécontents de tous ordres, fortifia ses cadres et 8e réorganisa. Au 9° congrès du parti, le 31 mars 1902, l'assemblée donna mandat au comité de préparer un nouveau programme et un nouveau statut, Ceux-6i furent présentés au 10° congrès le 11 avril 1903 et adoptés à l’unanimité. Le programme reproduisait le point de vue du marxisme orthodoxe et les statuts établissaient une organisation centralisée.
La force naïssante du parti était suffisante pour pouvoir profiter de la magnifique occasion que lui fournissait la crise hongroise et l’arrivée au pouvoir d’un ministère absolutiste. Lorsque la couronne se décida à accomplir un éoup d’État, le ministère du baron Fejervary trouva lés plus grandes difficultés à s'appuyer sur des éléments pris dans la nation hongroise. C'est alors que le ministre de l'intérieur, M. Krisloffy, obéit à certaines inspirations et: rechercha - l'alliance des ouvriers contre la coalition des « féodaux ». Au prix de la promesse du suffrage universel, les socialistes s’affirmèrént les protecteurs du ministère. Celui-ci laissa le champ libre à leur propagande et n’appliqua qu'à opposition nationaliste toutes les lois répressives sur les réunions, les associations, la presse, ete... Il autorisa plusicurs grands syndicats, entre autres celui des ouvriers agricoles, dont la fédération fut fondée le 7 janvier 1906 ; dans les campagnes, ceux-ci furent organisés de partout, parfois avec l'appui du pouvoir. Le journal socialiste de Budapest, la Népszava, d’hebdomadaire devint quotidien ; de nombreux organes furent créés en province; des propagandistes ardents parcoururent le pays. Le parti partt posséder de grandes ressources et la plupart des pérsonnes élaient Convaincues qu’une partie provenait de haut lieu. La presse social-démocrate faisait l'éloge du ministère et les chefs du parti soutinrent celui-ci en organisant le
15 septembre 1905 une démonstration en masse devant le Parlement lors de ouverture de la session. Aussi le gouvernement était-il plein de bienveillance pour les socialistes. L’un des ministres reçut une délégation ouvrière qui venait se plaindre de l'exploitation de certains patrons et des misères de l’ouvrier ; il lai déclara qu'il aiderait les ouvriers dans Jeurs luttes et était résolu à accorder au peuple le suffrage universel. Un autre dans un discours attaquait en ces termes la politique sociale suivie jusqu'alors en Hongrie : « Le Parlement se compose exclusivement de privilégiés qui ne se soucient point du peuple. Pour qu'il ne paraisse pourtant pas inutile et pour qu’on ne lui reproche pas de ne rien faire, il s’est consacré tout entier à la nation, notion vague, en tout cas très différente de celle du peuple. Quant à l'effet de ces paroles sur le peuple, il est facile à deviner. Trompé mille fois, dégoüté, mécontent de tout, des mauvais salaires et des lourds impôts, le peuple s’'enflamme pour tout ce qui est nouveau. Par la force des choses il tombe ainsi d’un excès dans l’autre et est ainsi à la merci du premier agitateur ou parti venu. Mais par R même on voit qu'il ne se soucie point de réformes, mais condamne catégoriquement l’état social présent »‘.
Ces paroles de ministre, cette attitude du pouvoir, cette propagande facilitée furent d’un tel effet qu’en un an le socialisme hongrois fit plus dé progrès; surtout chez les ouvriers des campagnes, que pendant toutes les années précédentes. Causant de cette activité avee des hommes politiques conservateurs, après la chute du ministère absolutiste et son remplacement par les chefs de la Coalition, nous avons récueilli de tous l'impression qu'ils avaient senti le danger et l’un d'eux disait : « Il nous faudra
1. Cité par À. Manteau, lettre de Hongrie : Les lutles poliliques et le mouvement ouvrier en 1905, les Temps nouveaux, 13 octobre 1906.
dix ans pour réparer le mal causé en une année, si jamais nous y arrivons ! »
Quand donc au printemps de 1906 la Coalition eut conelu le pacte avec la couronne et obtenu d'elle le pouvoir et quand se réunit, le 3 juin, le 13° congrès du parti socialdémocrate, celui-ci était assez fort pour résister à toute attaque. La période de lutte organisée, un instant ‘interrompue, se continue depuis lors. C’est la bataille ouverte entre les administrations et les socialistes. Ceux-ci sont toujours regardés comme des ennemis, presque comme des traitres. Toutes les lois et les mesures réglementaires touchant les réunions, les associations, la presse, la propagande, leur sont appliquées avec une rigueur nouvelle. Au congrès de Pâques 1908, le secrétariat du parti affirme qu'èn un an, depuis mars 1907, 183 socialistes ont été condamnés à 353 mois de prison et 15.000 couronnes d'amende pour les motifs les plus divers : excitation à la révolte, provocation au désordre, résistance à l’autorité, injures, délits de presse, ete... Le parti social-démocrate reste considéré comme un parti politique « éxtra-légal ».
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Parallèlement à l’organisation politique socialiste se développait l’organisation économique. Mais dès l'origine, celle-ci procède en fait de celle-là. Sans doute les syndicats et les unions d'ouvriers restent bien distinctes des groupes politiques. Mais c’est Le parti, qui dès sa création travaille à former des syndicats, pour y trouver sa force, y recruter des adhérents. Tous les membres des syndicats ne sont pas nécessairement membres du parli, mais la direction est sans conteste aux mains des social-démocrates
et subit l'inspiration et l'influence des chefs du parti politique.
Aussi dès que le 1°” congrès socialiste de 1890 eut résolu d'organiser des syndicats, ces derniers commencèrent à éclore dans la capitale. Le pouvoir ne prit pas ombrage, au début, de ces réunions d'ouvriers d'industrie qui discutaient de leurs intérêts. Sans doute, il ne donna pas son approbation aux statuts qui lui furent soumis, mais il laissa se former des « associations libres », comme elles se nommaient, secrètes et tolérées. Aussi dès 1893 comptaiton à Budapest une vingtaine d'associations ouvrières. Dans trois branches d'industrie, celle des tailleurs, celle des cordonniers et celle des menuisiers, des congrès nationaux furent tenus à Budapest.
Mais les syndicats suivirent l’évolution du parti, dont ils étaient un reflet : de 1893 à 1898 ils tombèrent en léthargie ; les difficultés que leur créa le gouvernement, la formation d'associations « ‘nationalistes » rivales, les dissentiments entre les chefs du parti arrêtèrent leur essor. Ce n’est qu'en .1898 que le réveil du parti entraîna celui du mouvement syndical. Aussi dès l'année suivante se tint pour la première fois un congrès général des syndicats de Hongrie, une sorte de confédération générale du travail. Dans le rapport présenté au nom du comité d'organisation par M. Alexandre Grünfeld, celui-ci rappelle que dès 1892 on songea à donner aux syndicats une impulsion unique et que l'on fonda à cet effet un conseil ou une commission syndicale (Gewerkschafts-rath où Gewerkschafts-commission), qui se composait de délégués des syndicats particuliers et qui se réunissait de temps en temps. C’est pour
4. Le rapport fut présenté et publié en hongrois et en allemand. Cf. Protokoil des am 21 und 22 mai 1899 abhgehallenen ersten Landeskongress der ungarländischen Fachvereine und Gewerkschaften. Budapest, 1899,