DUT
donner au mouvement plus de cohésion, à la commission syndicale plus d'autorité que celle-ci décida en 1898 de préparer un congrès général.
À ce congrès élaient représentées, d’après le rapport, 126 associations de métiers comprenant 23.603 syndiqués; mais le rapporteur prétendait qu’il y avait alors en Hongrie: le chiffre, — qui paraît exagéré, — de 64.000 ouvriers organisés, si l’on comprend les syndicats non affiliés et les associations d'ouvriers agricoles tenues secrètes, par crainte des poursuites administratives!. Déjà ces syndicats possédaient six journaux corporatifs, tirant à 41.000 exemplaires, dont quatre étaient édités en hongrois et en allemand.
Ces congrès qui se suecédèrent de deux en deux années prirent de suite l'allure de congrès corporatifs : ils s’oceupaient de l’organisation syndicale, des secours aux Sanstravail et aux ouvriers de passage, du placement, de la presse echnique ; ils réclamaient une législation du travail, la création d'assurances ouvrières, etc. Cette conduite, plus réformiste que révolutionnaire, ne leur était pas dictée seulement par limitation des syndicats allemands, mais imposée par la surveillance de la police présente aux réunions. Toute parole qui paraissait une excitation était réprimée. D'autre part, l’organisation de grèves était sévèrement interdite ; chaque association ouvrière devait contenir dans ses statuts un article ainsi formulé : « En cas de grève, les membres qui y participent ne peuvent pas être soutenus ». Aussi la préparation des grèves, la gestion des fonds destinés à leur conduite étaient tenues secrètes. Ce sont les « associations libres », existant parallèlement aux assscialions légales, qui s’occupaient de la lutte ouvrière.
1. Ceux-ci avaient tenu leur premier congrès le 31 janvier 4897. Cette même année éclatèrent les premières grèves agraires, à la suite desquelles les autorités se montrèrent particulièrement vigilantes.
Cette concentration et cette cohésion des forces ouvrières produisirent assez vite le résultat forcé, l'accroissement du nombre des grèves en vue d’améliorer les conditions du travail et leur réussite plus fréquente due aux conseils d'opportunité donnés par le conseil syndical : en 1902 et en 1903, il y eut en Hongrie plus de grèves que pendant toute la décade précédente ; tour à tour cessèrent le travail les maçons, une partie des mineurs, dans plusieurs villes les métallurgistes, les charretiers, les employés de tramways électriques, les typographes, une partie des ouvriers travaillant le bois, les cordonniers, etc... Au tolal on compte plus de 800 grèves dans la seule année 1903.
En 1904, la solidarité ouvrière s’accentua davantage et
se manifesta par des grèves générales locales, comme celle d’Arad déclarée le 8 juin, ou par la grève générale d’une corporation, comme celle de la célèbre grève des employés de chemins de fer déclarée le 20 avril, qui rendit les transports très malaisés pendant quelque temps. L'organisation syndicale s’affirma encore avec les deux grandes grèves, suivies de réussite, des maçons en 1904 et des ouvriers gaziers de Budapest en 1905. Ce qui rend ces dernières particulièrement intéressantes, c’est que les patrons commencèrent par refuser de recevoir les délégués des syndicats, pour finir par traiter avec eux et accepter en partie leurs réclamations. ”
De même que le progrès des syndicats se fait sentir concurremment avec celui du parti, de même son attitude se modèle sur celle de ce dernier : aussi, dans le courant de 1905 les ouvriers parurent-ils oublier complètement leurs revendications économiques pour ne plus s'occuper
208 LA QUESTION SOCIALE ET LE SOCIALISME EN HONGRIE que de réformes politiques. Ils ne pensent plus à demander de plus hauts salaires et à faire grève ; ils réclament le droit de nommer leurs législateurs et ils viennent au nombre d’une centaine de mille le demander le 15 septembre 1905 au Parlement nouveau, où le parti de l’indépendance venait de faire élire une majorité. Soutenir le ministère et combattre la Coalition les distraient de la lutte économique.
Mais elle reprend avec une ardeur nouvelle, quand la Coalition reprit le pouvoir et mena la bataille contre les socialistes, Tour à tour les ouvriers du port et des industries de Fiume proclamèrent la grève générale et obtinrent satisfaction ; ils furent imités en mai 1906 par ceux de Sarajevo, de Témesvar et de Nagy-Kanizsa, en juin par ceux de Szathmar, de Debreczin, de Lugos et de Karanseles. Ce qui rend ces mouvements dignes d’une particulière attention, c’est que la majeure partie des ouvriers cessent le travail par pure solidarité ouvrière, sans formuler pour euxmêmes aucune revendication ; ainsi à Fiume, c’est pour soutenir les ouvriers du port et protester contre l’envoi de l’armée ; à Szathmar parce que, les ouvriers d’une scierie s’élant mis en grève, la police arrêta les organisateurs et ferma le local de réunion. Ces faits marquent que le mouvement syndical gagnait en intensité.
Il gagnait en même temps en extension. Le secrétariat permanent des syndicats, tandis qu'il assurait l’unité de vue et la cohésion du mouvement ouvrier, travaillait à organiser les corporations encore inorganisées, à procurer à ces premiers groupements les ressources indispensables, à faire triompher une grève favorable au développement d’un syndicat naissant. Aussi le nombre total des syndiqués affiliés à la commission centrale passe-t-il de 10.000 à la fin de 1901, à 16.000 en 1902, à 41.000 en 1903, à
52.000 au 30 juin 1904, à 71.000 au 1* janvier 1906, à 129.000 au 1° janvier 1907, à 130.000 au 1° janvier 4908, sans compter les syndicats d'ouvriers agricoles !.
Les ouvriers maçons et mélallurgistes s'organisent en 1903 ; ils créent une fédération nationale composée desections de métiers et de sections locales. La même année se tient en février le premier congrès des ouvrières, dont 1.800 étaient alors syndiquées. La même année encore, les mineurs constituent une fédération nationale et tiennent
le 26 et le 27 décembre leur premier congrès.
L'histoire de cette fédération est significative de la manière dont a grandi le mouvement syndical : alors que, dans la plupart des pays, les mineurs ont été les ouvriers les premiers organisés, en Hongrie leur dispersion, leurs natio-
nalités diverses, l’action patronale ont empêché longtemps tout groupement. C’est sous l'impulsion du comité exécutif des syndicats que la fédération a été créée ; c’est lui qui a directement adressé un appel aux mineurs ; c'est son délégué, M. Charles Tessàrss, qui a présidé les séances du premier congrès ; après avoir gourmandé les ouvriers de.
leur absence de sentiment de solidarité, il indiqua les principes de l’organisation nouvelle : fédération nationale, droit. d'entrée de 1 couronne, contribution mensuelle de l couronne, secours pour chômage et voyage selon la richesse de la fédération, création d’un journal corporaüf en hongrois et en allemand, et aussitôt que possible en roumain et en slovaque, mission donnée au comité exécutif des syndicats de s’occuper des affaires courantes, jusqu’à la création d’un secrétariat spécial des mineurs, et de convoquer un second congrès pour 1905. Toutes ces propositions furent acceptées unanimement et sans discussion.