Die Lage der Bergarbeiler, p. 21 ets., p.8t ets
par le groupement des ouvriers dans la capitale. Quelquesuns de ces syndicats se trouvent aussi en province, comme les ouvriers céramistes de Pées ; mais peu à peu : ils se rattachent à une fédération et le nombre de ces associations locales isolées se restreint à chaque congrès.
Cette organisation syndicale compte dans ses cadres, ainsi fortement construits, des ouvriers de toutes nationalités, de tous pays et de toute langue ; elle permet dans ses congrès l'emploi de la langue maternelle de chacun et rédige ses publications, surtout dans les débuts du mouvement, aulant en allemand qu’en hongrois ; aujourd’hui elle publie même des journaux en slovaque et des tracts en serbe ou romain. Elle mélange dans ses rangs, hommes et femmes : relieuses, femmes typographes, ouvrières graphiques appartiennent déjà à plusieurs syndicats. Mais l'organisation du prolétariat féminin n’est pas sans atlirer spécialement l'attention des chefs du mouvement et ils ont créé des groupements séparés.
Le travail féminin est en Hongrie et surtout à Budapest rémunéré d'une façon misérable : la femme est le plus souvent dans l'impossibilité de gagner sa vie et, attirée dans la capitale ou les autres villes, elle finit par se livrer à la prostitution pour pouvoir manger. Il y à peu de cités où le nombre des prostituées soit aussi grand qu'à Budapest; cette ville est un véritable marché de chair humaine, marché à bas prix d'une marchandise généralement bien faile, marché qui par suite travaille en grand pour l’exportation : « la traite des blanches » s’effectue dans une large mesure vers les Balkans et l'Amérique du Sud, où par dérision le nom d’ « Hungarese » est devenu le sobriquet des femmes faisant le commerce d’elles-mêmes.
Dans tous les pays, et en Hongrie comme ailleurs, l’'organisation des femmes ouvrières est des plus malaisée. A
Budapest, on a essayé de les réunir dans une association des ouvrières socialistes, qui compte plus d’un millier de membres, la plupart étant déjà adhérentes au syndicat de leur profession. En province, des groupes existent dans les principales villes, surtout à Arad, où les couturières au nombre de 2.000 ont fait une fois grève. L'ensemble de ces associations est groupé dans une fédération, sous le nom d'Union des ouvrières de Hongrie.
De ces syndicats et de ces fédérations, plus d’un, nous l'avons dit, ont été dissous, d’autres ne sont pas régulièrement autorisés ; certains ne sont que tolérés : leur situation légale est donc souvent douteuse, Mais lorsque le pouvoir sévit contre eux, ils se transforment en société secrète ; la fédération des ouvriers métallurg'istes, celle des ouvriers du bâtiment, bien d'autres encore, qui ont été dissoutes par ordonnance ministésielle, subsistent en secret, malgré les difficultés de la situation, la surveillance du pouvoir et souvent l’absence de conviction bien ferme chez les syndiqués ; ces sociétés secrètes avaient un cadre tout préparé, celui des « associations libres » secrètes, existant déjà en même temps que les syndicats autorisés : ceux-ci, en effet, ne peuvent, nous l'avons dit, ni s'occuper d’une grève, ni la préparer, ni recueillir des fonds de résistance pour la soutenir ; dès lors une partie des fonds des syndicats n’est pas portée en compte, n'apparaît nulle part; elle passe aux fonds de grève secrets, à une caisse noire, gérée par ces « associations libres ». Généralement à la cotisation officiellement donnée au syndicat s’en ajoute une autre destinée à cette caisse de résistance. De plus en plus le vrai centre du mouvement syndical est constitué par ces associations libres, qui échappent au contrôle du gouvernement et à la dissolution, sinon à la poursuite de la police. À l'heure actuelle, ce sont ces groupements qui jouent le rôle
dominant : ils dirigent le mouvementet les grèves, ils ont même dans le parti politique une action indéniable puisqu'ils en sont à certains égards comme les cellules. Les chefs des syndicats ont dans ces sociétés secrètes le champ librement ouvert à leur activité; c’est là qu’ils se concertent, préparent les nominations de délégués et toutes les décisions. C’est dans ces coulisses que se déroule une histoire cachée, qu'il est trop, tôt encore pour conter ; elle se poursuit dans l'ombre à l'heure présente.
Le labeur obseur des chefs des syndicats les fait moins connaître, les met moins en lumière que les chefs du parti politique. Csizmadia, le président de la fédération des ouvriers agricoles, et Jaszaï, le secrétaire du comité général des syndicats, sont les plus célèbres ; nous en avons déjà parlé, comme membres du comité directeur du parti. Les autres sont tous des ouvriers, puisque ne peuvent faire partie des syndicats que des ouvriers et que les employés des syndicats eux-mêmes sont d'anciens ouvriers. Aussi ces travailleurs n’ont-ils pas d'autre histoire que celle de propagandistes zélés, entreprenants, devenant secrétaire ou président d’un syndicat, puis d’une fédération, et le demeurant. Parmi ces « camarades » arrivés, on peut citer Béranger, un tailleur, Garbai, un ouvrier maçon, Hasenclever, un tanneur, Audorf, un serrurier, Haunich, J. Schiller, À, Bebr, E. Rieger et Robert Seidel, des ouvriers drapiers, Ad. Sepp, un ouvrier cigarier, Hegesippe Moreau, M. Kegel, des typographes, Ernest Klaar, un ouvrier compositeur, R. Preussler, un verrier, K. Kaiser, un ouvrier pianiste, Bartel, un ouvrier de l’industrie textile ; enfin, pour arrêter ici celte liste, une femme, M"° Marie Gardas, qui s'occupe à Budapest de la propagande socialiste chez les femmes.
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Ces deux organisations, l’organisation du parti politique et l’organisation syndicale, sont théoriquement entièrement distinctes et indépendantes. Mais dans la pratique qu’en estil? dans les États d'Europe, tantôt syndicats et partis sont ennemis ou au moins hostiles, soit que les syndicats aient des visées plus conservatrices, comme en Angleterre, soit qu'ils aient des idées plus révolutionnaires, comme en France. Tantôt ils marchent d’accord, comme en Allemagne ou en Autriche : l'autonomie effective et un certain sens réaliste ou opportuniste plus accentué n’empéchent les syndicats de ces pays d’être en rapports intimes et amicaux avec le parti.
En Hongrie, jusqu’à présent les relations ont été si étroites que l'autonomie des syndicats a été souvent presque nominale ; leur activité a été dirigée et en fait contrôlée par le comité directeur du parti; c’est ce dernier qui a créé les syndicats, qui a développé le mouvement syndical, pour se donner un appui solide; aux premiers congrès des syndicats, l’un de ceux qui ont agi le plus en ce sens prenait la parole dès l'ouverture « au nom et sur le mandat du parti social-démocrate hongrois » et M. Jacob Weltner s’exprimait en ces termes : « Le parti social-démocrate et les syndicats ne forment pas et ne peuvent même pas former un tout organique ; nous le savons bien ; cependant nous saluons le congrès avec amitié ; car si nous marchons par deux voies différentes, nous nous dirigeons vers un même but : l’éducation d’une classe ouvrière instruite et consciente, qui puisse proclamer ses droits... En ceci est la liaison, est le lieu où les- deux
camps, — parti et syndicats, — doivent s'unir. Le parti social-démocrate, en s’efforçant de développer la situation économique des syndicats, aecomplit un vrai service dans l'intérêt du dessein commun, parce que par là l’occasion “est mieux offerte de former et désigner des ouvriers conscients. À ce dessein travaillent les syndicats comme nous et c’est pourquoi, au nom du parti, je souhaite que le congrès puisse accomplir en ces trois jours un travail utile‘ »,
Cette attitude de créateur et de protecteur qui se révèle dans cette petite allocution, est bien celle que le partt jusqu'à ce jour a gardée à l'égard des syndicats, ses fils non encore émancipés. De fait, les initiatives émanent du comité directeur du part, qui les transmet au secrétariat des syndicats, d’où partent les instructions pour chaque corporation. S'agit-il de fonder un journal du par, qui doit déposer une caution de 30.000 k. et être pourvu d’un fonds de roulement, ce sont les syndicats qui doivent en prendre les actions ; les syndicats doivent acheter un certain nombre de numéros des journaux socialistes qui se créent ; ils doivent faire de la propagande pour le parti parmi leurs adhérents, dont beaucoup sont attirés plus par les avantages matériels que par leurs convictions socialistes ; ils répètent que tout ouvrier conscient doit appartenir non seulement à un syndicat, mais aussi au parti : sur la couverture du compte rendu du premier congrès syndical, un appel à l'agitation est ainsi libellé en gros caractères : « Le combat politique conduit à la libération finale de la classe ouvrière des chaines de l'exploitation et de l’oppression capitalistes. La lutte de classes trouve son expression la plus vivante dans le mouvement politique du parti, que
1, 'Prolokoll des IH. Kongresses, p. 9,
doit soutenir moralement et matériellement chaque membre de la classe ouvrière ». Les chefs du syndicat s’efforcent ainsi de faire de chaque syndiqué un membre du parti : ils lui donnent en même temps que son carnet de cotisations syndicales, qui montent souvent jusqu'à une douzaine de couronnes par an, un carnet de colisations pour le parti, qui n’exigeait que 2 hellers par semaine, aujourd’hui # hellers.
En fait donc il n’y a pas une autonomie réelle des syndicats, mais une compénétration de fait entre parti et associations de métiers ; division de droit, union réelle, dans l’ensemble direction du parti, telle est la situation présente,
Cette situation pourra peut-être se modifier, On commence à sentir passer dans les syndicats un souffle d’indépendance, un désir d'autonomie. On reproche au parti de s'occuper trop de choses politiques, de dériver de ce côlé l’activité syndicale, de se laisser absorber par la conquête du suffrage universel, de lancer les syndicats dans la lutte politique, de les avoir mis au service du gouvernement absolutiste, d’être trop opportuniste ‘quand le demande le souei de certaines combinaisons. Ce mécontentement, comme celle aspiration à l'indépendance, n'est encore le fait que d’une minorité ; cependant on a vu en 1905 des ouvriers en grève repousser les conseils d’apaisement des chefs politiques, Bokanyi et Weltner, et continuer la grève. Il est difficile de pronostiquer la tournure que prendront désormais les rapports entre parti et syndicats ; il semble que la compénétration originelle est encore si profonde que l'autonomie du parti et l’indépendance des syndicats n’est pas prochaine ; tont au contraire on assisterait plutôt à une conquête de la direction du parti par les chefs des syndicats ; les chefs des grandes
94h LA QUESTION SOCIALE ET LE SOCIALISME EN HONGRIE
fédérations de métiers depuis ces dernières années ont été élus par les congrès du parti comme membres du comité directeur et l’un d’eux, en ouvrant le congrès syndical de 1908, pouvait dire avec raison : « Les mêmes hommes qui prennent part au mouvement économique, dirigent l’action politique du parti et par là notre émancipation politique. » La fusion d'antan serait ainsi maintenue, mais la situation retournée, à moins que ces chefs assis au comité directeur du parti ne s’animent de l'esprit politique du milieu et ne deviennent un jour suspects à leurs anciens amis.
Quelques faits, toutefois, permettent de penser que cette fusion originelle est à la veille d’évoluer vers une séparation effective. Deux causes travaillent en ce sens : d’une part la réforme d'usuffrage va permettre au parti de compter des représentants au parlement et de s'absorber dans la politique électorale; cette œuvre est trop différente de l'émancipation économique, à laquelle travaillent les syndicats, pour que les mêmes hommes s’oceupent habituellement de la propagande comme candidats et de la direction des fédérations de métiers ; d’autre part, ces fédérations deviennent de plus en plus importantes, fortes, riches et nombreuses ; la vie même les pousse à vouloir se gouverner elles-mêmes, sans recevoir de mots d'ordre du parti.
Il est significatif de noter que ce sont préeisément les syndicats les plus puissants qui laissent voir des indices non douteux de leurs sentiments nouveaux : les deux fédérations des typographes et des ouvriers mélallurgistes, qui sont des mieux organisées de Hongrie, se sont élevées au congrès de janvier 1908 des syndicats et au congrès d'avril 1908 du parti, contre la fusion prolongée de l’organisation économique et de l’organisation politique. Elles ont refusé de laisser leurs délégués siéger au comité direc-
teur du parti ; et comme deux d’entre eux y ont cependant élé élus, elles leur ont interdit d’y paraître.
Sans doute ces faits doivent être pour une part expliqués par des circonstances personnelles, mais néanmoins c’est un premier pas fait dans la voie d’une séparation effective. | Le parti y contribue, du reste, en établissant, comme nous l’avons dit, une organisation particulière, des sections politiques locales, et en ne se contentant pas d'utiliser les groupements professionnels qu'il avait créés pour lui servir de base solide et de moyen de propagande.