UN MOUVEMENT DE LUTTE DE CLASSES
gande révolutionnaire contribua aux premières grèves agraires de 1897. Il fut le véritable meneur de cette espèce de sédition agraire ; il dirigea l'agitation, en promettant à ses partisans une partie des biens des grands propriétaires ; ses mots d’ordre secrets et révolutionnaires furent accueillis avec confiance. Mais la répression, dont les grèves furent cause, firent succéder le découragement à l’espérance ; la loi de 1898 et les mesures de compression énergiques du gouvernement firent presque entièrement disparaître le parti.
Vers la fin de 1904, celui-ci se réorganise; en même temps que les social-démocrates tentent d'amener à eux les journaliers, M. Vèàrkonyi cherche à embrigader les paysans petits propriétaires ; tandis qu'aux premiers on parle d’élévation de salaires et d'amélioration des contrats, aux seconds on promet l'accroissement de leur petit domaine par le partage des latifundia. Cette nouvelle propagande n’est pas allée sans une atténuation de la note révolutionnaire d’antan. Il ne s’agit plus de prendre de force les terres, d'ignorer le Parlement, mais de faire nommer à ce Parlement des députés, qui adopteront les mesures législatives réclamées. La différence est appréciable. M. Vàarkonyi et ses amis recommandaient jadis des procédés nettement révolutionnaires ; aujourd’hui, la violence est dans l’esprit du mouvement, dans la manière de parler, non dans l’application.
M. Vàrkonyi s’est attaché à organiser dans chaque vil-
lage une association de pelits paysans, reliée à son parti ; :
presque aucun journalier n'y est inscrit. Généralement, dans la même commune vivent côte à côte le syndicat social-démocrate des journaliers et l’association du parti des paysans. Entre eux, des rapports d'amitié se sont noués ; leur action s'engage parallèlement, sans se com-
battre, au contraire en s’entr’aidant. Du reste, dans la pratique, la logomachie des uns et des autres ne diffère pas très sensiblement. Les uns accusent le capitalisme, les autres, les riches propriétaires ; les uns parlent de mettre les latifundia en communauté, les autres de les parceller. Somme toute, le dessein fondamental poursuivi est identique : J'expropriation de la classe dirigeante ; l'esprit est identique : l'incitation à la lutte de classes ; les moyens diffèrent et les agents locaux insistent peu sur cette disüinction. La différence véritable tient plutôt à la coexistence de deux classes misérables, dont l’une a quelques terres et l’autre point du tout, qui, par suite, ont, à côté d'intérêts et d’adversaires communs, des intérêts et des aspirations distincts.
Le parti de M. Vàärkonyi s'étend presque uniquement chez les Magyars, surtout dans l’Alf6ld et dans les comitats où les petits propriétaires très nombreux voient leur situation devenir de plus en plus dure. Les comitats de Békès, de Csanàd, de Csongràd, de Torontàl, de Bacs, etc., sont les centres du mouvément. La conférence annuelle de « l’Union des paysans et agriculteurs de l'Alf6ld » s’est tenue en juin 1908 à Békès-Csaba. 400 communes étaient représentées par 963 délégués. La réunion décida de proclamer la grève générale, si le projet de suffrage universel n’était pas soumis au Parlement à l'automne, et clôtura ses séances en envoyant un télégramme d’hommages au roi pour avoir pris l'initiative de la réforme électorale.
D'après les indications les plus récentes que nous possédions sur ce mouvement, il semble qu'il est en pleine décadence, malgré le terrain favorable que la Hongrie présente ; la rivalité d'Achim et de Varkonvyi a paralysé l ex- A du Syndicat des cultivateurs et petits propriétaires ; ë le ministre de l'Intérieur en a profité pour dissoudre cette