‹ La Question socialeChapitre 3 sur 9 · LA CHARITE CHRETIENNE · texte numérisé non relu

LA CHARITE CHRETIENNE

Et pour contribuer à améliorer cet état de choses, que j»eut-elle faire et que doit-elle faire? Elle fera en sorte de 1 ,''[)andre la foi et les sentiments chrétiens autour d'elle.

Elle rappclera d'abord à tous que la charité est un roua- ,i;e indispensable dans toute société. Même la société la plus simple, la famille, ne pourrait pas subsister sans cette vertu et avec la iseule justice. Il ne suffirait pas en effet que les parents fussent convaincus que leur devoir est de se dévouer ])Our leurs enfants; il ne suffirait pas non plus que les enfants fussent pénétrés de la pensée qu'ils doivent obéir à leurs parents. Il faut encore entre eux l'affection qui fait que le père se condamne volontiers à tous les sacrifices pour son tils et que le fils obéit avec joie à son père. Ce qui serait une obligation dure avec la stricte justice devient un plaisir quand on y joint la charité.

Il en est de même pour la société civile. Il ne suffit pas que les citoyens comprennent que la société est nécessaire et que leur devoir est de préférer l'intérêt général à leur intérêt particulier; il ne suffit pas non plus de reconnaître qu'ils doivent obéir à leurs supérieurs et qu'ils ont des devoirs vis à vis les uns des autres. Cette pratique de la stricte justice donnerait à l'ensemble de la société une froideur, une sèchel'esse qui l'empêcherait de fonctionner. - Il en serait d^elle Comme d'une maeliine insuffisamment huilée et qui ne peut marcher.

Que faut-il donc? Il faut que les citoyens soient unis pai* les liens de la charité. Il faut qu'ils respectent, qu'ils aiment les personnes qui les gouvernent; il faut qu'ils s'aiment les uns les autres, qu'ils s'entr'aident, que les plus fortunés viennent au secours de ceux qui le sont moins, les plus instruite au secours des ignorants; il faut que ceux qui sont à la t^to d:? tous les groupes sociaux assistent de leur dévouement ceux qui sont placés au-dessous d'eux; il faut que tous aient lo sentiment de la solidarité qui les unit et fait de tou^ un seul corps. Quand ce sentiment existe, tous les sacrifices, môme les plus pénibles, deviennent faciles et doux.

Tous ceux qui se font gloire du titre de chrétiens, pris individuellement ou groupés en société, ne doivent pa? nouvrir des inimitiés et fomenter des jalousies entre les classes sociales, mais au contraire favoriser la paix et la charité mutuelles.

Tous les hommes doivent s'aimer les uns les autres; ils doivent aimer les membres de leur famille, parce que cette tamille est l'œuvre de Dieu, parce qu'elle constitue une preii}*«''î'e association qui est destinée à leur être utile.

l'nfin ils doivent aimer tous les hommes qui composent l'humanité. N'ont-ils pas le même Père dans le ciel? VA que demande un père, sinon que l'amour règne entre ses fils?

Ne descendons-nous pas du même père sur la terre? Fi qui que nous soyons, avons-nous le droit de répudier cettf consanguinité adamique? Quel que soit le nombre de générations qui les sépare de leur souche commune, n'est-ce pas le même sang qui coule dans les veines du riche et du pauvre, de l'ignorant et du savant? "Le sang d'Adam, disait Lacordaire, parle en nous plus haut que tous les titres; il nous couche à terre aux pieds du même patriarche comme aux pieds du même Dieu."

Ne sommes-nous pas tous frères en Jésus Christ? Le Christ n'est-il pas venu resserrer les liens qui unissent les hommes au Créateur? Et comme il a désiré ardemment fon-

der la charité sur les ruines de nos égoïsmes! Avec quel accent d'infinie tendresse il disait à ses Apôtres:. /^ Mes enfants, aimez-vous les uns les autres."'' A. la deriiière , Cène, sur le point de quitter le faible troupeau qu^allait disperser l'orage, avec quelle ferveur il disait : ''0 mon £ère, faites qu'ils soient uns entre eux comme nous somnies un, vous ot moi.'' L'unité entre les hommes: voilà le: -vœu suprême du cœur qui nous a le plus aimés.

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