‹ La Question socialeChapitre 4 sur 9 · L'EGLISE AMIE DE L'OUVRIER · texte numérisé non relu

L'EGLISE AMIE DE L'OUVRIER

T/Eglise dit aux ouvriers: soyez chrétiens afin que votre vie soit prolongée par la tempérance et embaumée par la paix du cœur. .(,,

Soyez chrétiens afin d'arriver à l'aisance par l'épargne et par les institutions économiques entreprises pour vous.

Soyez chrétiens afin d'être les plus heureux des hommes, quand bien même vous en seriez les plus pauvres, pour en être les plus joyeux, quand bien même vous en seriez les plus éprouvés : car Dieu est la source du vrai bonheur et de la vraie joie sur la terre. En dehors de Lui, il n'y a que mensonge et déception.

Rappelez-vous que la richesse n'est pas le bonheur, que la vie est une épreuve et non une fête, qu'il faut user de patience et de résignation, que ces vertus sont le prix d'une" impérissable récompense. Votre vie est dure, déprimante, difPicultueuse et il n/y a que la religion qui puisse efficacement l'adoucir, la relever, ^ensoleiller, la transfiQ;urer. C'est à l'école de l'Evangile, que vous apprendrez à être résignés, honnêtes, contents de votre sort.

Ne commettez pas Terreur de croire qu'il y ait sur la terre des hommes qui échappent à la loi de la peine et du travail. Pensez-vous qu'il n^ ait pas d'autres labeurs que les labeurs matériels, d'autres travaux que ceux des mains? Ne comptez-vous poui- rien 1rs exercices de l'intelligence, les soTicis, les grandes responsabilités qui sont comme des poids

accablants pour ceux auxquels ils incombent. Vos chefs supportent plus de fatigues que vous. Des deux parts, il vous est échu la moindre. Si vous avez le travail pénible des bras, ils ont pour eux le travail absorbant de la pensée. Que d'heures, que de nuits passées souvent à la poursuite d'une solution dans une affaire délicate! Ouvriers, vos patrons méritent comme vous le titre de travailleurs. Ils sont vos frères de combat, vos camarades dans le grand atelier de la vie, vos compagnons de labeur qui subissent comme vous la loi universelle du travail.

Ces vérités connues et admises sont nécessaires à l'ouvrier pour ennoblir à ses yeux sa condition, pour la rendre supportable.

Ces vérités modèrent ses désirs ; elles lui procurent ce confortable de l'âme, infiniment supérieur au confortable matériel et que les riches ne possèdent pas toujours au sein de leur opulence. Il jouira de peu de biens peut-être, mais la moisson qui poussera dans son sillon suffira à lui donner une jouiss:mce que les heureux pourront lui envier dans leur abondant-.

L'Eglise demandera à l'ouvrier de travailler à l'amélioration de son sort matériel et moral. Pour cela, elle lui dira d'ctre l'artisan de son propre relèvement par sa fidélité au travail quotidien, par son esprit de conduite et ses habitudes de sobriétés, par de prudentes épargnes. Elle l'éloignera des vices qui consument les petites et les grandes fortunes, oui dissipent les plus médioeres pécules encore plus vite que les gros patrimoines. Elle lui inspirera les vertus qui se. contentent d'une vie et d'une nourriture frugales et suppléent par l'économie à la modicité du revenu.

L'Eglise apprendra à l'ouvrier le respect dû à l'autorité, lui enseignant que les inégalités sociales sont voulues par Dieu et que tout pouvoir, toute supériorité vient d'en haut; elle lui apprendra l'estime de son état, en lui montrant les exemples qui ennoblissent le travail manuel.

D'abord elle lui montrera Jésus Christ, l'adorable modèle qui descend des eieux à la rencontre de l'humanité, qui, durant trente ans, peine comme lui dans une boutique d'artisan, suant l'effort et maniant l'outil, de l'aube jusqu'au soir, pour gagner son pain. C'est au souvenir de l'atelier de Nazareth que l'ouvrier se sent fier du travail qui durcit ses mains et »le la sueur qui perle à son front.

L'Eglise dit à l'ouvrier: ^'O peuple, ô travailleur, Jésus ouvrier t'appelle et te tend la main ; prends-la et sois fier do ce divin compagnon. Avec Lui promène-toi le front haut à travers le monde; tu ne rencontreras personne qu'il ail autant aimé, personne qu'il ait autant honoré que toi. Aux rois, aux grands, aux puissants, aux riches, aux hommes do faste et de loisir, tu pourras dire hardiment: Mon Dieu n'a pas voulu vous ressembler, mais avec moi et pour moi il s'est fait ouvrier. A moi, trente ans de sa vie ! Trente ans d'une vie divine consacrée à m'instruire, à me consoler, à signer mes lettres de noblesse! Aussi malgré sa dépendance, ses épreuves, ses fatigues, j'aime mon état."

Et Jésus-Christ choisit parmi les artisans les premiers compagnons de sa sublime mission.

S. Paul aime à rappeler aux fidèles qu'il leur donne lui-même par sa vie la leçon et l'exemple du travail. Lui, le phis grand des Apôtres, celui que l'Aréopage écouta en silence, lui que la Grèce égalait à ses Sages, et qui, pour ses contemporains, balançait le génie de Platon, il conjure les Thessaloniciens de rester fidèles à la pratique du travail; il leur répète qu'il travaille lui-même de ses mains le jour et la nuit et qu'il ne veut être à charge à pereonne.

Cet exemple de S. Paul ne se perdra pas et, loin de rougir de l'humble condition des Apôtres, les Pères de la primitive Eglise aimeront à rappeler leur travail pénible et ils trouveront dans ces souvenirs glorifiés par le christianisme des enseignements pour combattre l'orgueil coupable et les préjugés de quelques-uns parmi les premiers chrétiens.

"Oui, s'écrie S. Jean Chrysostôme, nous vsommes les disciples de Celui qui a été nourri dans la maison d'un charpentier et qui a daigné avoir pour mère la femme de cet artisan. 81 vous considérez la profession des Apôtres, aucune n'était i>Tande ni honorable; car si le faiseur de tentes est au-dessus du pêcheur, il est au-dessous de tous les autres artisans. 8. Paul, vil ouvrier, se tenait à la disposition du public dans .-on atelier et, l'outil à la main, professait la vraie philosophie et l'enseignait aux nations, aux villes, aux province.'^. l)i?n qu'ignorant et sans éloquence."

L'Eglise veut bien aider l'ouvrier à faire respecter ses dioits. Elle l'admet, il a droit à l'existence, droit à une équitable rémunération de son labeur, droit à ne pas être écrasé par un travail excessif, droit aux joies du foyer domestique, droit à la liberté de conscience et par conséquent aux facilités nécessaires pour remplir ses devoirs religieux, droit à ce que la femme et l'enfant ne soient pas dévorés par un labeur homicide, droit à ce que la compagne de sa vie ])iiisse s'acquitter de toutes ses obligations d'épouse et de mère, droit à ce que l'innocence de sa fille soit respectée à l'atelier, droit aussi de s'associer pour défendre sas intérêts.

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