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LES DEVOIRS DE L'ETAT ENVERS LES OUVRIERS

Léon XIII veut aussi que l'Etat se préoccupe des travailleurs et fasse en sorte que de tous les biens qu'ils procurent à la société, il leur en revienne une part convenable, qu'ils puissent vivre au prix de moins de peines et de moins de privations.

Ceux qui sont chargés de la direction de l'Etat ont une mission à remplir à l'égard de tous les membres de la société : ils doivent s'occuper du bonheur des riches sans doute, mais ils sont surtout tenus de défendre et de protéger avec une particulière sollicitude les droits des pauvres et des petits.

Le Gouvernement doit s'enquérir des conditions matérielles de l'atelier et de l'usine; il doit voir à ce que les ouvriers ne soient pas soumis à un travail qui excéderait leurs forces, à ce qu'ils ne soient pas regardés comme des rouages de production, mais comme des êtres moraux et religieux. 11 remplit un devoir sacré lorsqu'il fait en sorte que l'épouse

ne soit chargée que des occupations intérieures de la maison et ne troque pas le titre magnifique de mère de famille pour celui d'ouvrièi'e, lorsqu'il voit à ce que les enfants soient éloignés de l'atmosphère empestée des fabriques. Il réalise une idée profondément chrétienne, l'idée de solidarité entre le patron et les ouvriers, lorsqu'il protège ceux-ci contre les conséquences de la vieillesse et de la maladie, lorsqu'il cherche à leur faire obtenir des indemnités en cas d'accidents involontaires dont ils auront été les victimes durant leur travail. Il est surtout digtne d'éloges s'il s'occupe à faire disparaître les causes de démoralisation auxquels peuvent être exposés les citoyens des différentes classes de la société, lorsque par des prescriptions légales il assure à tous un jour de repos par semaine, un jour qui sera donné à Dieu, qui se passera au foyer, à l'église, et qui permettra de retourner au travail, le lundi, avec l'esprit plus lucide, et le cœur plus satisfait.

Un moyen que nos hommes d'Etat canadiens devront nécessairement prendre pour conserver dans notre population le sens chrétien et religieux, sera de surveiller l'immi- ,2Tation, de faire en sorte que ceux qui viennent nous demander le pain quotidien et qui veulent devenir membres de. la famille canadienne, soient capables de rendre service à la ])atrie. Les nécessiteux qui quittent l'Europe en haillons et en larmes, qui n'apportent avec eux que leur impiété, leur pauvreté, leur haine et leurs rancunes, n'ont pas droit à notre hospitalité et ne la méritent pas.

C'est pour n'avoir pas assez surveillé l'immigration que l'Angleterre passe de nos jours par une crise sociale qui la prend par surprise et qu'elle aurait dû attendre. Depuis un demi-siècle, tous les perturbateurs, tous les incendiaires sociaux ont reçu asile et impunité sur le sol anglais. A toutes les réclamations et représentations des autorités du Continent, le Royaume-Uni opposait des fins de non-recevoir et refusait de prêter la main à l'établissement d'une législation internationale contre les anarchistes. C'était entendu: la

forte organisation politique de l'Angleterre devait la soustraire aux menées socialistes et le bon sens du peuple anglais le rendait inaccessible aux excitations malsaines de la démocratie continentale.

Aujourd'hui cette illusion s'abîme dans la réalité; le mal longtemps dissimulé fait explosion avec une telle violence que personne ne peut en contester la gravité ; des organisations socialistes menaçantes sont répandues dans tous les centres industriels; elles se montrent au grand jour; elles secouent ces couches sociales qui dormaient dans l'inconscience de leur force et qui se lèvent non moins étonnées de leurs désirs secrets que de la grandeur de leur misère. Quelle est la vraie puissance de ces organisations, quelles sont leurs ressources? La réponse sera donnée dans un avenir prochain ; elle sera terrifiante pour les hommes d'Etat dont l'imprévoyance aura été la cause du mal dont souffrira leur pa- ■ rje.

Ceux qui cultivent près de Naples la vaste campagne qui s'étend de Torre del Grseco jusqu'au Vésuve, lisent cette inscription gravée par Fonseca à l'endroit où la lave engloutit autrefois les maisons de leurs pères: ''Cavete, posteri, vesfra res agitur, prenez garde, ô nos descendants, il s'agit de votre fortune."

Prenez garde, peuvent nous dire les peuples qui nous ont devancés sur le chemin de l'existence; vous voyez les maux dont nous souffrons, vous connaissez leur origine ; notre exemple doit vous être utile. Il s'agit pour vous de prévenir le mal afin de l'empêcher d'arriver ou du moins vous devez signaler sa première apparition, réagir contre une im- Drudente quiétude et arrêter la patrie sur une pente dangereuse où elle menace de glisser.

Il faudrait aussi combattre cette tendance de la part de notre peuple à quitter la eampagne pour se concentrer dans les villes.

Les fils de nos bons cultivateurs trouvent trop souvent la paroisse natale ennuyeuse; ils se dégoûtent vite des tra-

vaux de le ferme, ils cherchent d'autres spectacles que ceux qu'offre la beauté d^s champs; ils se lassent de respirer l'air, pur dans les prés et sur les collines embaumées du domaine paternel; ils ont le triste courage de quitter ce qui devrait leur être si cher pour aller dans les centres industriels où ils espèrent gagner plus en travaillant moins. Cette tendance est funeste aux vrais intérêts de la patrie.

Il y a donc une question sociale. Cette question est souverainement grave, souverainement délicate, souverainement complexe. Elle appelle une solution prompte et équitable. Et la seule solution efficace est celle qui s'inspire de l'Evangile qui nous dit à tous: ''Qu'importent les différences de position sociale; la même terre a porté notre berceau et nous reposerons demain dans le même cimetière; le même Dieu nous a créés et le. même Dieu nous jugera. Soyons donc frères." Il n'y a qu'un seul moyen d'arrêter la diffusion des doctrines révolutionnaires, c'est de rapprocher de Dieu l'enfant, l'ouvrier, le citoyen, la société toute entière qui tend actuellement à s'éloigner de lui pour son malheur.

Soyons donc tous de vrais chrétiens, soyons donc tou.^ frères. Aimons-nous tous les uns les autres; vivons de la vie de notre baptême et, abjurant les distinctions qui naissent du nom, de la fortune et des opinions personnelles, consentons à prier le même Dieu, à nous réunir au pied des mêmes autels, à écouter chaque dimanche les enseignements du même Christ, à recevoir les mêmes sacrements et alors nous serons frères, alors nous serons forts et nous serons heureux.

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