LES ENSEIGNEMENTS DE LEON X!II
Dans son admirable Fncyclique sur la condition des ouvriers, l'immortel Léon XIII a rappelé au monde dans un style juridiqu'^, théoloo'ique. lapidaire, les princijx's do jii tice et de charité qu'on ne doi', jamais oublier.
''Le patron, dit-iL doit veiller à la santé et à la sécurit',' des ouvriers ; il doit veiller sur leur vie morale, écarter de se^ ateliers tout élément eorrupteur, les directeurs et les contremaîtres peu honnêtes, la prosmiscuité des sexes; il doii favoriser le bien de toutes manières en procurant aux ouvriers le moyen d'accomplir leurs devoirs et en les y invitant ])ar la parole et par l'exemple. Il doit prendre soin de leur> intérêts temporels, leur assurant le salaire suffisant qui leur est dû en stricte justice, prenant les dispositions nécessaires pour que ce salaire soit employé utilement ou prudemment mis en réserve, les assistant par charité, quand les accidents
de santé ou des circonstances particulières rendent insuffisant le salaire autrement suffisant. Il doit même étendre hors de l'enceinte de ses ateliers sa vigilance et sa sollicitude pour le bien religieux, moral et physique de ses ouvriers."
Ces belles paroles font penser à cette page de l'Ecriture Sainte dans laquelle S. Paul trace clairement la ligne de conduite que doivent suivre ceux qui tiennent à se dire chrétiens.
^'Serviteurs, obéissez avec crainte et respect dans la simphcité de votre cœur à iceux qui sont vos maîtres selon la chair, comme à Jésus Christ lui-même. Ne les servez pas seulement quand ils ont l'œil sur vous comme si vous ne pensiez qu'à plaire aux hommes, mais faites de bon cœur la volonté de Dieu, comme étant serviteurs de Jésus Cbri«^t. Servez-les avec affection, regardant en eux le Seigneur et non les hommes, sachant que chacun recevra du Seigneur la récompense du bien qu'il aura fait.
''Et vous, maîtres, ayez de même de l'affection pour vos servdteurs, ne les traitant pas avec rigueur et avec menaces, sachant que vous avez les uns et les autres un Maître cn^omun dans le. ciel, qui n'aura pas d'égards à la condition des personnes." (Eph. VT, 45).
Si tous les chrétiens suivaient ces conseils du grand Apôtre, le pauvre et le riche s'entendraient dans un puissant et grand amour. Il n'y aurait plus d'exploitation d'unc^ part, non plus que de jalouses irritations de l'autre. La fraternité régnerait en souveraine, scellée qu'elle serait sur le cœ^ur même de Dieu. L'ouvrier et le travailleur contents ■ renonceraient à des revendications impossibles et le patron ne se considérerait que comme l'économe de Dieu vis-à-vis de ses frères. Portant d'ailleurs son ambition plus haut que les biens de la terre, il y tiendrait moins; sa main s'ouvrirait plus libérale fit, plus généreuse envers celui qu'il emploie. Au lieu de vouloir tout pour lui, il partagerait volontiers son [)ain avec celui qui l'aide à l'obtenir.
C'est pour conduire à ce résultat que S. S. Léon XIII supplie les prêtres de se mettre en contact avec les ouvriers et les patrons, de s'appliquer à nourrir en eux-mêmes et à faire naître dans les autres, depuis les plus élevés jusqu'aux plus humbles, la charité, reine et maîtresse de toutes les vertus. Il insiste pour que, dans les séminaires, une place convenable soit faite à la théologie sociale; il demande aux prêtres de s'intéresser à tout ce qui peut améliorer le sort de leurs fidèles et de favoriser toutes les entreprises qui ont pour ])Ut d'accroître leur bien-être.
La question sociale n'est pas une question purement spéculative, elle est avant tout pratique ; elle relève sur beaucouD de points d^ la morale. Te prftre devant apprendre à chp^un ses devoirs, ne saurait le faire d'une manière suffisaTito. au moins dans les milieux industriels, s'il ionore complètement les obligations et 1rs droits respectifs des diverses catéoories de personnes confiées à ses soins.
Par ses études théologiques, par sa connaissance des vérités l'évélées, par son caractère et ses fonctions, par sa situation qui le met personnellement hors de cause, il se trouve tout indiqué pour jouer un rôle pondérateur; il est plus dési^rné que qui que ce soit pour intervenir entre les partis et faire entendre des paroles de sagesse, de modération, de justice, de paix. ''Des questions si grandes et si vitales, dit le Cardinal Gibbons, demandent des juges qui sachent discerner et séparer le bon grain de l'ivraie. Et qui sera plus capable de les traiter que l'ambassadeur du Christ?"
En s'occupent de cette question sociale, il prouvera que le clergé, aujourd'hui comme autrefois, sait être de son temps, qu'il ne néglige aucun des problèmes de son époque et que, par conséquent, on le calomnie quand on le traite d'arriéré.
Puis il se donnera des droits à l'affection et à la reconnaissance des classes laborieuses en leur montrant qu'il s'intéresse à des questions qui le.s touchont de si près, que leur
bien-être lui tient à cœur et qu'il est heureux de contribuer, dans la mesure de ses moyens, à améliorer leur situation matérielle.
j .es, ennemis du prêtre disent couramment qu'il se désintéresse de la justice sur la terre, parce qu'il prêche le renoncement et place le but de la vie au delà de ce monde — qu'il s'occupe de secourir la misère, mais qii'il ne fait rien pour en tarir la source, qu'il la considère comme un fait normal, providentiel — qu'en déifiant la souffrance, il induit les misérables à ne rien faire pour l'écarter et le riche à ne rien tenter pour la circonscrire et la diminuer — que par conc. quent il rst l'adversaire de toute réforme sociale.
Ce sont là des calomnies contre lesquelles le prêtre ne saurait trop protester ni trop réagir. Qu'il suive les conseils de S. S. Léon XIII et qu'il prouve par sa conduite que l'Eglise est loin d'être opposée au bien-être matériel et moril des classes populaires, des réformes légitimes et possibles.