PENDANT
Mesdames, Messieurs,
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La qucslion sociale csl de tous les temps, car dans tous les temps il y a eu des riches et des pauvres, des mt^conlenu et des satisfaits, maiS. elle ^i' pose iliiréreniment suivant les époques. Aujourd'hui que !e prolétariat est adulte, qu'il a Tit i.H une conscience nette de ses intérêts et ae res droiis, qu'il est armé dans Tordre politique du suffrage universel dans l'ordre économique et s...oial du droit di grève, cadeau de Napoléon III et de la loi Waldeck-Rousseau sur les syndicats, aujourd'hui quo les ouvriers ont dans les :>o irses du travail (le> a.Mlos vt des citadcilr^. ia question sociale esi ivanl tout une quosjun ouvrière. Llle comp»ijuu la recherche, l'étude, la mise en pratique de toutes les mesures propres
^i) Conférence faiU a la Bourse du traTail de Caen, le 7 décembre 1904.
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à améliorer la condilion des iravailleurs. Quand ! ! ; le Parlement inlcrdil le travail de nuil des en-
i n : f^^^ ^^ d^s femmes, quand il limilc la durée
du travail pour les adultes, quand il protège la santé des ouvriers en prohibant l'emploi de certaines substances nocives, quand il organise l'assurance obligatoire en cas d accident ou de I maladie, quand il prépare les retraites aux vieux
] [ ouvrierSi il essaie de résoudre chaque fois une
partie de la question sociale, telle que nous la I comprenons aujourd'hui. Et, pour le dire en pas-
I sant, c*cst un signe bien éclatant de la force
i grandissante du prolétariat que de voir tous les
partis indistinctt ment se vanter à Tenvi d'un égal amour des travailleurs, d'une égale sollicitude pour leurs besoins et pour leurs intérêts.
La question sociale ne se posait pas de môme en 1789, et nous avons parcouru un chemin immense, depuis que Louis XVI, acculé à la/aillite, déchaîna la Révolution en convoquant les États généraux pour payer ses dettes. Ace moment-là, à celte minute décisive où le peuple français fut appelé à se prononcer sur ses propres destinées, la question sociale n'était pas encore -^ une question ouvrière ou paysanne, mais une question bourgeoise. Il s'agissait de savoir si le tiers état, et sous ce nom on comprenait tous
ji^ux qui n'étuionl pas privilégiés, aussi bien les manœuvres des villes el des campagnes que les puissants armateurs des ports de commerce et que les opulents banquiers des grandes villes, il s'agissait de savoir si le tiers état qui n'était rien dans l*Ktat, selon le mot de Siéyès, allait être enfin quelque chose. Il s'agissait de savoir si l'infime minorité des privilégiés, des nobles et des prêtres resterait en possession de leurs privilèges que rien ne justifiait plus, s'ils continueraient d'être exempts de la plupart des impdtSi s'ils garderaient leurs justices spéciales, s'ils resteraienl en possession du monopole de tous les hauts emplois, s'ils mettraient comme devant lo trésor au pillage par les pensions, si le clergé conserverait ses dîmes, la noblesse ses droits féoilaux, ou bien si toutes les survivances de la féodalité seraient suprimées, et si les Français, sans distinction de naissance, seraient égaux, entre eux devant la loi et devant i'impùt. La question sociale ,ne se posait pas alors comme aujourd'hui entre des ouvriers et des paysans, des salariés d'une part et des bourgeois, des industriels, des capitalistes de l'autre, mais entre des priviléî^'^lés et des non privilégiés. Quiconque était PDturier, quelle que fût sa condition sociale, était par cela même l'adversaire des nobles.
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Les paysans, les ouvriers n'avaient pas encore appris à séparer leurs intérêts de ceux des bour* geois ; ils n*avaienl pas une conscience de classe distincte; les uns et les autres se sentaient solidaires, ils formaient bloc contre Tennemi commun. Mais comme les bourgeois étaient à tous les dgards infiniment mieux préparés que les prolétaires pour mener le combat, comme ils avaient plusd*intérét à vaincre, se promettant de la victoire un plus large bulin, ce furent surtout les bourgeois qui firent et qui conduisirent la Révolution, du consentement môme — du moins pendant longtemps — des ouvriers et des paysans. Aussi peut-on dire, à n'examiner les choses qu'en gros, qu'en raison du r61e prépondérant de la bourgeoisie, la question sociale était en 1789 une question bourgeoise.
\ -•> Et comment, Mesdames et Messieurs, en
aurait-il été autrement? Gomment les ouvriers * et les paysans auraient-ils pu se passer en 1789 du concours des bourgeois et faire eux-mêmes pour leur propre compte la Révolution? Les uns et les autres étaient trop ignorants, trop illettrés pour s'occupei des affaires publiques, trop misérables pour y intervenir avec efficacité. Avant 1789, on était presque un savant quand on savait lire et écrire, et les savants de ce genre étaient
bien pou nombreux au village el à l'atelier ! MaivS, aurait-elle été plus instruite dans Tensemble, que la classe ouvrière aurait été incapable l'une action politique et sociale parliculièro. Los ouvriers, on disait les artisans, avaient Phabitudo de considérer leurs patrons comme leurs représentants, je dirais presque comme leurs protecteurs naturels. La grande industrie, venue d'Angleterre avec le machinisme, existait à peino. Los ouvriers, moins nombreux qu*aujourd nui, Iravaillaionl d'ordinaire à domicile ou dans (le pelils ateliers sous les yeux de leurs patrons. Il n'y avait pas de fossé profond entre l'employeur et remployé. Tout petit patron avait d'abor;! élé compagnon avant de devenir mailre, et (oui ouvrier savait qui! pourrait ûcvenir patron un jour ou Tautro. Mailres et artisans se considéraient comme solidaires. 11 y avait souvent entre eux des rapports de camaraderie, de reconnaissance^ presque d'affection.
Mais, les ouvriers auraient-ils eu pour leurs patrons de la défiance et de l'hostililé qu'ils n'auraient pas pu engager contre eux la lutte, faute d'organisation. Les uns et les autres étaient rangés côte à côte dans les corporations ou métiers, qui par cela même diffèrent profondément de nos syndicats. Dans la corporation les
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^ patrons étaient les maltreS| ils formaient à eux seuls le bureau. C'était le bureau, autrement dit les gardes-juréSy qui élaborait les statuts obligatoires pour tous, et qui était chargé de les faire respecter. La loi ne reconnaissait aucun droit à
;^. Touvrier, et la grève était punie comme une