‹ La queue d'orChapitre 15 sur 17 · AUGUSTE GROLLIER · texte numérisé non relu

AUGUSTE GROLLIER

Tout alla au gré de nos deux amis. M. Rampal envoya Félix à Paris ; puis, la semaine écoulée, il alla les chercher lui-même chez M. Grollier, avec lequel il fut convenu qu'il viendrait également chercher son fils à la campagne la semaine suivante.

Les douze lieues qui éloignent de Paris l'habitation de M. Rampai furent employées de deux

manières par Félix et par Auguste. Pendant la première moitié du parcours, ils rappelèrent tous les amusements que M. Grollier leur avait procurés à Paris; les tours d*agilité du Cirque et de l'Hippodrome et les surprenants exercices de Robert Houdin furent successivement passés en revue. M. Rampai écouta les récits qui lui furent faits avec une patience dont les enfants ne songèrent pas à lui savoir gré ; ce sujet épuisé, on s'élança dans l'avenir, c'est-à-dire que Félix développa les plaisirs que la campagne allait leur offrir à son tour.

On arriva avec un appétit de lycéen : le cas était prévu; madame Rampai savait qu'elle allait avoir deux fils pendant une semaine, et elle avait dans le cœur des trésors de bonté qui ne lui permettaient pas d'être parcimonieuse : elle aimait d'avance Tami de son fils.

Le premier jour fut employé à visiter le jardin, la basse-cour, puis Ton dîna et l'on se coucha de bonne heure. Les premiers rayons da

soleil, le lendemain, trouvèrent les deux amis éveillés ; on devait aller déjeuner à une lieue plus loin, dans une ferme appartenant à M. Rampal. Le voyage se fît à cheval ; M. Balfour avait prêté deux chevaux extrêmement doux pour Félix et pour Auguste; il était à cheval lui-même. M. Rampai conduisait sa femme dans un cabriolet.

Devant la ferme coulait une petite rivière. Après le déjeuner, on fit sur la rivière une promenade en bateau. Des saules, des peupliers, des aunes, plantés sans ordre sur les deux rives, rejoignaient parfois leurs branches par-dessus la rivière, et formaient des berceaux à travers lesquels le soleil ne pénétrait pas. De belles plantes s'étendaient sur l'eau, et formaient, de quelques parties de la petite rivière, un parterre admirable; le nénufar étalait ses larges feuilles rondes , entre lesquelles s'épanouissaient les belles fleurs blanches qui lui ont fait donner le nom de lis des étangs; ailleurs s'étendait la va-

riété à fleurs jaunes. Plus près de la terre, les sagittaires lançaient hors de l'eau leurs feuilles semblables à des flèches, et leurs fleurs formées de trois pétales blancs, avec une tache d'un violet clair au centre de la fleur ; les butomes balançaient leurs couronnes de fleurs roses, et les myosotis cachaient dans l'herbe leurs petits épis d'un beau bleu d'azur.

Les libellules aux ailes de gaze, au corps de saphir , d'émeraude , de topaze ou de turquoise, voltigaient au-dessus des plantes aquatiques.

De temps en temps, un martin-pêcheur effrayé s'élançait du feuillage d'un vieux saule, en jetant un cri aigu, et traversait la rivière d'un vol rapide et droit sans le moindre détour.

— Oh ! la charmante promenade ! disait Auguste.

— Quel dommage qu'elle finisse si vite ! disait Félix,

— Nous y reviendrons, dit M. Rampai.

— Bien mieux, ajouta madame Rampai, nous y passerons toute la journée, et nous dînerons tous sur l'herbe.

— Mieux encore, dit M. Balfour, nous ferons une partie de pèche. Je ferai amorcer d'avance une place que je connais, et je me charge de fournir des lignes excellentes à nos jeunes amis.

— Oh ! quel bonheur! s*écria Auguste.

— Et quand cela? demanda Félix.

— Mais, répondit M. Rampai, ce sera pour dimanche.

— C'est aujourd'hui jeudi, soupira Auguste.

— Ce soupir veut dire que c'est bien loin, interpréta madame Rampai ; mais il n'y a pas de mal d'attendre un peu le plaisir. D'ailleurs, M. GroUier arrivera samedi, et pourra participer à la fête.

— S'il allait faire mauvais temps!... dit Félix.

— Le temps est au beau fixe, reprit M. Balfour ; mon rhumatisme m'avertirait d'un chan-

gement de temps au moins trois jours d'avance, et il ne me dit absolument rien.

La promenade terminée, on remonta à cheval et on retourna à la maison; l'entretien roula sur la charmante rivère et ses bords fleuris, et sur la partie de pèche projetée ; on mot revenait souvent sur les lèvres des enfants, en forme de refrain :

— Pourvu qu'il fasse beau temps !

— Il n'y a pas de danger de ce côté-là, répondait M. Balfour,

Le lendemain , M. Balfour donna à chacun des deux amis une belle canne à pêche avec une ligne excellente. Il avait envoyé dès le matin chercher ses présents à Paris. Il avait recommandé que les cannes et les lignes fussent exactement pareilles. Elles furent reçues avec une grande joie. On passa presque toute la soirée à parler de pêche, et les deux enfants gravèrent chacun sur le bouchon de leur ligne les lettres initiales de leur nom.

M. Balfour, qui était grand pêcheur, ne fut avare ni de détails, ni d'instructions, ni d'anecdotes.

M. et madame Rampai et M. Balfour devaient dîner chez un voisin ; on les avait, il est vrai, engagés à amener les deux lycéens , mais les parents avaient quelques raisons de croire que ce dîner n'aurait rien d'agréable pour les enfants, et ils leur avaient fait préparer à la maison un dîner à leur goût, leur laissant pour leurs amusements toute la liberté possible.

Auguste et Félix se promenèrent dans le jardin et dans la campagne, ils jouèrent à tous les jeux qui leur passèrent par la mémoire; mais, après le dîner, ils ne savaient plus que faire. Ils se promenèrent encore dans le jardin ; ils trouvèrent une échelle et s'en servirent pour regarder par-dessus les murailles dans les jardins des voisins. Celui de M. Balfour était incontestablement le plus beau et le mieux tenu. On y voyait de magnifiques espaliers chargés de fruits.

— Que de fruits! s'écria Auguste.

— Et il y en aura la moitié de perdus.

— Comment cela?

— M. Balfour veut qu'on en laisse une part aux oiseaux; puis il se plaît à les voir ainsi garnis, et il ne les cueille qu'à son corps défendant.

— Si ça n'est pas un meurtre de laisser perdre des abricots comme ceux que je vois làbas!

— Et si tu savais comme ils sont bons, tu aurais encore plus de regrets,

— Ils sont énormes.

— Des abricots-pêches, rien que cela.

— Comment se fait-il qu'il n'en donne pas chez toi?

— Il en apporte quelquefois, quand il y pense ; mais, comme on sait qu'il se les arrache du cœur, on fait des cérémonies.

— Ça n'est pas moi qui en ferais !

— Ni moi, mais j'ai inventé mieux que cela.

— Quoi donc?

— Je fais comme les oiseaux, je prends ma part.

— Oh! Félix!

— Que veut dire ce « Oh ! Félix ? >

— C'est bien hardi.,, et bien mal, ce que tu fais là.

— Je ne prends que sur la part des oiseaux ou sur celle des loirs,

— Oh ! les beaux abricots !

Malheureusement, les deux amis étaient à cheval sur le mur ; plus malheureusement encore, Auguste, tout en blâmant avec une énergie décroissante l'action de Félix, ne perdait pas de vue les abricots. Félix plaidait une mauvaise cause, mais la vue des abricots portait dans Tesprit d'Auguste d'abord des doutes, puis graduellement une conviction que l'éloquence de son condisciple n'eût sans doute pas suffi à faire naître.

Et encore le jour diminuait, et les ombres,

qui donnent de l'audace au crime, commençaient à se répandre sur la terre. Bref, après des combats entre la conscience et la gourmandise, après des hésitations sans nombre, Auguste fut vaincu ; ils hissèrent l'échelle sur le mur et la firent glisser dans le jardin du voisin ; puis, là, les deux amis, semblables cette fois à Nisus et à Euryale qu'il s'étaient proposés pour modèles dans leurs élans d'amitié enthousiaste, firent sur les espa»liers de M. Balfour un ravage semblable à celui que les deux Troyens firent dans le camp des Rutules. Je pourrais faire, à l'imitation du poëte latin, rénumération des fruits qui furent les victimes de l'expédition.

Ils n'étaient pas encore rassasiés du carnage, lorsqu'un bruit qui leur sembla partir de la mai^ son du voisin leur inspira une terreur subite; ils se poussèrent du coude, et, sans parler, ils grimpèrent de l'échelle sur le mur. Là, après avoir retiré l'échelle, ils redescendirent dans le jardin de M, Rampai.

Quand ils furent remis de leur frayeur, ils se consultèrent.

— As-tu entendu?

-- Oui... Et toi?

— Pourvu qu'on ne nous ait pas vus!

— Oh ! il n'y a pas de danger. D'ailleurs, je ne vois pas de lumière dans la maison du voisin.

— C'est égal, dit Auguste, ça n'est pas trop bien, ce que nous avons fait là.

— C'est parce qu'il n'y a plus d'abricots, répondit Félix, que tu reviens à des sentiments honnêtes... Ça n'empêche pas que tu allais bien.

— C'est qu'ils sont aussi bons qu'ils sont beaux. Mais es-tu sur qu'on ne s'en aperçoive pas?

— Il y en a tant !

— Dis plutôt : « Il y en avait tant ! » j'en ai mangé pas mal.

— Je n'ai pas non plus perdu mon temps ; mais on croira que ce sont les oiseaux.

Malgré Tassurance qu'affichait Félix, ce ne fut pas sans quelque inquiétude qu'il vit M. Balfour entrer Je lendemain matin dans la maison. Chaque fois que, dans la conversation, il fat question de fruits et de jardin, les deux coupables respiraient à peine, n'osaient lever les yeux et évitaient même de se regarder entre eux.

Mais il ne fut question de rien ; et, ie soir, Félix dit à Auguste :

— Tu vois ce que je te disais; il ne s*en est pas aperçu, ou il met le crime sur le compte des oiseaux.

M. Grollier était arrivé ; on parla de la partie du lendemain , on consulta le baromètre. Les enfants, la veille, en voyant M. Balfour froncer le sourcil et se rappelant le fameux rhumatisme qui l'avertissait si bien du mauvais temps, lui avaient demandé deux ou trois fois s'il ne souffrait pas ; mais, depuis le vol des abricots, au moindre nuage qui obscurcissait le front du voisin, il leur semblait qu'il songeait à ses abri-

cots, et ils n'osaient plus lui demander des nouvelles de son rhumatismje.

Le dimanche, il faisait à peine JQur, lorsque Félix sortit de la chambre sur la pointe des pieds pour voir le temps qu'il faisait, sans éveiller Auguste ; mais il trouva dans le jardin Auguste qui était sorti sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller Félix.

L'air était pur et limpide, quelques petits flocons de nuages ou plutôt! de légères vapeurs ne tardèrent pas à prendre une teinte rosée au point de l'horizon opposé à celui où le soleil se levait, quoiqu'on ne le vît pas encore. Les oiseaux gazouillaient dans les arbres, une épaisse rosée brillait sur l'herbe, tout annonçait une belle journée.

— Il fait beau ! s'écria Auguste.

— C'est-à-dire que- la journée sera magnifique.

— Personne n'est encore levé dans la maison?

— Ma mère ne viendra à la ferme que plus tard, avec une servante. — Mais tu sais bien que nos pères et M. Balfour doivent partir avec nous, dès le point du jour, comme dit le voisin.

— Tiens, les voilà.

— Allons, êtes-vous prêts, Castor et Pollox? dit M. Balfour.

— Il y a longtemps !

~ Bravo \ Eh bien, en route ; vous avez tout ce qu'il vous faut?

— Nous n'avons à prendre que nos cannes à pèche et nos lignes.

— Allez les chercher.

Auguste et Félix gravirent les escaliers en courant. M. Balfour, M. Rampai et M. Grollier avaient échangé un regard qui eût donné à réfléchir aux deux condisciples, s'ils avaient vu ce regard.

Leur retour fut loin d'être aussi rapide que leur départ avait semblé le promettre.

M. Rampai les appela ; enfin ils redescendirent, mais confus, stupéfaits.

— Qu'avez-vous donc ?

— Nos cannes à pêche et nos lignes...

— Eh bien?

— Eh bien.,., nous ne les trouvons nulle

part.

— C'est que vous cherchez mal.

— Nous les avions placées ensemble dans la pièce vide qui est entre nos deux chambres.. o et il n'y a plus rien.

Us remontèrent, cherchèrent, fouillèrent ; au bout d'une demi-heure, il fallut y renoncer.

— Il n'y a pourtant pas de voleurs ici, disait M. Rampai.

Enfin, on décida qu'on allait néanmoins se mettre en route ; l'heure la plus favorable pour la pèche allait s*écouler, on verrait là-bas à s'arranger; les enfants regarderaient pêcher : ça ne serait pas si amusant que de pêcher euxmêmes, mais ils n'avaient qu'à serrer leurs us-

tensiles avec plus de soin. On leur prêterait peut-être un peu les lignes, etc., etc. Ils partirent l'oreille basse.

— Je compte sur une bonne pèche, disait M. Balfour ; on a amorcé par mon ordre avec du blé cuit un certain fond que je connais et où j'ai toujours fait d'assez bonne affaires.

— Le temps est des plus favorables, disait M. Rampai ; pas un souffle de vent.

On arriva à la ferme, puis on se dirigea vers le fond désigné; les espérances de plaisir de Félix et d'Auguste étaient déjà bien diminuées, cependant, il faisait un temps magnifique; ils regarderaient la pêche , et on n'aurait pas la cruauté de ne pas les faire pêcher un peu euxmêmes.

M. Grollier, M. Rampai et M. Balfour choisirent leurs places et apprêtèrent leurs lignes. Les deux enfants avaient le cœur un peu gros ; ils remontèrent sur la berge et se promenèrent dans la prairie, puis ils redescendirent vers la

rivière, et se trouvèrent à cent pas de ceux qu'ils voulaient rejoindre. Il y avait là aussi des pécheurs, — probablement un père et son fils ; — leur costume annonçait des cultivateurs, ils paraissaient fort heureux. — Le père tira un poisson de l'eau, et le fils ne tarda pas à en faire autant.

— C'est le jardinier de M. Balfour, observa Félix.

Les deux condisciples suivaient avec attention le bouchon qui flottait sur l'eau. Tout à coup Félix poussa Auguste du coude.

— Quoi ? dit Auguste à voix basse.

— Regarde le bouchon du vieux.

— Eh bien, est-ce que ça mord?

— Il ne s'agit pas de cela ; regarde ce bouchon.

— Ah ! mon Dieu ?

— Qu'est-ce que ça veut dire ?

— Remontons.

Quand ils furent suffisamment éloignés des pêcheurs.

— Je n'en reviens pas, dit Auguste.

— Ce sont très-bien nos lignes.

— Parbleu ! cet A que j'ai gravé sur le bouchon de la mienne!

— Il faut consulter nos parents.

Les deux pères et M. Balfour manifestèrent d'abord quelque incrédulité; cependant, sur l'afOrmation énergique des enfants, ils replièrent leurs lignes et se dirigèrent vers l'endroit qui leur était désigné.

— C'est ma foi vrai, dit M. Balfour. — Ohé! Pierre Vignan !

Pierre Vignan se retourna avec un air d'assez mauvaise humeur ; mais, en reconnaissant M. Balfour, il salua et dit :

— Avez-vous quelque chose à m'ordonner, monsieur ?

— Oui, monte un peu ici.

Pierre Vignan confia sa ligne à son fils et monta auprès de M. Balfour.

— Il parait que tu pèches, maître Pierre.

— Oui, monsieur, c'est dimanche...

— Et tu prends du poisson ?

— Ça a l'air de mordre assez bien.

— Tu parais avoir d'assez bonnes lignes.

— Elles me coûtent assez cher pour cela,

— Ah ! tu les a achetées ?

— Pas précisément, monsieur.

— Pierre, ces lignes ne sont pas à toi, c'est moi qui les avais achetées pour ces deux enfants, qui n'ont pu les retrouver ce matin. Pierre, tu les a volées !

— Non, monsieur.

— Seras-tu assez hardi pour nier que ce sont bien les mêmes ?

- — Non, monsieur, je ne le nierai pas, car ce sont les mêmes.

— Et tu prétends que tu ne les a pas volées?

— Non, monsieur, je les ai prises.

— Mais prendre ce qui est à autrui, sans son consentement, c'est ce qu'on appelle voler, dans

tous les pays du monde, et ce que punissent les lois de tous les pays.

— Il faut s'expliquer, monsieur; ayez un peu de patience, et ne condamnez pas un vieux serviteur sans l'entendre. Pourquoi a-t-on établi des peines contre le vol?

— Parce que, sans cela, il n*y aurait plus de société , les plus forts dépouilleraient les plus faibles et en feraient leurs esclaves.

— C'est donc dans l'intérêt des faibles que l'on a fait les lois contre le vol ?

— C'est au nom de la justice, et effectivement dans l'intérêt des enfants, des femmes et des faibles.

— Eh bien, mais si les faibles ne veulent plus de ces lois?...

— Comment supposer, Pierre Vignan, qu'ilrenonceront à des lois qui sont leurs seules garanties contre la force et la violence y

— Je ne dis pas qu'ils aient raison d'anéantir

ces lois, monsieur, mais enfin s*ils n'en veulent plus?...

— Où veux-tu en venir?

— M'y voici, monsieur. Je suis bien plus fort que ces deux jeunes messieurs; si nous n'étions que nous trois ici, et qu'il me plût de prendre leurs habits et de les laisser tout nus sur le bord de la rivière, ils ne pourraient pas m'en empêcher, trop heureux s'il ne me prenait pas fantaisie de les jeter à Teau par-dessus le marché. Ils avaient deux belles cannes à pèche et d'excellentes lignes qui me faisaient fort envie , je pouvais les prendre, et je ne vois pas comment ils s'y seraient opposés. Mais les lois de Dieu d'abord et les lois des hommes ensuite défendent de s'approprier le bien d'autrui ; ces lois les protégeaient contre moi. Eh bien, ils n'ont pas voulu de ces lois ; ils ont passé par-dessus le mur du jardin, et ils sont venus me prendre mes plus beaux abricots; je dis me prendre quoiqu'au fond les abricots fussent à vous;

mais, comme je savais que vous en vouliez pour le lendemain, j'ai dû m'en procurer dans un autrejardin.

> Alors, je me suis dit :

» — Tiens, ça se trouve bien; moi que ça gênait, la loi qui défend de voler ; voilà que ceux à l'avantage de qui elle est faite ne veulent plus de cette loi; ils aiment mieux qu'on se prenne les uns aux autres ce qu'on pouiTa prendre; ma foi, tant mieux!

» Et alors, je suis entré chez M. Rampai, et j'ai pris les cannes à pèche et les lignes. On

Im'a dit qu'ils avaient des balles et des toupies, je compte bien les prendre pour mes plus petits enfants.

Auguste et Félix s'étaient retirés à l'écart. M. Rampai et M. Grollier les rappelèrent ; il fallut avouer le vol des abricot?. Ils renvoyèrent Pierre Vignan continuer sa pêche. La moralité n'eut pas besoin de paroles ; les deux condisciples avaient compris à quel point les enfants doivent

respecter des lois instituées pour protéger le faible contre le fort. On ne leur demanda ni promesse ni excuses, on les laissa à leurs réflexions, et on parla d'autre chose. Pour eux, ils savaient à tout jamais qu'il n'est pas seulement honteux et criminel aux forts de s'approprier le bien d'autrui, mais que c'est aussi pour les faibles une très-mauvaise affaire, sans être pour cela moins criminel et moins honteux.

Fi?J

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