‹ La queue d'orChapitre 2 sur 17 · VENGEANCE ET PARAPLUIE · texte numérisé non relu

VENGEANCE ET PARAPLUIE

On déboutonnait sa veste, et on se faisait voir le morceau de soie bleue ; mais la reconnaissance faite, les conjurés, après toutes ces précautions, n'avaient absolument rien à se dire qui les justifiât. On songea à donner un but à la conspiration.

Vengeance ! contre qui des écoliers avaientils une vengeance à excercer? naturellement, contre ceux qui leur donneraient des pensums ou les mettraient en retenue, seuls malheurs que la sollicitude de leurs parents et de leurs maîtres laissassent approcher d'eux. On décida promptement que la conspiration serait permanente contre les maîtres ; et, malheureusement pour Antoine, le souvenir de son parapluie, et le ridicule que des enfants qui ne savaient rien

attachaient à la pauvreté de ses habits, le désignèrent spécialement à la vindicte des conjurés. On lui volait ses crayons, on mettait à la place de son siège habituel une chaise dont un des pieds était rompu, etc. On faisait, dans la saison, voler des hannetons dans l'atelier de dessin ; on lui lançait, quand il tournait le dos, quelques-unes des boulettes de mie de pain qui jusque-là n'avaient osé attaquer que des condisciples. Il faut dire que l'extrême douceur du maître de dessin et ses distractions encourageaient singulièrement l'audace des conspirateurs.

Je ne sais quel démon inspira un jour, à l'un de nous, une idée qui fut accueillie avec enthousiasme.

Nous n'osions plus admettre de nouveaux membres dans la société, pour deux raisons : si tout le monde en avait fait partie, il n'y aurait plus eu de mystère, et nous aurions craint les indiscrétions. Donc, nous n'avions plus de réceptions, d'épreuves, etc. Nous pensâmes que le

maître de dessin donnait également des leçons dans une autre pension, et que c'était dans cette pension que nous devions chercher de nouveaux affiliés. La pension dans laquelle nous étions, comme presque toutes les pensions du quartier, conduisait deux fois par jour au collège Bourbon ceux qui suivaient les cours de ce collège; ces diverses pensions se rencontraient dans la cour, à l'entrée et à la sortie, et aussi dans les classes du collège. Il nous était donc facile de communiquer avec les élèves de la pension en question. A cet effet, nous rédigeâmes une adresse ainsi conçue, que l'un de nous se chargea de donner à un des grands de cette pension:

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