LE PERE MATHURIN, LE PERE JÉRÔME
(Ils se relèvent de leurs chaises basses, où on les a vus d'abord à genoux, et reprennent leur ouvrage de paillassoris. — Bésicles, si l'on veut.)
LE PERE MATHURIN.— Me v'là un petit peu
plus tranquille. Nous avons bien fait de faire tout de suite notre prière, car on ne sait pas ce qui peut arriver.
LE PERE JÉRÔME.— Je ne crois pas qu'il y ait du danger pour nous, pauvres vieux ; mis c’est égal ; c’est toujours le plus sûr.
LE ?ERE MATHURIN.— Moi qui ne dors que d'un œil, depuis que j’ai mes quatre-vingts ans sonnés, j'ai tout entendu cette nuit. Le bruit n’a cessé qu’à deux heures du matin.
Le PERE JÉRÔME. — Moi qui dors comme une soupe, j'ai bien cru que j’entendais aussi quelque chose, mais je me suis dit : ‘ C’est que je rêve.”
Le PERE MATRURIN.—- Nenni, nenni; je ne dormais pas, pour sûrget c'était bien réel. — Comme si on avait traîné dans le grenier toutes
ml.
les casseroles de ma bru. (Zei le bruit se fait entendre.) Entendez-vous ?
Le PERE JÉRÔME (effrayé, bas).— Mais oui !... et ça a fait ça toute is nuit?... Mais qu'est-ce que ça peut être ?
LE pere Maraurin. — V'là qu'est apaisé.
Qu'est-ce que c’est, qu'est-ce que c'est ? Ça serait-y point Jean-Médard qui nous aurait jeté un sort ?
LE pere JÉRÔME.— Ga s'pourrait bien. Il est assez mauvais. Pourtant j’lui faisons des cadeaux de temps en temps pour l’apprivoiser.
Le pere Maruurin.— J'n’en ai point parlé à André, pour ne pas l’effrayer, mais puisque ça nana faut qu’il save ce qui se passe chez ui.
Le PERE JérômE.-—Faut l’en avertir, bien sûr. D'ailleurs c’est certain qu’il ÿ a quéque grabuge dans la maison.— Mon chat qui, depuis hier matin, n’a pas reparu! Ça se conçoit-il? Une bête qui m'est si attachée !
Le pere MaTauriN.— C’est pas votchat qui m'inquiète le plus: Minet revieudra. Ga ne s'absente jamais plus de trois jours ; mais c’est ce vacarme qui recommence ce soir.