SCÈNE Il
LES MÊMES, ANDRÉ, apportant un plat.
Anpr£.— Bonsoir, nos deux bons pères. V'là la trempée au lait de la vache grise, tout chaud, avec un peu de sucre dedans. Ga sera facile à mâcher. (/l/ met l: couvert.) Allons, à table, et ensuite au lit, car, à ds paillassons, vous ne gagnez pas votre oribus}
Le PERE MaTaurIN.—Nous n'avons pourtant | uère d’appétit, et encore moins envie de { ormir. { | ANDRÉ.— À cause donc ? | $ Le pERE MATRURIN.— Jeanne est-elle rentrée des champs avec les garçons ? AnDRé.—Ma femme? Non, pas encore; voilà pourquoi je vous apporte la soupe, pour ne pas vous retarder.
Le pere MATAURIN.— Je ne serai tranquille que quand tout le monde sera à la maison.
Le PÈRE JÉRÔME. — Allons, père Mathurin, faut pas vous frapper l'esprit comme ça, au risque d’en perdre le boire et le manger. Sou- __d> pons. (ls se mettent à table.) C’est moi qui vas | te dire ce qui en est, André, car ton père en a la tête à l'envers.
Le PERE MATHURIN.—C'est bien vrai.
Le pERE JÉRÔME.— Figure-toi qu’il n'a pas
+ osé vous le dire, pour ne pas vous inquiéter, mais toute la nuit dernière... (Le Lruit recommence.)
Le PERE MATHURIN (effrayé). — Précisément, entendez-vous ? c’est ça !
ANDRÉ.—(a ! Eh bien, nous l’avons entendu aussi. Ou c’est les rats qui font rouler les noix du tas qui est au grenier, ou des fouines qui s’entrebattent.
Le PERE Maraurin.— Non, non, ce n'est pas ça. Ga sonne le creux. Ça roule somme une s poêle qu’on traîne à terre. (Le bruit recom- &, mence, la cuillère tombe des mains de Mathurin.) Le PERE JÉRÔME. — Vois-tu, André, qu'il a raison, que ça n’est pas là des fouines.
$ AnDRé.— Allons, tranquillisez-vous.— Si ce , n’est pas des fouines,) on verra ce que c'est.
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Dès que les hommes seront rentrés, je ferai faire une battue dans les greniers.
Le vere Maraurin.— C'est ce qu’il faut, et le plus tôt possible, car je meurs de frayeur.
Anvr£.— Mon père, permettez-moi de vous dire que vous n'êtes pas raisonnable. Comment, moi et votre bru, qui couchons derrière la cloison ; François à côté, dans la bergerie ; Moïse et Pascal, dans l'écurie; Pierre à l’étable ; tout ça autour de vous, et trois fusils. Estil permis d’avoir peur? (J/ dessert la table.) (A Jérôme.) Raisonnez-le donc un peu, je vous en prie, ce bon vieux père. (J sort.)