VOIX NOMBREUSES
A l'ordre!
(1) Article sur Lamennais. — Revue des Deux-Mondes.
LE PUSÉYSTE.
L'anarchie, celte chose si funeste et si hideuse dans le régime social, est-elle acceptable dans le régime intellectuel? Que deviendra la société, si les contradictions qui divisent nos idées existent dans nos actes? Son glas sonnera bientôt. Dès que l'homme n'a pas le droit de tout faire, il n'a pas le droit de tout penser, car la pensée est elle-même une action, la plus sublime de toutes les actions. Soutiendrez-vous que l'homme ne soit un être social que par lo corps, par la partie la plus grossière de luimême? Son àme, libre de tout lien, a-t-elle été destinée h errer solitaire et sans guide, au gré de ses caprices et de ses rêves, sans communion d'idées avec les autres âmes ses sœurs, sans intelligence supérieure et régulatrice? Si l'homme social a des droits, il a des devoirs aussi qui les contrebalancent. L'homme intellectuel n'aurnit-il que des droits, sans devoirs
corrélatifs? la liberté, limitée là, ?erail-clle ici sans bornes? Et oîi trouver cette autorité dirigeant la pensée et gouvernant la société des âmes? Dans la philosophie? dans laquelle? Il y en a des milliers. Toutes se contredisent. Dans le protestantisme? Hélas! j'en ai fait l'expérience, l'anarchie régne là aussi en maîtresse absolue et la Réforme tombe en poussière. Un des plus célèbres pasteurs contemporains, M. Vinet, de Genève, n'a-t-il pas prononcé cette parole, ou plutôt cette sentence de mort: « Il n'y a plus de protestantisme, il n'y a plus que des protestants? » Or, on trouve, en ce monde, un roc immuable, conli e lequel plus d'un navigateur imprudent est venu se briser, et sur lequel, en revanche, plus d'un naufragé a rencontré le salut. Depuis dix-neuf siècles bientôt, la libre pensée, pour le battre en brèche, use tous ses systèmes contradictoires. Vagues impuissantes! Le roc reste immobile. Naufragé de la libre pensée, je
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viens y aborder à mon tour. Il y a une lieure, j'étais protestant : je ne le suis plus, grâce à tout ce que je viens d'entendre, et je me déclare solennellement catholique.
{M. Joiirckin bondit sur son fauteuil.)