La quintessence du socialisme
Depuis les dernières élections du Reichstag allemand (1874), le « spectre rouge « a fait son apparition jusque dans les plus infimes cabarets; mais ce qu’il y a de curieux, c’est que la quintessence et le but de la propagande socialiste sont presque inconnus encore, et cela non seulement dans le monde des politiqueurs d’estami-
nets, mais aussi dans les rangs des classes « possédantes et instruites »» et même dans les rangs des partisans socialistes.
Nous sommes à même de nous convaincre tous les jours qu’une masse de conceptions fausses, d’espérances et d’appréhensions exagérées de tout genre, se répandent à propos du socialisme.
Les ennemis et les contempteurs du socialisme, et aussi les innombrables croyants du nouvel Evangile , ne se sont pas fait, même partiellement, une idée juste de la chose qu’ils redoutent, abhorrent ou méprisent, ou qu’ils élèvent jusqu’aux nues.
Dans cet état de confusion où se trouve l’opinion publique, la chose la plus nécessaire est certainement de se faire une connaissance précise de la nature et du but de la réorganisation socialiste, et surtout de dissiper les conceptions fausses et les ignorances qui enveloppent ce grave sujet. Tel est le but de la présente Quintessence du socialisme .
Par une exposition bien nette de cette question, nous espérons obliger un certain nombre de lecteurs des Deutsche Blàtter , lors même qu’ils seraient désagréablement surpris par le sujet même.
Nous croyons au moins éclaircir la question sociale par une étude générale et surtout exempte de préjugés.
Si nous nous trompons, nous nous serons fait involontairement illusion.
La vérité avant tout.
Ceci posé, entrons dans le mouvement social.
Observons d’abord le principe économique du socialisme, en écartant auparavant son côté passagèrement agitateur, ses phénomènes et tendances religieuses et politiques, et ses mots d’ordre d’application provisoire.
Il est hors de doute qu’il s’agit ici d’une question économique ; c’est du moins en premier lieu une question d estomac .
Cette question est le produit d’un revirement fondamental dans l’organisation de la transformation sociale de la matière (ou production en général), c’est à-dire d’un phénomène économique sorti de l’écroulement du système industriel petit-bourgeois, et par conséquent le but du mouvement socialiste est, avant tout, une transformation fondamentale de l’économie sociale actuelle. Tout le monde en convient du reste.
Voici dans sa substance le programme du
socialisme, et le véritable but du mouvement socialiste international.
Remplacement du capital privé, — c’est-àdire du mode de production spéculateur privé, sans autre règle sociale que la libre concurrence — par le capital collectif, c’est-à-dire par un mode de production qui, fondé sur la possession collective de tous les moyens de production par tous les membres de la société, produirait une organisation plus unifiée, sociale, « collective », du travail national.
Ce mode de production « collectiviste * supprimerait la concurrence actuelle en plaçant les parties de la production des richesses qui peuvent être exécutées collectivement (socialement, coopérativement) sous la direction des organisations professionnelles (berufsanstaltliche) et en effectuant, sous cette même direction, la répartition des produits communs (sociaux) de tous à tous, en raison de la valeur d’usage social du travail de chacun.
Aussi divergentes et aussi embrouillées que ses voies paraissent aux meneurs socialistes isolés, tel est, réduit à sa plus simple expression, le but du socialisme contemporain.
Dans l’Etat capitaliste actuel, quiconque possède un capital fait librement toute entreprise
quelconque avec une partie de la production nationale, cela dans son intérêt privé, et ne subit une influence sociale quelconque que par la réaction hydrostatique, pour ainsi dire, de tous les autres concurrents, qui sont, comme lui, à la recherche du gain.
Dans l’Etat socialiste, au contraire, les moyens d’organiser toute production et toute circulation de richesses (c’est-à-dire le capital, la somme des moyens de production), seraient la propriété commune de la société dont les organes collectifs, d’une part, coordonneraient toutes les forces séparées de travail pour les fondre dans l’organisation du travail collectif, et, d’autre part, distribueraient tous les produits de cette coopération sociale au prorata du travail de chacun. En conséquence, il n’y aurait plus ni affaires privées, ni entreprises privées, mais seulement le travail collectif organisé de tous dans les établissements de la production et de Téchange socialement organisés avec le capital collectif. Les rapports de gain (pour les capitalistes) et de salariat (pour les ouvriers) seraient abolis.
Les travailleurs recevraient des émoluments en raison de leur travail.
Les moyens nécessaires pour chaque genre de
production devraient être fixés par l’enquête officielle et continue des administrations de la vente et par les comités directeurs de la production. L’industrie sociale se réglerait sur ces déterminations. Le déficit ou surcroît occasionnel des produits serait balancé, de temps à autre, relativement aux besoins par une mise en réserve dans les magasins qui deviendraient de véritables entrepôts publics.
Tel est incontestablement et pris dans son sens le plus général le collectivisme, opposé au capitalisme ; telle est la quintessence de l’organisation sociale du travail, opposée à cette « concurrence anarchique « actuelle qui, selon les socialistes, au lieu de remplir une fonction sociale, unifiée et consciente de la production et de la circulation des richesses, n’est qu’un jeu et un combat de concurrents luttant pour avoir une plus grande part dans la curée.
Les chefs du mouvement internationaliste, et notamment Karl Marx, dans son œuvre principale, le Capital , œuvre de mordante critique et d’une incontestable puissance de précision, sont très prudents dans les manifestations de leur programme positif. Mais celui qui sait lire et penser considérera avec raison les idées rapportées par nous plus haut comme étant la base et
le but du socialisme. Ceci résulte de la large critique des socialistes contre l’organisation capitaliste et individualiste actuelle de l’économie politique. Cela ressort aussi des théorèmes de la science socialiste sur le travail considéré comme substance de toute valeur et des richesses, et des mêmes théorèmes sur la future répartition des revenus privés, réglée par le temps de travail que chacun aura donné à la production sociale et sur l’abolition du numéraire, etc.
Enfin, on peut tirer la même conclusion des programmes positifs de l’organisation socialiste nouvelle de l’économie politique en tant que ces programmes ont été développés ou mentionnés par les penseurs du parti. Une idée domine ces programmes dans leur partie critique comme dans leur partie dogmatique : Propriété collée tive au lieu de propriété privée de tous les moyens de production (biens-fonds, ateliers, machines, outillages, etc.) ; remplacement de la concurrence capitaliste sans unité par l’organisation sociale du travail, c’est-à-dire des établissements privés par l’organisation corporative et la direction sociale de la production ; division publique du travail commun sur la base de la possession collective par tous de tout le maté-
riel du travail social ; enfin la répartition des produits collectifs de tout genre aux travailleurs, en raison de la quantité et de la valeur de leur travail.
Les producteurs pris individuellement ne seraient que des travailleurs (et non des capitalistes) : car les moyens de production fou capitaux) ne seraient plus appropriables individuellement ; tous les producteurs travailleraient en se servant des moyens de production de la communauté ; ils ne seraient donc pas des entrepreneurs particuliers, ni les salariés d’un entrepreneur privé, mais des travailleurs professionnels égaux, ayant des devoirs immédiats envers la société et étant rémunérés par elle.
Par conséquent, on ne connaîtrait plus cette distinction fondamentale des revenus privés d’une part en profit (quotité éventuelle des intérêts prélevés par les capitalistes sur les profits des débiteurs) et d’autre part en salaire ; mais tous les revenus représenteraient régulièrement l’équivalent de là part directe que chacun a prise à la production nationale (c’est-à-dire qu’ils seraient les revenus du travail exclusivement ), et en raison de la quantité et de la qualité de ce même travail.
Ceux qui rendraient à la sociétés des services
d’utilité générale, c’est-à-dire ceux qui ne produiraient pas directement, tels que les juges, les employés d’administration, les membres du corps enseignant, les artistes, les penseurs, etc., pour subvenir à leurs besoins, recevraient une part du produit national, en proportion du temps de travail qu’ils auront donné à la société.
Le lecteur qui n’a jamais bien étudié ce plan de réorganisation aura bien de la peine à le comprendre; nous-même avons déployé des années pour nous en pénétrer.
Et pourtant ces idées ont déjà un parti qui l’emporte sur beaucoup d’autres grands partis par son zèle ardent, son enthousiasme et une foi qui transporte les montagnes. Le parti socialiste a une organisation particulière, une extension internationale; il fait tous les jours plus de prosélytes, et il regarde l’avenir avec la certitude de la victoire.
C’est pourquoi il est urgent pour tout le monde de pénétrer dans cet ordre d’idées opposée à l’organisation sociale actuelle, du moins assez loin pour comprendre son adversaire.
Nous aurons donc à expliquer plus clairement les principes fondamentaux du socialisme exposés plus haut, par quelques considérations plus étendues.
Pour combattre un adversaire important, d’une manière efficace, il faut d’abord connaître exactement , impartialement , sincèrement, si Ton peut ainsi parler, ce que veut cet adversaire et ce que, d’après ses principes, il doit vouloir .
Mais, pour en arriver là, il ne faut pas prendre pour bases les folies subjectives de quelques têtes échauffées ; ces élucubrations ne sont qu’un accessoire et non une émanation nécessaire du principe fondamental. Il faut s’en tenir à ce qui découle nécessairement du principe, à la formulation la plus logique et la plus sensée qu on puisse se faire de la nouvelle idée.
Cela est maintenant d’autant plus facile que ce n’est pas d’ici à quelques années que la nouvelle foi des travailleurs va se réaliser.
Pour notre part, c’est dans ce sens, aussi objectif que possible, et en élaguant les accessoires peu importants que nous cherchons à présenter l’idée socialiste. Il faut avouer que dans cet essai d’exposition, absolument intuitive, de Tordre positif médité par le socialisme, on rencontre de grandes difficultés immédiates.
Une série de mots d’ordre émis par les orateurs secondaires n’ont qu’une signification agitatrice passagère, et sont le produit d’un moment donné d’agitation : ils ne font pas partie des don-
nées déterminantes (massgebenden Catechismus) du socialisme.
Les vieux plans de réorganisation fantastique de Charles Fourier et autres novateurs, bien que contenant dans leurs exposés toutes les idées fondamentales du socialisme contemporain, ne constituent plus néanmoins le programme de ce dernier.
Le Collectivisme agitateur de notre époque est sans aucun doute beaucoup plus raisonnable. Ce ne sont plus là les imaginations fouriéristes et sainsimoniennes, bien que les chefs les plus influents ne n’en rendent pas entièrement compte. On y transige même beaucoup avec les principes de l’individualisme et du libéralisme économiques.
Lassalle lui-même en a agi ainsi dans toutes ses propositions positives, de sorte que Karl Marx a repoussé les dites propositions; par exemple les associations 'productives créditées par l’Etat (1).
Quant aux buts positifs, comme ils découleront de la transformation des nombreux capi-
(1) Evidemment parce que les associations ou les « groupes », s’ils se mettaient à produire isolément en concurrence avec d’autres associations isolées, devraient absolument rester dans l’ordre actuel de production.
taux privés en un capital social, propriété collective de tous les membres de la société, les meneurs les plus conscients de leurs buts, et notamment K. Marx, ne se prononcent qu’avec un extrême prudence et avec une politique sagesse. Ils savent pourquoi ils agissent ainsi.
Aucun d’eux ne doute que l’agitation pour le nouvel ordre collectiviste ne soit encore bien loin de sa réalisation ; ils savent que cette agitation est dans une période de début où il s’agit surtout de la négation et de la critique de l’ordre social existant et du réveil général de la conscience des masses par des mots frappants. Ils savent très bien que le mode de production actuel doit avoir abouti à ses dernières conséquences pratiques, c’est-à-dire à la complète absorbtion de la petite propriété, et avoir ainsi presque accompli la division ploutocratique de la population en une masse de prolétaires d’une part, et en une poignée de quelques gros richards d’autre part, avant que les masses populaires, et notamment les paysans et les petits bourgeois, puissent arriver au principe du collectivisme.
En Allemagne, surtout dans les campagnes, nous sommes loin encore de ces derniers déve-^ loppements. Si, dans les villes (Paris, Cartha-
gène, etc.), le prolétariat se jette déjà dans le feu de la bataille, les chefs du socialisme se doutent bien que ce ne sont là que les premières escarmouches d’avant-postes de la grande bataille des classes qui aura lieu plus tard, et de laquelle ils attendent la complète transformation de l’ordre individualiste actuel en ordre collectiviste.
Les rapports qui s’établiront alors devront décider sur beaucoup de détails du programme positif à réaliser un jour. La réserve des chefs du parti socialiste, en ce qui touche le programme positif du parti, est donc très compréhensible; tous les chefs intelligents de parti ont agi de même dans de pareilles périodes d’agita* tation.
La manifestation la plus caractéristique et la plus importante en ce sens, sous tous les rapports, est le résumé que donne K. Marx à la fin de sa Critique du capital.
Le grand capital d’aujourd’hui, dit-il à peu près, tire son origine de la destruction des petites propriétés (des petits artisans et des paysan?) dans lesquelles le travail et la propriété privée étaient réellement liés ensemble, et dans lesquelles le travailleur était aussi le véritable propriétaire de ses moyens de production et du produit de son travail. Cette forme intérieure-
ment équitable de la propriété privée, où « le travailleur était libre propriétaire des moyens de travail par lui maniés : le paysan du champ qu’il labourait, l’ouvrier de l’outil dont il se servait ingénieusement « ; cette forme, disonsnous, heureuse pour son temps, comme juste dans le fond et identique avec le travail, avait le grand défaut d’éparpiller les moyens de production, d’où il résultait qu’elle souffrait de ce fractionnement dans sa productivité et ses moyens d’action. La petite propriété devait périr par ce défaut, et ce qui reste d’elle (petits artisans et petits propriétaires paysans) dépérit de jour en jour, forcée quelle est de céder à la puissance du grand capital agricole et industriel.
« La propriété privée acquise par le propre travail de son professeur et basée, pour ainsi dire, sur l’union (Verwâchsung) de l’individu indépendant et isolé avec les conditions de son travail particulier, a été supplantée par la propriété privée capitaliste, basée sur l’exploitation du travail d^autrui, formellement libre (1). »
(1). Le travailleur moderne ou prolétaire n’est libre, qu’autant qu’au risque de mourir de faim ou d’aller pourrir dans les prisons bourgeoises, il peut refuser au capitaliste de vendre sa force de travail. Mais une fois dans
« Aussitôt que ce procédé de transformation, détruisant les petites propriétés artisanes et paysannes, eut suffisamment décomposé la vieille société; aussitôt que les anciens travailleurs privés furent convertis en prolétaires, en travailleurs séparés de leurs propres moyens de production, que leurs moyens de travail (ancienne petite propriété), furent convertis en grand capital moderne, la lutte du capital alla encore plus loin : le grand capital — à sa deuxième phase de développement — combattit le petit capitaliste lui-même.
« Grâce à la concentration con tinue des moyens de production dans les grandes industries, un capitaliste en tue beaucoup d’autres ; mais en même temps, dans le domaine du grand capital privé, se dévoloppe également et simultanément la forme coopérative sociale du travail, sur une échelle' toujours croissante, l'application consciente de la technologie, l'exploitation en grand et méthodique du globe, la transformation des
la fabrique, il ne peut plus avoir de volonté, il n’est qu’un instrument de production, comme l’exige l’intérêt du capitaliste, véritable autocrate industriel, en ce qui touche la partie matérielle de la production. (Note du traducteur.)
moyens privés de travail en moyens de travail qui ne peuvent plus être appliqués que socialement et l’économie dans les moyens de production par leur emploi comme moyens communs de travail social combiné.
« Mais avec la diminution du nombre des magnats du capital qui usurpent et monopolisent tous les avantages de ce procédé de transformation, s'accroissent aussi 1a, misère, l’oppression, le servage, la dégradation et l'exploitation, et parallèlement la classe grossissante des prolétaires, unis et organisés parle mécanisme même de la production capitaliste, se montre plus exigeante et plus puissante dans ses révoltes.
« Le monopole du capital deviendra enfin luimême une entrave au mode de production qui a fleuri sous lui et avec lui.
« Alors aura sonné l'heure de la propriété privée capitaliste : les expropriateurs seront expropriés.
« Le mode de production et d’appropriation capitaliste a été la première négation de la propriété privée basée sur le propre travail de son possesseur. Maintenant cette négation s’annihile elle-même, et elle pousse au rétablissement de la propriété individuelle , mais sur la base de l’acquisition de T ère capitaliste, notamment sur
la base de la coopération des travailleurs libres, possédant la terre et les moyens de production en commun.
« La transformation précédente de la propriété privée morcelée et reposant sur le travail de son possesseur, était infiniment plus longue et plus difficile que la transformation du capital privé, mais déjà basé, en fait, sur un mode social de travail en propriété collective.
« Là, il s’agissait de l’expropriation des masses populaires par quelques usurpateurs ; il s’agit maintenant de l’expropriation de quelques usurpateurs par la masse du peuple. »
Peut-on parler plus clairement? Ces points saillants en disent sur le contenu critique, comme sur le contenu positif (révélé d’une manière circonspecte) du socialisme autant que pourraient le faire des volumes entiers. Ils montrent en premier lieu que le nouveau mouvement a pleine conscience de son but général et de l’appui que lui fournit le développement ploutocratique de la société capitaliste, comme aussi de la nécessité pour lui d’augmenter encore ses ressources et de considérer son agitation actuelle comme une phase encore préparatoire.
Les chefs du prolétariat sont parfaitement
persuadés que, plus que toute autre agitation, la grande industrie mécanique et toute la tendance centralisatrice du temps concentreront et discinlineront les prolétaires comme force politique sociale. La concentration du travail par le mécanisme militaire du service obligatoire n’est pas approuvée par eux, mais en définitive n’est pas ressentie non plus comme .une entrave. D’après les meneurs, cette concentration peut servir * d’école » et n’est rien moins que dangereuse pour le socialisme, en ce quelle façonne ses combattants de l’avenir, et rend, à la longue, les peuples mécontents des impôts. Tout ce qui discipline les masses unitairement, tout ce qui centralise, tout ce qui renferme en soi une concentration publique de forces isolées sur une vaste échelle, a une grande affinité avec le socialisme.
Le passage cité montre avec quel discernement et quel intrépidité le socialisme compte sur la discipline de l’État et du régime capitaliste. Puisse-t-on vis à-vis de lui ne pas compter tranquillement sur les baïonnettes et sur cette centralisation politique que le socialisme sera justement contraint d’employer comme moyen de sa première introduction.
Par la citation que nous avons faite, nous
avons aussi voulu arriver, avant tout, à la quintessence du socialisme.
A ce propos nous voyons d’abord clairement pourquoi le socialisme n’est pas pressé de dépouiller son rôle critique pour donner des programmes d'ordre positif. Il sait et il dit que la période préparatoire est de longue durée, rude et difficile.
Mais, secondement, nous voyons très bien de quoi il s’agit en fin de compte; nous lisons dans le passage principal de l’œuvre capitale du socialisme qu’on vmt et qu’on tend à la transformation du capital privé (déjà relié en fait au travail collectif social) en propriété commune des travailleurs associés, en propriété sociale, en capital collectif.
De cette seule idée positive fondamentale on peut déduire et préciser avec plus de certitude tout le contenu positif de l’état social de l’avenir que l’on ne peut le faire pour la structure des races animales éteintes, par l’examen d’un os du crâne.
Pour cette déduction, nous sommes encore aidés par les théories socialistes (par exemple, celle sur la valeur), et par le mélange fréquent, quoique sous une forme hypothétique, d’idées positives dans la critique du capital. C’est pour-
quoi le tableau suivant que nous faisons du contenu positif du socialisme, — quoiqu’il ne soit pas fait par les socialistes sous les mêmes traits —est la conséquence rigoureuse de leurs données principales, tant critiques que positives. Nous l’avons scrupuleusement contrôlé par la comparaison avec la littérature socialiste qui nous est accessible.