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PROBLÈMES DE LA REPARTITION DU TRAVAIL ET DES PRODUITS DU TRAVAIL

La question de savoir à qui, de l’individu ou de la collectivité, revient la propriété des choses est la question fondamentale d’où dépendent toutes les autres dans le domaine économique. Mais la solution que nous lui avons donnée ne résout pas les questions que nous avons posées en même temps.

Gomment répartir entre les individus les produits du travail et le travail lui-même?

Deux problèmes qu’on ne peut séparer, comme nous le verrons, quoiqu’on ait prétendu souvent les étudier séparément.

Il ne s’agit, pour l’instant, que de rechercher les principes qui doivent présider à leur solution.

A chacun scion son travail , est évidemment, d’après ce qui a été dit plus haut, la formule qui donne satisfaction au droit individuel. Seulement deux réserves s’imposent dès le début. Il faut ajouter d’abord : prélèvement fait sur la masse à répartir de ce qui est nécessaire pour l’épargne collective et pour l’entretien de ceux qui ne peuvent pas travailler. Il faut dire ensuite qu’il n’y aurait aucun avantage ni souvent aucune possibilité à ce que chacun reçut en nature le produit qu’il peut avoir créé. Voyez-vous les ouvriers ayant travaillé à fabriquer une locomotive recevant, qui une roue, qui un piston, qui une chaudière ? Vous

PART DES INDIVIDUS ET DE LA SOCIÉTÉ

figurez-vous même, si Y on interprétait à la lettre la formule précédente, ce qui reviendrait au professeur ayant donné une leçon ou au travailleur ayant dragué une rivière? Il faut donc comprendre que chacun doit recevoir une valeur égale à celle du travail qu’il a accompli ; et, par suite, la nécessité s’impose de trouver une unité de mesure entre choses de différente nature, mais ayant ce caractère commun de satisfaire un besoin et de contenir une certaine quantité de travail humain. Rien de plus important, rien de plus délicat, dans le sujet qui nous occupe, que la détermi nation de ces équivalences. Aussi une théorie de la valeur est-elle indispensable pour arriver à s’approcher de cet idéal : A travail égal , égale rémunération . Ce n'est pas encore le moment de construire cette théorie. Disons seulement que, pour éviter toute chance d’erreur due à la partialité des hommes, l'équivalence cherchée doit, pour ainsi dire, se déterminer d'elle-même ; j’entends qu'elle ne doit être en aucune façon le résultat d’une estimation arbitraire ; qu elle doit, au contraire, se dégager par une sorte de mécanisme automatique de la comparaison entre les choses qu’il s’agit d’évaluer.

Une difficulté d'une autre sorte, mais non moins sérieuse, complique la répartition du travail entre les individus . Il y a deux conditions, presque contradictoires en apparence, à remplir. Le travail doit être à la fois obligatoire et libre ; autrement dit, chacun doit travailler et chacun doit, autant que possible, avoir la faculté de choisir son genre de travail. Là encore il faut trouver la conciliation rationnelle de l’élément social et de l’élément individuel ; car, d’une part, il importe à la société que les travaux indispensables soient exécutés, et, d’autre part, il est à souhaiter que tout individu puisse mettre son activité en harmonie

PRINCIPES GÉNÉRAUX

avec ses goûts et ses aptitudes. Eu pratique, comment empêcher l’encombrement d’un métier au détriment d’un autre ? Il est naturel que certaines professions regardées comme plus agréables ou plus faciles soient ardemment recherchées, tandis que d’autres, plus pénibles ou plus répugnantes, risquent de mettre les gens en fuite.

Répétons-le une fois de plus : Ce n’est pas le moment de trancher cette difficulté. Disons seulement que le choix de son occupation ne doit pas être imposé à l’individu par une autorité arbitraire ; que là aussi il faut une sorte de mécanisme automatique qui règle l’entrée des travailleurs dans les différents corps de métier, sans privilège pour les uns ou pour les autres, sans autre considération que leur capacité ou leur désir. Et, à première vue, on peut indiquer dans quelle direction il convient de chercher la solution du problème qui par là est étroitement lié au précédent. C’est, semble-t-il, en proportionnant la rémunération de tout travail à la somme d’efforts qu’il exige, qu’on a chance de régler rationnellement du même coup la production et la répartition de la richesse.

Il conviendra de ne pas oublier ces principes et ces indications, quand nous essaierons de tracer les grandes lignes d’une organisation socialiste.

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