‹ La quintessence du socialisme (volume 2)Chapitre 28 sur 135 · CITOYENNES ET CITOYENS · texte numérisé non relu

CITOYENNES ET CITOYENS

Vous vous êtes certainement demandé, maints fois, quelle est la raison d’être de l’Anarchie ? Pourquoi, parmi tant d’autres ecoles socialistes, venir fonder encore une école de plus l’école anarchiste ? C’est à cette question que je vais répondre. Et, pour mieux y répondre, permettez-moi de me transporter à la fin du siècle passé. , .

Vous savez tous ce qui caractérisa cette epo- :iue. L’épanouissement de la pensée. Le développement prodigieux des sciences naturelles; La critique impitoyable des préjugés reçus ; les premiers essais d’une explication de la nature sur des bases vraiment scientifiques, d’observation, d’expérience, de raisonnement.

D’autre part, la critique des institutions politiques léguées à l’humanité par les siècles précédents ; la marche vers cet idéal de Liberté, d'Egalité et de Fraternité qui, de tout temps, fut l’idéal des masses populaires.

Entravé dans son libre développement par le despotisme, par l’égoïsme étroit des classes privilégiées, ce mouvement, appuyé et favorisé en même temps par l’explosion des colères populaires, engendra la grande Révolution qui eut à se frayer un chemin au milieu de mille difficultés intérieures et extérieures.

La Révolution fut vaincue ; mais ses idées restèrent. Persécutées, conspuées d’abord, elles sont devenues le mot d’ordre de tout un siècle d’évolution lente. Toute l’histoire du XIXme siècle se résume dans l’effort de mettre en pratique les principes élaborés à la fin du siècle passé. C’est le sort de toutes les révolutions. Quoique vaincues, elles donnent le mot de l’évolution qui les suit.

Dans l’ordre politique, ees idées sont l’abolition des privilèges de l’aristocratie, la suppression du gouvernement personnel, égalité devant la loi. Dans l’ordre économique, la Révolution proclame la liberté des transactions.

« Tous, tant que vous êtes sur le territoire — dit-elle — achetez et vendez librement. Vendez vos produits — si vous pouvez produire ; et si vous n’avez pas pour cela l’outillage nécessaire, si vous n’avez que vos bras à vendre, vendez-les. vendez votre travail au plus donnant : l’Etat ne s’en mêlera pas ! Luttez entre vous, entrepreneurs ! Point de faveurs pour personne. La sélection naturelle se chargera de tuer ceux qui ne seront pas à la hauteur

des progrès de l'industrie, et de favoriser ceux qui prendront les devants. »

Voilà, du moins, la théorie de la révolution du tiers-Etat. Et si l'Etat intervient dans la lutte pour favoriser les uns au détriment des autres — on l'a vu assez, ces jours-ci. lorsqu’on a discuté les monopoles des compagnies minières et des chemins de fer, — ce sera considéré par l’école libérale comme une déviation regrettable aux grands principes de la Révolution, un abus à réparer.

Le résultat? — Vous ne le connaissez malheureusement que trop, citoyennes et citoyens réunis dans cette salle. L’opulence oisive pour quelques-uns, l’incertitude du lendemain, la misère pour le plus grand nombre. Les crises, les guerres pour la domination sur les marchés ; les dépenses folles des Etats pour procurer des débouchés aux entrepreneurs d’industrie.

C’est que, en proclamant la liberté des transactions, un point essentiel fut négligé par nos pères. Non pas qu’ils ne l’eussent pas entrevu; les meilleurs l'ont appelé de leurs vœux, mais ils n’ôsèrent pas le réaliser. C’est que, en proclamant la liberté des transactions, c’est-à-dire la lutte entre les membres de la société, la société n'a pas mis en présence des éléments de force égale ; et les forts, armés pour la lutte de l'héritage paternel, l’ont emporté sur les faibles. Les millions de pauvres, mis en

présence de quelques riches, devaient fatalement succomber.

Citoyennes et citoyens ! Vous êtes vous posé cette question : D’où vient la fortune des riches? — Est-ce de leur travail ? Ce serait une bien mauvaise plaisanterie que de le dire. Mettons que M. de Rothschild ait travaillé toute sa vie. Mais, vous aussi, chacun des travailleurs dans cette salle, a aussi travaillé. Pourquoi donc la fortune de Rothschild se chiffret-elle par des centaines de millions, et la vôtre par si peu de chose ?

La raison en est bien simple. C’est que vous vous êtes appliqués à produire vous-mêmes, tandis que M. Rothschild s’est appliqué à recueillir le fruit du travail des autres. Tout est là.

«Mais, comment se fait-il, me dira-t-on, qu’il se soit trouvé des millions d’hommes laissant les Rothschild et les Mackay accaparer le fruit de leurs travaux? » — La réponse est simple: ils ne pouvaient pas faire autrement, puisqu’ils sont misérables !

En effet, imaginez une cité dont tous les habitants — à condition de produire des choses utiles pour tout le monde — trouvent le gîte, le vêtement, la nourriture et le travail assuré ; et supposez que dans cette cité débarque un Rothschild, porteur d’un baril d’or.

S’il dépense son or, le baril s’allègera rapidement. S’il l’enferme sous clef, il ne débordera pas, parce que l’or ne pousse pas comme des haricots, et, au bout de l’année, notre Rothc schild ne retiouvera pas, dans son tiroir, 110 louis s’il n'yen a mis que cent. Et s’il monte une usine et propose aux habitants de la cité de travailler dans cette fabrique pour cinq francs par jour tandis qu’ils produiront pour dix, on lui répondra: «Monsieur, chez nous vous ne trouverez personne qui veuille travailler à ces conditions! Allez ailleurs, cherchez une cité de misérables qui n’aient ni travail assuré, ni vêtement, ni pain, qui consentent à vous abandonner la part du lion dans les produits de leur travail, pourvu que vous leur donniez de quoi acheter du pain. Allez là où il y a des meurt-de-faim ! Là vous ferez fortune ! » L’origine de la fortune des riches, c’est votre misère ! Point de misérables d’abord ! Alors il n’y aura point de millionnaires.

Or, c’est ce que la Révolution du siècle passé ne sut ou ne put réaliser. Elle mit en présence des ex-serfs, des meurt-de-faim et des va-nupieds d’une part, et d’autre part, ceux qui étaient déjà en possession de fortunes. Elle leur dit : Luttez ! Et les misérables succombèrent. Ils ne possédaient point de fortune ; mais ils possédaient quelque chose de plus

Êrécieux que tout l'or du monde — leurs bras.

t ces bras — cette source de toutes les richesses — furent asservis par les riches.

Et nous avons vu surgir ces immenses fortunes qui sont le trait caractérisique de notre siècle. Un roi du siècle passé, « le grand Louis XIV» des historiens salariés, a-t-il jamais osé ^ rêver la fortune des rois du XIXme siècle, les > Vanderbilt et les Mackay?

Et d’autre part, nous avons vu le misérable réduit de plus en plus à travailler pour autrui ; le producteur pour son propre compte dispa- ? raissant de plus en plus ; chaque jour davantage nous sommes condamnés à travailler pour enrichir les riches.

On a cherché à obvier à ces désastres. On a dit : Donnons à tous une instruction égale. Et on a répandu l’instruction. On a fait de meilleures machines humaines, mais ces machines instruites travaillent toujours pour enrichir les autres. Tel savant illustre, tel romancier de renom, malgré toute son instruction, tout son talent, est' encore la bête de somme du \ capitaliste. Le bétail à exploiter s’améliore par j l’instruction, mais l’exploitation reste.

On est venu parler ensuite d’association. Mais on s’est vite aperçu qu’en associant leurs misères, les travailleurs n’auraient pas raison du capital. Et ceux-là mêmes qui nourrissaient le plus d’illusions à ce sujet ont dû en venir au socialisme.

Timide à ses débuts, le socialisme parla d'abord au nom du sentiment, de la morale chrétienne. Il y eut des hommes profondément imbus des côtés moraux du christianisme — fonds de morale humains conservés par les religions, — qui vinrent dire : « Le chrétien n'a pas le droit d’exploiter ses frères! » Mais on leur rit au nez, en leur répondant : « Enseignez au peuple la résignation du christianisme, dites au nom du Christ que le peuple doit présenter la joue gauche à celui qui l’a frappé sur la joue droite, — vous serez les bien-venus ! Quant aux rêves égalitaires que vous retrouvez dans le christianisme, allez méditer vos trouvailles dans les prisons ! »

Plus tard, le socialisme parla au nom de la métaphysique gouvernementale. Puisque l’Etat, disait-il, a surtout pour mission de protéger les faibles contre les forts, il est de son devoir de subventionner les associations ouvrières. L’Etat seul peut permettre aux associations de travailleurs de lutter contre le capital et d’opposer à l’exploitation capitaliste le chantier libre des travailleurs encaissant le produit intégral de leur travail. » — A ceux-là la bourgeoisie répondit par la mitraillade de juin 48.

Et ce n’est que vingt à trente ans après, lorsque les masses populaires furent conviées à entrer dans l’Association Internationale des Travailleurs, que le socialisme parla au nom

du peuple ; c’est alors seulement que, s’élaborant peu à peu dans les Congrès de la grande Association et, plus tard chez ses continuateurs, il en*aniva à cette conclusion :

« Toutes les richesses accumulées sont des produits du travail de tous ~ de toute la génération actuelle et de toutes les générations précédentes. Cette maison dans laquelle nous sommes réunis en ce moment, n’a de valeur que parce qu’elle est dans Paris, — cette ville superbe où les labeurs de vingt générations sont venus se superposer. Transportée dans les neiges de la Sibérie, la valeur de cette maison serait presque nulle. Cette machine que vous avez inventée et brevetée , porte en soi l’intelligence de cinq ou six générations ; elle n’a de valeur que comme partie de cet immense tout que nous appelons l’industrie du dixneuvième siècle. Transportez votre machine à faire des dentelles au milieu des Papouas de la Nouvelle-Guinée, et là, sa valeur sera nulle. Ce livre, enfin, cette œuvre de génie que vous avez faite, nous vous défions, génie de notre siècle, de nous dire quelle est la part de votre intelligence dans vos superbes déductions ! Les faits? Toute une génération a travaillé à les accumuler. Les idées? c’est peutêtre la locomotive sillonnant les champs qui vous les a suggérées. La beauté de la forme? c’est en admirant la Vénus de Milo ou l’œuvre de Murillo que vous l’avez trouvée. Et si

votre livre exerce quelque influence sur nous, c’est grâce à l’ensemble de notre civilisation.

Tout est à tous ! Et nous défions qui que ce soit de nous dire quelle est la part qui revient à chacun dans les richesses. Voici un immense outillage que le dix-neuvième siècle a créé ; voici des millions d’esclaves en fer que nous appelons machines et qui rabotent et scient, tissent et filent pour nous, qui décomposent et recomposent la matière première, et font les merveilles de notre époque, Personne n’a le droit de s’accaparer aucune de ces machines et de dire aux autres : « Ceci est à moi ; si vous voulez vous servir de cette machine pour produire, vous me paierez un tribut sur chaque chose que vous produirez, » — pas plus que le seigneur du moyen-âge n’avait le droit de dire au cultivateur :* « Cette colline, ce pré sont à moi et vous me paierez un tribut sur chaque gerbe de blé que vous récolterez, sur chaque meule de foin que vous entasserez. »

« Tout est à tous ! Et pourvu que l’homme et la femme apportent leur quote-part de travail pour produire les objets nécessaires, ils ont droit à leur quote-part de tout ce qui sera produit par tout le monde ! »

«Tout est à tous. Et pourvu que l’homme et la femme apportent leur quote-part de travail pour produire les objets nécessaires, ils ont droit à leur quote-part 9e tout ce qui sera produit par tout le monde. »

Mais, c’est le Communisme? — direz-vous.

Oui, c’est le Communisme ; mais le Communisme qui parle, non plus au nom de la religion, non plus au nom de l’Etat, mais au nom du peuple.

Depuis cinquante âns, un formidable réveil s’est produit dans la classe ouvrière. Le préjugé dé la propiiété privée s’en va. De plus èn plus le travailleur s’habitue à considérer l’usine, le chemin de fer, la mine, non pas comme un château féodal appartenant à un seigneur, mais comme une institution d’utilité publique, que tout le monde a le droit de contrôler.

L’idée de possession commune n’a pas été élaborée, de déduction en déduction, par un penseur de cabinet. C’est la pensée qui germe dans les cerveaux de la masse ouvrière. Et lorsque la révolution que nous réserve la fin de ce siècle aura jeté le désarroi dans le camp des exploiteurs, — vous verrez que la grande masse

populaire demandera l'Expropriation et proclamera son droit à l’usine, à la manufacture, à la locomotive et au bateau à vapeur.

Autant le sentiment de l'inviolabilité de l'intérieur, du chez soi, s’est développé* pendant la deuxième moitié de notre siècle, autant le sentiment du droit collectif à tout ce qui sert à la production des richesses s’est développé dans les masses. C’est un fait ; et quiconque voudra vivre, comme nous, de la vie populaire et suivre son développement, conviendra que cette affirmation n’est qu’un résumé fidèle des aspirations populaires.

Oui, la tendance de la fin du xixme siècle est au Communisme ; non pas au Communisme de couvent ou de caserne prêché jadis, mais au Communisme libre, qui met à la disposition de tous les produits récoltés ou fabriqués en commun, laissant à chacun la liberté de les consommer comme il lui plaira, dans son chez soi.

C’est la solution la plus accessible aux masses

populaires, la solution que le peuple réclame aux heures solennelles. En 1848, la formule : «De chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins» est celle qui va le plus droit au cœur des masses. Si elles acclament la République, le suflrage universel, c’est parce qu’elles espèrent trouver le Communisme au bout de l’etape. Et en 1871, dans Paris assiégé, lorsque le peuple veut faire un effort suprême pour

résister à l’envahisseur, que réclame-t-il ? — Le rationnement !

La mise au tas de toutes les denrées et la distribution selon les besoins de chacun. La prise au tas de ce qui est en abondance, le rationnement des objets qui peuvent manquer, c’est la solution populaire. Elle se pratique chaque jour dans les campagnes. Tant que les prés suffisent, — quelle est la Commune qui songeà en limiter l’usage? Lorsque le petit bois et les châtaignes abondent, — quelle Commune refuse aux communiers d’en prendre ce qu’ils veulent ? Et lorsque le gros bois commence à manquer, qu’est-ce que le paysan introduit ? C’est le rationnement !

Prise au tas pour toutes les denrées qui abondent. Rationnement pour tous les objets dont là production est restreinte, et rationnement selon les besoins, donnant la préférence aüx enfants et aux vieillards, aux faibles en un mot.

Et le tout, — consommé non pas dans la marmite sociale, mais chez soi, selon les goûts individuels, en compagnie de sa famille et de ses amis. Voilà l’idéal des masses dont nous nous sommes fait les porte-voix.

Mais, il ne suffit pas de dire «Communisme, Expropriation ! » Encore faut-il savoir à qui incomberait la gérance du patrimoine commun,

et c’est sur cette question que les écoles socialistes se trouvent surtout divisées, les unes voulant le Communisme autoritaire,’ et nous autres nous prononçant franchement pour le Communisme anarchisté.

Pour juger les deux, revenons encore une fois à notre point de départ, — la Révolution du siècle passé.

En renversant la royauté, la Révolution proclama la souveraineté du peuple. Mais par nne inconséquence, toute naturelle à cette époque, elle proclama, non pas la souveraineté en permanence, mais la souveraineté intermittente, s’exerçant à certains intervalles, seulement, pour la nomination de députés qui sont censé, représenter le peuple. Au fond, elle copia ses institutions sur le gouvernement représentatif de l’Angleterre.

On noya la Révolution dans le sang, et néanmoins, le gouvernement représentatif devint le mot d’ordre en Europe. Toute l’Europe, sauf la Russie, l’a essayé, sous toutes les formes possibles, depuis le gouvernement censitaire jusqu’au gouvernement direct des petites républiques de l’Helvétiè.

Mais, chose étrange, à mesure que nous approchions du gouvernement représentatif idéal, nommé par le suffrage universel complètement libre nous en découvrions les vices essentiels. Nous constations que ce mode de gouvernement pèche par la base.

N’est-il pas absurde, en effet, de prendre au sein de la population un certain nombre d’hommes et de leur confier le soin de toutes les affaires publiques, en leur disant : «Occupez-vous en, nous nous déchargeons sur vous de la besogne. A vous de faire des lois sur tous les sujets : Armements et chiens enragés ; observatoires et tuyaux de cheminées ; instruction et balayage des rues. Entendez-vous comme vous voudrez, et légiférez, puisque vous êtes les élus que le peuple a trouvé bons à tout faire.

Je ne sais pas, citoyens, mais il me semble que si on venait offrir à un homme sérieux un pareil poste, il devrait tenir à peu près ce langage : « Citoyens, vous me confiez une besogne qu’il m’est impossible d’accomplir. Je ne connais pas la plupart des questions sur lesquelles je serai appelé à légiférer. Ou bien j’agirai un peu à l’aveuglette et vous n’y gagnerez rien, ou bien je m’adresserai à vous et provoquerai des réunions, dans lesquelles vous mêmes chercherez à vous mettre d’accord sur la question, et alors mon rôle devient inutile. Si vous vous êtes fait une opinion et si vous l’avez formulée ; si vous tenez à vous entendre avec d’autres citoyens qui, eux aussi, se sont fait une opinion sur ce sujet, alors vous pourrez tout simplement entrer en échange d’idées avec vos voisins, et envoyer un délégué qui pourra se mettre d’accord avec d’autres délégués sur cette question spéciale ; mais vous réserverez

certain méat votre décision définitive. Vous ne lai confierez pas le soin de vous faire des lois. C’est ainsi qu’agissent déjà les savants, les industriels, chaque fois qu’ils ont à s’entendre sur des questions d’intérêt général. »

Mais céci serait la négation du régime représentatif, du gouvernement et de l’Etat. Et cependant c’est l’idée qui germe partout, depuis que les vices du gouvernement représentatif, mis à nu, sont devenus si criants.

Notre siècle est allé encore plus loin. Il a mis en discussion les droits de l’Etat et de la société* par rapport à l’individu. On s’est demandé jusqu’à quel point l’ingérence de l’Etat est nécessaire dans lesmille et mille fonctions d’une société.

Àvonsmous besoin, en effet, d’un gouvernement pour instruire nos enfants ? Que le travailleur ait seulement le loisirde s’instruire, — et vous verrez comme partout surgiront, de par la libre initiative des parents, des personnes aimant lâ pédagogie, des milliers de sociétés d’instruction, d’écoles de tout genre, rivalisant entre elles pour la supériorité de l’enseignement. Si nous n’étions pas écrasés d’impôts et exploités par nos patrons comme nous le sommes, ne saurions-nous pas le faire infiniment mieux nous-mêmes? Les grands centres prendraient l’initative du progrès et

prêcheriaent d’exemple ; ét le progrès réalisé

— personne de vous n’en doute — serait incomparablement supérieur à ce que nous parvenons à obtenir de nos ministères.

L’Etat est-il nécessaire même pour défendre un territoire? Si des brigands armés viennent attaquer unpèuple libre, ce peuple armé, bien outillé, n’cst-il pas le rempart le plus sûr à opposer aux agresseurs étrangers ? Les armées permanentes sont toujours battues par les envahisseurs, et — l’histoire est là pour le dire

— si on parvient à les repousser ce n’est jamais que par un soulèvement populaire.

Excellente machine pour protéger le monopole, le gouvernement a-t-il su noüs protéger contre les quelques individus qui parmi nous seraient enclins à mal faire ? En créant la misère, n’augmenté-t-il pas le nombre de crimes, au lieu de les diminuer? En créant les prisons, où des populations entières d’hommes et d’enfants viennent s’engouffrer poui en sortir infiniment pires que le jour où ils y sont entrés, l’Etat n’entretient-il pas, aux frais des contribuables, des pépinières de vices?

En nous obligeant de nous décharger sur d’autres du soin de nos affaires* ne crée-t-il pas le vice le plus terrible des sociétés, — l’indifférence en matière publique ?

Et d’autre part, si nous analysons tous les grands progrès de notre siècle, — notre trafic

international, nos découvertes industrielles, nos voies de communication, — est-ce à l'Etat ou à l'initiative privée que nous les devons ?

Voici le réseau de chemins de fer qui couvre toute l'Europe. À Madrid, par exemple, vous prenez un billet direct pour Pétersbourg. Vous roulez sur des routes qui ont été construites par des millions de travailleurs mis en mouvement par des vingtaines de compagnies ; des locomotives espagnoles, françaises, bavaroises, russes, viendront s’atteler à votre wagon. Vous roulez sans perdre nulle part vingt minutes, et les deux cents francs que vous avez payés à Madrid se répartiront équitablement, à un sou près, entre les compagnies qui ont contribué à votre voyage.

Eh bien, cette ligne de Madrid à Pétersbourg s’est construite par petits tronçons isolés qui ont été reliés peu à peu. Les trains directs sont le résultatd'uneentente entre vingt compagnies différentes. Je sais qu’il y a eu dés froissements au début, que des compagnies, poussées par un égoïsme mal compris, ne voulaient pas s’entendre avec les autres. Mais je vous demande : Qu’est-ce qui valait mieux ? Subir ces quelques froissements, ou bien attendrequ’un Bismarck, un Napoléon ou un Tchinghiz Khan eût conquis l’Europe, tracé les lignes au compas et ordonné la marche dés trains? Nous en serions encore aux voyages en diligence.

Le réseau de vos chemins de fer est l’œuvre de

Pésprit humain procédant du simple aü composé, par les efforts spontanés des intéressés! et c’ést ainsi que se sont faites toutes les grandes entreprises de notre siècle. Nous payons, il est vrai, trop cher les gérants de ces entreprises. Raison excellente pour supprimer leurs rentes ; mais non pour confier la gérance des chemins de fer de l’Europe à un gouvërnement européen.

Quels milliers d’exemples ne pourrait-on pas citer à l’appui de cette même idée ! Prenez toutes les grandes entreprises : le canal de Suez, la navigation transatlantique, le télégraphe qui relie les deux Amériques. Prenez enfin cette organisation du commerce qui fait qu’en vous levant vous êtes sûr de trouver le pain chez le boulanger — si vous avèz de quoi le payer, ce qui n’arrive pas toujours aujourd’hui, — la viande chez lé boucher èt tout ce qu’il vous faut dans les magasins. Est-ce l’œuvre de l’Etat? Certainement, aujourd’hui nous payons aboninablement cher les intermédiaires. Eh bien, raison de plus pour les supprimer ; mais non pas de croire qu’il faille confier au gouvernement le soin de pourvoir à notre nourriture et à notre vêtement.

Mais, que dis-je! Si nous suivons de près le développement de l’esprit humain à notre époque, ne sommes-nous pas frappés surtout

pour satisfairè la variété infinie des besoins d’un par la multiplicité des sociétés qui se fondent homme de notre siècle : sociétés pour l’étude, pour le commerce, pour l’agrément et le délassement ; les Unes, toutes petites, pour propager la langue universelle ou telle méthode de sténographie, les autres, grandioses, comme celle qui vient de sé créer pour la défense des côtes d'Angleterre, pour éviter les tribunaux, et ainsi de suite. Si on voulait cataloguer les millions de sociétés qui existent en Europe, on ferait des volumes, et on verrait qu’il n’y a pas une seule branche de l’activité humaine qu’elles ne visent. L’Etat lui-même y fait appel dans son attribution la plus importante — la guerre. Il a dit: «Nous nous chargeons de massacrer, mais nous sommes incapables de songer à nos victimes ; faites une société de la Croix-Rouge pour les ramasser sur les champs de bataille et les soigner ! »

Et bien, citoyennes et citoyens, que d’autres préconisent la caserne industrielle et le couvent du Communisme autoritaire, nous déclarons que la tendance dés sociétés est dans une direction opposée. Nous voyons des millions et des millions de groupes se constituant librement pour satisfaire à tous les besoins variés des êtres humains, — groupes formés, les uns, par quartier, par rue, par maison ; les autres

se donnant la main à travers les murailles dés cités, les frontières, les océans. Tous composés d’êtres humains qui se recherchent librement et après s’être acquittés de leur travail de producteurs, s’associent, soit pour consommer, soit pour produire les objets de luxe, soit pour faire marcher la science dans une direction nouvelle.

C’est là tendance du xixme siècle, et nous la suivons ; nous ne demandons qu’à la développer librement, sans entraves de la part des gouvernements.

Liberté à l’individu ! « Prénez des cailloux, disait Fourier, mettez-les dans une boîte et secouez-les ; ils s’arrangeront d’eux-mêmes en une mosaïque que jamais vous ne parviendriez à faire si vous confiiez à quelqu’un le soin de lés disposer harmoniquement. •

Maintenant, citoyennes et citoyens, laissez moi passer à la troisième partie de mon sujet, — la plus importante au point de vue de l’avenir.

Il n y a pas à én douter : les religions s’en vont. Le xixmc siècle leur a porté le coup de ; grâce. Mais les religions, toutes les religions, ont une double composition. Elles contiennent d’abord une cosmogonie primitive, une explication grossière de la nature ; et elles contiennent ensuite un exposé de la morale populaire, née et développée au sein de la masse du peuple.

En jetant par dessus bord les religions, en réléguant dans les archives à titre de curiosité historique, leurs cosmogonies, allons-nous aussi réléguer dans les musées les principes de morale qu’elles contiennent ?

On l’a fait, et nous avons vu toute une génération déclarer que, ne croyant plus aux religions, elle se moquait aussi de la morale et proclamait hautement le «Chacun pour soi» de l’égoïsme bourgeois.

Mais, une société, humaine ou animale, ne peut pas exister sans qu’il s’élabore dans son

sein certaines règles et certaines habitudes de morale. La religion peut passer, la morale reste j

Si nous arrivions à considérer que chacun fait très-bien de mentir, de tromper ses voisins! de les dépouiller s il le peut (c’est la morale dé la bourgeoisie dans ses rapports économiques), ; nous arriverions à ne plus pouvoir vivre ensemble. Vous m’assurez de votre amitié, —4 mais ce n’est peut-être que pour mieux me ' voler. Vous me promettez de faire telle chosej — et c’est encore pour me tromper. Vous vous ; promettez de transmettre une lettre, et vous me la volez comme un simple directeur de, prison !

Dans ces conditions la société devient im--< possible, et tout le monde le sent si bien que» la négation des religions n’empêche nullement la morale publique de se maintenir, de se développer. de se poser un but de plus en plus . élevé.

Ce fait est si frappant que les philosophes 1 cherchent à l’expliquer par les principes d’utilitarisme; et récemment Spencer cherchait à : baser cette moralité qui existe parmi nous ? sur des causes physiologiques et les besoins de conservation de la race.

Quant à nous, pour mieux vous dire ce que nous en pensons, permettez moi de l’expliquer par un exemple :

Voilà un enfant qui se noie, et quatre hommes sur le rivage qui le voient se débattre

dans les flots. L’un d’eux ne bouge pas — c’est un partisan du «Chacun pour soi » de la bourgeoisie commerçante, c’est une brute, — n’en parlons pas !

Un autre fait cette réflexion : « Si je sauve l'enfant, un bon rapport en sera fait à qui de droit dans les cieux, et le Créateur me récompensera en doublant mes troupeaux et mes ?erfs. » — Et il se Jette à l’eau. — Est-ce un homme moral ? Evidemment non ! C’est un bon calculateur, voilà tout.

Un troisième — l'utilitaire. — réfléchit ainsi, [ou du moins les philosophes utilitaires le font ainsi raisonner): «Les jouissances peuvent être classées en deux catégories, les jouissances inférieures et les jouissances supérieures. Sauver quelqu’un, c’est une jouissance supérieure, infiniment plus intense et plus durable que toutes les autres ; — donc, sauvons l’enfant ! » En admettant que jamais homme ait raisonné ainsi, cet homme ne serait-il pas un terrible égoïste? et puis, serions-nous jamais sûrs qu’à un moment donné son cerveau de sophiste ne fasse pencher sa volonté du côté des jouissances inférieures, c’est-à-dire du laissezfaire ?

Et voici enfin le quatrième. Dès son enfance, il a été élevé à se sentir un avec tout le reste de l’humanité. Dès l’enfance, il a toujours pensé que les hommes sont solidaires. Il s’est nabitué à souffrir quand d’autres souffrent à

côté de lui et à se sentir heureux quand tout le monde est heureux ! Dès qu’il a entendu le 1 cri déchirant de la mère, il a sauté à l’eau sans ;; réfléchir, par instinct, pour sauver l'enfant. Et lorsque la mère le remercie, il lui répond : «Mais de quoi donc, chère dame ! je suis si heureux de vous voir heureuse. J’ai agi tout naturellement, je ne pouvais faire autrement ! »

Vos regards me le disent, citoyennes, — voilà l’homme vraiment moral, et les autres ne sont que des égoïstes à côté de lui.

Et bien, citoyens, toute la morale anarchiste est là. C’est la morale du peuple qui ne cherche pas midi à quatorze heures. Morale sans j obligation ni sanction, morale pàr habitude. Créons des circonstances dans lesquelles ; l’homme ne soit pas porté à mentir, à tromper, à exploiter les autres ; et le niveau moral de l’humanité, de par la force même des choses s’élèvera à une hauteur inconnue jusqu’à présent.

Ah, certes, ce n’est pas en enseignant un catéchisme de morale qu’on moralise les hommes. ; Ce ne sont pas les tribunaux et les prisons j qui diminuent le vice ; ils le déversent à flots dans la société. Mais c’est en lès mettant dans une situation qui contribue à développer des habitudes sociables et à atténuer celles qui ne le sont pas.

Voilà l’unique moyen de moraliser les hommes.

Morale pàssée à l’état de spontanéité, — voilà la vraie morale, la seule qui reste toujours, pendant que les religions et les systèmes de philosophie passent.

Maintenant, citoyennes et citoyens, combinez ces trois éléments, et vous aurez l’Anarchie el sa place dans l’évolution socialiste :

Affranchissement du producteur du joug du capital. Production en commun et consommation libre de tous les produits du travail commun.

Affranchissement du joug gouvernemental.

Libre développement des individus dans les groupes et' des groupes dans les fédérations. Organisation libre du simple au composé, selon les besoins et les tendances mutuelles.

Affranchissement de la morale religieuse. Morale libre, sans obligation ni sanction, se développant de la vie même des sociétés et passant à l’état d’habitude.

Ce n’est pas un rêve de penseurs de cabinet. C’est une déduction qui résulte dè l’analyse des tendances des sociétés modernes. Le Communisme anarchiste, c’est la synthèse dés deux tendances fondamentales de nos sociétés : tendance vers l’égalité économique, tendance vers la liberté politique.

Tant que le Communisme se présentait sous ea forme autoritaire, qui implique nécessaire-

ment un gouvernement armé d’un pouvoii autrement grand que celui qu’il possède au- ] jourd’hui, puisqu’il implique le pouvoir écono- , mique en plus du pouvoir politique, — le Communisme ne trouvait pas d’écho. Il a pu passionner un moment le travailleur d’avant 1848 prêt à subir n’importe quel gouvernement tout-puissant pourvu qu’il le fît sortir de la situation terrible qui lui était faite. Mais il laissait froids les vrais amis de la liberté. Aujourd’hui, l’éducation en matière politique a j fait un si grand progrès que le gouvernement représentatif, qu’il soit limité à la Commune j ou étendu à toute la nation, nepassionne plue ; les ouvriers des villes.

Le Communisme anarchiste maintient cette j conquête, la plus précieuse de toutes — la liberté de l’individu. Il l’étend davantage et lu1 | donne une base solide, — la liberté économique, sans laquelle la liberté politique reste illusoire.

Il ne demande pas à l’individu, après avoir im molé le dieu-maître de l’univers, le dieu-Césai ! et le dieu-Parlement, de s’en donner un plus terrible que les précédents, — le dieu-Communauté, d’abdiquer sur son autel son indépendance, sa volonté, ses goûts et de faire le vœu d’ascétisme qu’il faisait jadis devant le dieu crucifié.

Il lui dit, au contraire: «Point de société libre, tant que l’individu ne l’est pas ! Ne cher-

che pas à modifier la société en lui imposant une autorité qui nivellerait tout. Tu échoueras dans cette entreprise comme le Pape et César. — Mais modifie la société en sorte que tes semblables ne soient pas forcément tes ennemis. Abolis les conditions qui permettent à quelques-uns de s’accaparer le fruit du labeur des autres. Et, au lieu de chercher à bâtir la société de haut en bas, du centre à la périphérie, laisse la se développer librement du simple au composé, par la libre union des groupes libres.

« tette marche, gênée aujourd’hui, c’est la vraie marche de la société. Ne cherche pas à l’entraver, ne tourne pas le dos au progrès, marche avec lui ! — Alors le sentiment de sociabilité commun aux êtres humains, comme il l est à tous les animaux vivant en société, pouvant se développer librement lorsque nos serrn blables cesseront d’être nos ennemis, — nous arriverons à un état de choses où chacun pourra donner libre essor à ses penchants, voire même à ses passions, sans autre contrainte que l’amour et le respect de ceux qui l’entourent. » Voilà notre idéal. C’est l’idéal caché dans les cœurs des peuples, de tous les peuples.

Nous savons que nous n’arriverons pas à cet idéal sans de fortes secousses.

La fin de ce siècle nous prépare une formidable révolution. Qu’elle parte de la France, de l’Allemagne, de l’Espagne ou de la Russie, elle sera européenne. Elle se répandra avec

cette même rapidité que celle de nos aînés, les héros de 1848 ; elle embrasera l’Europe.

Elle ne se fera pas au nom d’un simple changement de gouvernement. Elle aura un caractère social; Il y aura des commencements d’expropriation, des exploiteurs seront chassés. Que vous le vouliez, on non, — cela se fera, indépendamment de la volonté des individus, et, si l’on touche à la propriété privée on sera forcé d’en arriver au Communisme ; il s’imposera. Mais le Communisme ne peut être ni autoritaire, ni parlementaire. Il sera anar chiste, ou il ne sera pas. La masse populaire ne veut plus se fier à aucun sauveur : elle cherchera à s’organiser elle même.

Çen’estpasparcequenous imaginons les hommes meilleurs qu’ils ne le sont, que nous parlons Communisme et Anarchie. S’il y avait des anges parmi nous, nous pourrions leur confier le soin de nous organiser. Et encore les cornes leur pousseraient bien vite ! Mais c’est précisément parce que nous prenons les hommes tels qu’ils sont, que nous concluons : « Ne leur confiez pas le soin de vous gouverner. Tel ministre abject serait peut-être un excellent homme si on ne lui avait pas donné le pouvoir. L’unique moyen d'arriver à l’harmonie des intérêts, c’est la société sans exploiteurs, sans gouvernants. » Précisément parce qu’il n’y a pas d’ànges parmi les hommes, nous disons : Faites en sorte que chaque homme voit son intérêt dans les

intérêts des autres, alors vous n’aurez plus à craindre ses mauvaises passions.

Le Communisme anarchiste étant le résultat inévitable des tendances actuelles, c’est vers cet idéal que nous devons marcher, au lieu de dire : «Oui, l’Aanrchie est un excellent idéal », et ensuite lui tourner le dos.

Et si la prochaine révolution ne parvenait pas à réaliser cet idéal entier, — tout ce qui sera fait dans la direction de l’idéal restera ; tout ce qui sera fait en sens contraire sera condamné à disparaître un jour ou l’autre.

Règle générale. — Une révolution populaire peut être vaincue, mais c’est elle qui donne le mot d’ordre du siècle d’évolution qui lui succède. La France expire sous le talon des abiés en 1815, et c’est la France qui impose à l’Europe l’abolition du servage, le régime représentatif. Le suffrage universel est noyé dans le sang, et c’est le suffrage universel qui devient le mot d’ordre du siècle.

La Commune expire en 1871 dans les mitraillades, et c’est la Commune libre qui est aujourd’hui le mot d’ordre en France.

Et si le communisme anarchiste est vaincu dans la prochaine révolution, après s’être affirmé au grand jour, non-seulement il en restera l’abolition de la propriété privée ; non-seulement le travailleur aura conquis sa vraie place dans

la société, non-seulement l’aristocratie foncière et industrielle aura reçu un coup mortel ; mais ce sera le Communisme anarchiste qui deviendra le point de mire de l’évolution du vingtième siècle.

Il résume ce que l’humanité a élaboré de plus beau, déplus durable : le sentiment de la justice, celui de la liberté, la solidarité devenue un besoin pour l’homme. Il garantit la liberté d’évolution de l’individu et de la société. Il triomphera.

Paris. — lmp. N.-M. DuvaL rne do l'Echiquier, 17.

Émile VANDERVELDE

Membre de la Chambre des Représentants

La Commune de Paris

Discours prononcé à la Maison communale de Marcinelle le 21 Avril.

Vive la Commune !

Peut-être, certains d’entre mes auditeurs se souviennentils, que, dans cette même salle, à l’occasion des élections provinciales, on avait organisé un meeting contradictoire, avec défense formelle pour tous ceux qui n’étaient pas candidats, de dire quoi que ce soit en faveur du socialisme.

A un moment donné, un de nos adversaires se mit à débiter la série des légendes qui ont cours dans les milieux conservateurs, au sujet de la Commune de Paris. Alors je n’y tins plus et malgré la défense du président, malgré aussi, je dois l’avouer, les engagements pris par mes amis, je 11e pus retenir un cri que l’indignation me faisait monter aux lèvres : Vive la Commune!

Je ne pus expliquer, dans l’instant, comme je l’aurais voulu, le cri que j'avais poussé. Mais nous 'allons en reparler aujoud’hui, de cette Commune de Paris, tant calomniée et si diversement jugée.

Demandez à un bourgeois ce que fut la Commune, il vous parlera avec horreur et indignation des incendies, du massacre des otages; il vous dira que les actes de la Commune sont un tissu d’atrocités dont se rendit coupable le populaire, qu’on a bien fait de massacrer !

Mais parlez de la Commune à un ouvrier, à l’ouvrier parisien, il vous dira que la Commune c’est la grande

bataille dans laquelle il a perdu un père, un frère ou quelque camarade, fusillés par les Versaillais. Si la Commune de Paris a soulevé des cris d’horreur dans les milieux bourgeois, elle a soulevé dans les rangs du prolétariat un cri d’espérance d’abord, et après la défaite un cri de vengeance.

Il y a deux ou trois ans, je me trouvais à Paris, au Père-Lachaise, à l’endroit même où tombèrent les derniers combattants de la Commune, et où ils furent enterrés. Aujourd’hui, ce mur au pied duquel furent fusillés les communards, porte des inscriptions : « Vive la Commune ! Vengeance pour les nôtres ! » souvenirs sanglants des jours terribles. Cet hommage, rendu aux héi'os de la Commune, n’est- ce pas la démonstration qu’on n’écrase pas le Socialisme en massacrant ceux qui le défendent? (Appl.)

Les Fédérés de 1871 revivent dans leurs enfants et, au moment où je vous parle, je revois cette superbe et sinistre gravure du Chanïbard — œuvre anonyme d’un grand artiste, qui les montre, sortant de la fosse commune, se dressant sur le Mur du Cimetière, et brandissant vers Par is, la flamme rouge de leur bannière trempée de sang.

C’est en songeant à eux — au souvenir de leur éphémère victoire — que, dans l’histoire de la Commune, on oublie les faiblesses et les fautes des chefs, l’absence d’organisation de la masse, pour ne voir que la première révolution prolétarienne qui ait triomphé pendant quelques semaines.

On conserve le souvenir de ce moment d’espérance où les prolétaires virent pour la première fois le drapeau rouge flotter sur les monuments de Paris, cette ville qui est le cœur et le cerveau de la France. Voilà pourquoi, malgré les funèbres souvenirs qui s’y rattachent, le 18 Mars n’a pas cessé d’être fêté aux cris de : Vive la Commune !

Ce que je veux faire ici, ce n’est pas l’apologie de la Commune; je ne vous la peindrai pas sous un jour plus beau que la froide réalité. Je vous montrerai ce qu’elle a été, je signalerai les fautes commises, et autant que le sentiment qui déborde en mon cœur, pourra laisser parler la froide raison, je me bornerai à vous citer des faits.

Paris après le Siège

Je voudrais d’abord que vous vous pénétriez bien de la situation au commencement de Mars 1871. Paris venait de subir les horreurs du siège ; il était sous l’impression des défaites subies et des trahisons soupçonnées. L’Assemblée de Versailles manifestait des tendances diamétralement opposées à celle de la population parisienne. C’était, disait Crémieux, une majorité de ruraux, qui avait hué Victor Hugo et insulté Garibaidi.

D’un côté donc Paris républicain, de l’autre la France monarchiste. Paris avait des fusils et des. canons pour défendre la République. Versailles en avait pour la détruire. Notez aussi que plus de 100,000 bourgeois avaient quitté la ville après le siège, pour aller se reposer en villégiature; il n’y avait plus à Paris que la population ou vrière et de petits bourgeois, ayant devant eux le spectre de la faim, du propriétaire réclamant le terme ou du créancier impitoyable.

C’est alors que l’Assemblée Nationale décrète qu’il faut, sans délais, payer les loyers arriérés et les créances exigibles. Du 13 au 17 mars, 150,000 protêts furent enregistrés à Paris.

C’est ainsi qu’à ce moment, deux classes se trouvèrent en présence, comme si d’un coup de baguette magique s’était opérée la concentration capitaliste : D’un côté les conservateurs capitalistes, de l’autre les petits bourgeois ruinés, décimés, mêlés aux crève de faim par la faillite.

Un complot réactionnaire

Alors, quand un complot monarchiste se tramait à Versailles, tandis que la masse républicaine, sur la place de la Bastille, jurait de défendre la République, l’Assemblée Nationale décida de désarmer le peuple de Paris en enlevant les armes et les canons de la Garde nationale, et de supprimer la solde qui permettait à ces milliers de citoyens de ne pas mourir de faim.

On leur enlevait, à la fois, les quelques sous qui faisaient vivre leur famille et les armes qui devaient leur servir à défendre la République.

Le 18 mars

Le 18 mars 1871 on tenta de commettre cette infâmie; M. Thiers envoya quelques régiments de troupes de ligne pour opérer le désarmement des fédérés. Ces troupes étaient commandées par le général Lecomte; sans résistance elles s’emparèrent d’abord de quelques canons; les gens du quartier s’étaient groupés autour des soldats et laissaient faire, comme stupéfiés d’abord; mais la foule arrivait des faubourgs et grossissait toujours, autour des soldats accomplissant leur triste mission, se pressait en rangs de plus en plus serrés ; les colères montaient, des imprécations s’élevaient, les ouvriers coudoyaient les soldats, ceux-ci hésitèrent, puis tout à coup se produisit comme un brusque changement à vue, soldats et ouvriers se donnèrent la main, les ordres des chefs ne furent plus écoutés et la foule exaspérée s’empara du général Lecomte, qui, en commandant le feu, venait d’un seul geste d’ordonner la mort de centaines d’hommes, femmes et enfants.

En conduisant le général Lecomte rue des Rosiers où il fut fusillé, la foule irritée rencontra Clément Thomas, qui fut reconnu; une voix s’éleva disant : « C’est celui-là qui, en 48, fit massacrer des centaines d’ouvriers », et Clément Thomas, arrêté par les fils ou les frères de ceux qu’il avait fait massacrer, fut poussé au mur et fusillé avec Lecomte.

Furent-ils fusillés par la Commune? La Commune n’existait pas! Non, ils furent exécutés par une foule exaspérée, livrée à ses seules impulsions.

La Commune, dis-je, n’existait pas; seul le gouvernement régulier existait, mais il n’était plus à Paris, car à la première nouvelle de la résistance de la population aux troupes chargées de la désarmer, M. Thiers et le gouvernement s’étaient réfugiés à Versailles. Le 18 mars, Paris avait été abandonné par toutes les autorités régulières et aussi par les républicains bourgeois qui, fidèles à de vieilles habitudes, s’étaient mis du côté où ils croyaient que se trouvait la force.

L’insurrection triomphante vit se mettre à sa tête des ouvriers ou des petits bourgeois; les chefs de la garde nationale formèrent le Comité central. M. Tliiers qui se trouvait à Versailles n’avait pas de troupes, celles-ci ayant été licenciées, il fallait gagner du temps. Alors se joua une honteuse comédie dont il importe de bien préciser les détails.

Un intime ami de Thiers, M. Saint-Marc de Girardin, disait le 19 mars : <• J’ai vu M. Thiers, il ne sait pas ce qu’il veut, mais il le veut énergiquement ». Ce que Thiers voulait, on le sut plus tard, c’était un massacre, mais il fallait pour cela réunir des troupes, gagner du temps. Il demanua aux maires et aux députés de Paris d’entamer des négociations.

M. Thiers écrivait le 24 mars à l’amiral Saisset : « Les Maires de Paris ont pleins pouvoirs, laissez leur faire ce qu’ils croient utile. »

Le 25 mars, les Maires de Paris, d’accord avec le Comité Central, fixèrent au 26 mars les élections, qui ont donc eu lieu , il importe de le constater, avec le consentement facile de M . Thiers!

Les élections de la Commune

Celui-ci, pendant ce temps, préparait sa vengeance et voulait faire un exemple terrible, tandis qu’à Paris on croyait à la délivrance, à la fin de toutes les misères, la ville ayant un conseil communal régulier qui pourrait l’administrer. Ce qui prouve que la Commune n’est pas l’œuvre d’une poignée de factieux, c’est que 250,000 électeurs prirent part à l’élection du 26 mars. Il y eut au tant de votants qu’à la fameuse élection du général Boulanger, en 1891.

Parmi les élus du 26 mars, il y en avait de bons et de mauvais, beaucoup d’inexpérimentés, un grand nombre d’inconnus ; à côte de vieux républicains comme Delescluze, de sincères socialistes comme Benoît Malon, on voyait des déclassés tels que Rigaux qui, du moins, fut réhabilité en mourant noblement pour la cause qu’il avait embrassée. (Vifs applaudissements.)

Jours d’espérance

Le 27 mars, la Commune était inaugurée place de î’Hôtel-de- Ville; ce fut une journée de joie inoubliable. Elisée Reclus qui en fut témoin me disait : « J’ai vu pendant la semaine sanglante les plus épouvantables choses, mais malgré le sang, la boue, les massacres, je ne puis oublier ces quelques jours ensoleillés, ce lendemain d’une révolution victorieuse, qui n’avait coûté la vie qu’à deux hommes. »

C’est à propos de cette journée du 27 que Jules Vallès écrivait :

« Quelle journée!

“ Ce soleil tiède et clair qui dore la gueule des canons,, cette odeur de bouquets, le frisson des drapeaux! le murmure de cette révolution qui passe tranquille et belle comme une rivière bleue, ces tressaillements, ces lueurs,, ces fanfares de cuivre, ces reflets de bronze, ces flambées d’espoir, ce parfum d’honneur, il y a là de quoi griser d’orgueil et de joie l’armée victorieuse des républicains!

« O grand Paris !

« Lâches que nous étions, nous parlions déjà de te quitter et de nous éloigner de tes faubourgs qu’on croyait morts !

« Pardon, patrie de l’honneur, cité du salut, bivouac de la révolution !

« Quoi qu’il arrive, dussions-nous être de nouveau vaincus et mourir demain, notre génération est consolée ! — Nous sommes payés de vingt ans de défaite et d’angoisses.

« Clairons, sonnez dans le vent, tambours, battez aux champs !

» Embrasse-moi, camarade, qui a, comme moi, les cheveux gris! Et toi, marmot, qui joue aux billes derrière les barricades, viens que je t’embrasse aussi!

« Le 18 Mars te l’a sauvé belle, gamin! Tu pouvais, comme nous, grandir dans le brouillard, patauger dans la boue, rouler dans le sang, crever de faim et crever dehonte, avoir l’indicible douleur des déshonorés !

« C’est fini !

•• Nous avons saigné et pleuré pour loi. Tu recueilleras noire héritage. Fils des désespérés, tu seras un homme libre! »

Les ministres de la Commune

Mais voilà les fêtes passées, il va falloir se mettre à la besogne, constituer un gouvernement! Où trouver des ministres? Thiers est à Versailles. Les vieux républicains de 48, les radicaux, les progressisles ont quitté Paris. Pour former le gouvernement on ne trouva que des prolétaires ou des petits bourgeois; les uns, il faut le dire, d’une incapacité notoire ou d’une moralité suspecte, d’autres, par contre, forts capables et d’une honnêteté sans tache.

C’est ainsi que le ministre, ou plutôt le délégué aux Postes et Télégraphes fut Theiz, un ouvrier ciseleur, qui organisa le service de telle façon qu’au lendemain de * la Commune, le gouvernement maintenait les innovations qu’il avait introduites. A la Monnaie fut placé Camélinat, ouvrier bronzier, qui laissa comme trace de son passage, des réformes très pratiques.

L’Assistance publique fut confiée à un autre ouvrier, Treiihard, qui deux mois après, lors de la chute de la Commune, fut fusillé par les Versaillais. Mais avant de mourir, il avait remis à sa femme les 38,000 francs qui restaient dans la caisse qui lui était confiée, et sa veuve mettant ses habits de deuil pour la première fois, s’en fut porter les 38,000 francs à l’officier qui avait fait fusiller son mari ! En citant cet exemple, n’avions-nous pas raison de crier, à la Chambre ; « Saluez, Messieurs de la droite ! » (Acclamations.)

Au Ministère de l’Instruction publique, ce fut autre chose. Le 19 Mars, un brave ouvrier cordonnier, ayant trouvé ouverte la porte du cabinet du ministre, s’y installa .

Jules Vallès raconte, qu’entrant au ministère, il y trouva notre homme, en tenue de travail, servi respectueusement par les huissiers à lourde chaîne d’argent. Et le ministre voyant Vallès, dit à l’huissier : « Dis donc,

camarade, va-t’en chez le charcutier d’en face chercher pour six sous de hure de cochon. Je m’en vais déjeuner avec mon ami Vallès ». (Rires.)

Quand la Commune fut établie, on choisit un délégué moins fantaisiste, et, en matière d’enseignement, le gouvernement avait élaboré un programme fort beau, mais qui resta à l’état de projet.

Les Finances de la Commune

Je veux vous parler des ministères des finances et de la guerre. Maîtres de la Banque, les Communards avaient à leur disposition trois milliards, dont 800 millions en numéraire, le reste en papier et en effets de commerce. Avec cela ils pouvaient marcher à la victoire. Mais ces canailles, ces bandits, ces voleurs, se contentèrent de contempler la Banque de France, ils n’y entrèrent pas.

Le doux Varlin et l’honnête Jourde, délégués aux finances, eurent l’inspiration naïve de s’adresser à Rothschild pour lui demander un prêt de 1 million, pour payer la solde des gardes nationaux. Rothschild leur répondit : « Mais comment donc, un million, deux millions, trois si vous voulez, mais ne touchez pas à la Banque ». Quand les trois délégués se présentèrent le lendemain à la Banque pour toucher les fonds, le. directeur, M. Rouland, leur dit :

« J’attendais votre visite. La Banque, au lendemain de tous les changements de pouvoir, a dû venir en aide au nouveatï.Je n’ai pas à juger les événements. La Banque de France ne fait pas de politique. Vous êtes un gouvernement de fait. La Banque vous donne aujourd’hui un million ; veuillez seulement mentionner dans votre reçu que cette somme a été réquisitionnée pour compte de la ville. »

Pendant les trois mois de son existence, la Commune dépensa en tout 46 millions pour la solde de la garde nationale et tous les services publics. De ces 46 millions, 16 furent fournis par la Banque, le reste par les services, l’octroi contribuant pour une douzaine de millions. Et quand on trouva Varlin tué dans les rues de Paris, on le

fouilla et il fut trouvé porteur seulement des 300 francs qu’on avait eu de la peine à lui faire accepter comme son traitement de membre de la Commune. Quant à Jourde, il déjeunait à la gargotte, son fils allait à l’école gratuite et sa femme allait laver elle-même au lavoir public le linge de la famille. (Applaudissements.)

Les Fautes

Parlons maintenant des délégués de la guerre. Il faut le dire, jamais ville ne fut défendue avec autant d’inexpérience. Parmi les généraux de la Commune — à côté de quelques hommes qui moururent en héros — il y eut un grand nombre d’empanachés, misérables et lâches, qui godaillaient pendant que les autres allaient se faire tuer.

Reclus me racontait, qu’aux premiers jours de la Commune, il faisait partie des bataillons qui devaient, sous les ordres de Duval, occuper le plateau de Châtillon. Sur la place de l’IIôtel-de- Ville, les fédérés, transis de froid, stationnaient sous une pluie battante, et, parles fenêtres, on entendait les gens de l’état-major chanter à tue tête : Buvons, buvons, buvons, à l’indépendance du Monde.

Le général Duval fut un de ceux qui moururent en braves. Il fut fait prisonnier dès la première rencontre, et quand le général Vinoy lui demanda : « Quel sort me réserveriez -vous si j’étais à votre place? « il répondit : « Je vous ferais fusiller ». — « Vous venez de prononcer votre propre sentence », répliqua Vinoy et le général Duval fut fusillé. Reclus me racontait encore que les prisonniers conduits à Versailles comme des forçats, devaient subir la honte de défiler devant les officiers et de belles dames qui les insultaient et du bout de leur ombrelle piquaient les prisonniers, garrottés les mains derrière le dos.

L'agonie de Paris

Pendant les deux mois que dura l’agonie de Paris, quiconque avait aux pieds dos godillots, à l’épaule la meurtrissure produite par le recul du fusil, aux mains la souillure de la poudre, était fusillé sans jugement.

Les calomniateurs cle la Commune lui reprochent le massacre des otages ; mais il fut commis après cpie le gouvernement de la Commune était tombé. Ils ne disent pas que les Parisiens étaient traqués comme des bêtes fauves, et que si Paris se laissa aller à fusiller quelques hommes de Versailles, il ne fît qu’exercer des représailles et pas autre chose. Mais n’anticipons pas...

Le gouvernement de Versailles voulait écraser Paris; il ne se pressait pas, il entourait la ville lentement, mais sûrement, d’un cercle de fer et de feu qui toujours allait se rétrécissant. Ainsi qu’une pieuvre qui guette sa proie, étend ses tentacules, les troupes versaillaises s’avancaient, s’emparaient un à un des forts. C’est pendant que la ville était en pleine quiétude, au milieu d’une fête de charité, que les portes furent ouvertes par trahison et que la nouvelle de l’entrée des pantalons rouges se répandit.

La résistance

Alors, quand l’ennemi est dans les murs, quand chacun a le sentiment que, derrière la barricade, il défend son quartier, sa femme, ses enfants, l’ouvrier parisien se dresse, c’est la guerre des pavés, c’est la résistance désespérée d’une population. A côté des hommes valides, on voit les femmes intrépides, on voit les barbes blanches des insurgés de 48; les enfants aussi se jettent dans la mêlée et se battent en héros. D’après Maxime Du Camp, le nombre des enfants tués pendant la Commune se décompose comme suit :

237 enfants de 16 ans.

De même écrivain évalue à 12 ou 13,000 le nombre des enfants qui prirent part à l’insurrection et qui apporté-

rent un contingent d’activité et de valeur dont les troupes versaillaises eurent à supporter l’énergie redoutable.

Il y eut des femmes aussi qui tombèrent le fusil à la main. Le fameux bataillon des Parisiennes. Place Blanche comptait 120 fusils, place de la Bastille il y en avait encore GO. Ces femmes se battaient tout le jour comme des furies, ayant au corsage une branche de lilas cueillie dans les jardins de Paris, elles se battaient pour venger un frère, un mari, un amant et on vit dans les rues de Paris, aux rigoles rougies de sang, des cadavres en jupons et à longs cheveux, frappés par des balles versaillaises.

Jusqu’au dernier jour ces héroïnes luttèrent, réclamant leur part de cartouches, et il s’est trouvé un Maxime du Camp pour accomplir cette besogne de chacal : calomnier ces femmes, qu’il traita de prostituées et ces entants qu’il dépeignit comme des gamins vicieux, graine de bandits qu’on avait bien fait d’exterminer. (App.)

C’était une infâme calomnie; oui, certes, il y eut parmi ces vengeresses des prostituées à côté d’honnètes femmes. Mais en supposant que cela fût vrai, que toutes ces femmes fussent des prostituées, tous ces enfants, des gamins pourris par les prisons, y aurait-il un réquisitoire plus violent contre le régime capitaliste, que le fait d’avoir réussi à soulever même la chair à plaisir et la chair à canon, crachant leur mépris à la face de cette société qui les a réduits à la misère et à la honte !

Le massacre des otages

La Commune avait décidé que chaque fois qu’on fusillerait un communard à Versailles, on fusillerait 3 otages à Paris. On arrêta les gendarmes, des prêtres, un archevêque et on fit savoir à Thiers que s’il voulait rendre un seul prisonnier, Blanqui, vieillard qui ne pouvait avoir d’influence sur l’issue d’une insurrection, la Commune restituerait les 60 otages et s’engageait à n’en plus arrêter de nouveaux.

f Thiers^ ayant en main la vie des 60 otages, y compris l’archevêque de Paris, répondit à cette proposition par un refus formel.

La Commune n’a jamais exécuté son décret sur les otages ; quand ceux-ci furent massacrés, Paris était écrasé, sans chefs, il n’y avait plus de Commune. Un des membres de celle-ci, Varlin, faillit être écharpé par la foule, parce qu’il s’opposait au massacre, la suppliant d’épargner cette tache à l’histoire de la Commune et ce Varlin fut tué par les Versaillais.

Qui donc peut être rendu responsable de la mort de l’atchevêque de Paris et des soixante otages? Est-ce Thiers ou la Commune? Thiers, qui pouvait les sauver, ou la Commune qui refusa de les mettre à mort ?

(Dans la salle, plusieurs voix répondent : « C’est Thiers ! » Applaudissements prolongés.)

Si même la Commune avait exécuté son décret sur les otages, elle n’aurait fait qu’imiter ce qui se fait dans toutes les guerres, elle n’aurait fait que suivre les errements du passé. Mais nous avons le droit de proclamer fièrement que depuis le 18 Mars jusqu’à fin Mai, pendant tout le gouvernement de la Commune, il y eut bien quelques condamnations à mort prononcées par Rossel, un ancien officier polytechnicien, mais la Commune se refusa à en laisser exécuter un seul.

Témoignage d'adversaire

Drumont, un écrivain catholique, comparant la révolution de 93 à la Commune, dit que quand l’élément ouvrier se mêle aux révolutions, elles deviennen t moins sanglantes. Et parlant de la Commune, il écrit :

« Ce fut l’élément bourgeois qui fut surtout féroce, l’élément peuple, au milieu de cette crise effroyable resta humain.

« Ajoutons que la plupart des ouvriers qui ont figuré au premier rang dans la Commune, sont très noblement, très dignement retournés à l’atelier. Parmi les hommes qui avaient eu Paris dans les mains, beaucoup ont repris l’outil sans bruit, simplement. »

La Répression

Quand les Versaillais entrèrent dans Paris, ils s’y livrèrent à une véritable boucherie, au plus épouvantable massacre du xixe siècle. Trente ou quarante mille hommes furent fusillés, disent les historiens de la Commune ; Mac- Mahon en avoue 15,090, le général Appert déclare qu’il y en avait beaucoup plus. Les cimetières furent insuffisants, on empila les cadavres dans les terrains vagues, on les jeta dans le fleuve, on les entassa dans les carrières abandonnées.

L’armée fit 40,000 prisonniers; on en déporta 28,000. Dans certains corps de métier la proportion du tribut payé à la répression fut terrible. On l’évalue à 25 p. c. des ébénistes, à 30 p.c. des tailleurs, à 40 p.c.des cordonniers.

Les métiers plus misérables furent ceux qui soutinrent le plus, parce que chez eux surtout la résistance fut opiniâtre.

D’un côté donc, nous avons 60 otages massacrés malgré la Commune et de l’autre 30,000 hommes, femmes et enfants fusillés sans jugement. Et ce sont les massacreurs qui nous traitent de criminels!

C’est comme si un assassin adressait des imprécations au cadavre de sa victime, parce qu’il aurait reçu d’elle quelques égratignures en commettant son crime. (Àppl.)

Les Vainqueurs de la Commune

Sur les chefs du parti conservateur qui combattirent la Commune. Drumont portait le jugement que voici :

« L’histoire s’arrêtera longtemps à cette répression de la Commune, car elle fournit une indication très précise sur la débilité mentale des chefs du parti conservateur et aussi sur leur absence de tout sens moral; ils n’ont ni conscience ni raison d’Etat, ni énergie, injustice, ni pitié; ils fuient comme des lâches ou massacrent comme des brutes, sans savoir pouquoir ils fuient ni pourquoi ils massacrent; ils laissent renouveler avec ces transports de prisonniers, qu’on décime en chemin de fer pour alléger le convoi et activer la marche, ces scènes de mœurs barbares,

ces défilés de Cimbres et de Teutons captifs dont Théophile Gautier et Paul de Saint-Victor ont évoqué le souvenir en dos pages inoubliables en peignant Versailles pendant la Commune. »

Paris en feu

Je n’ai pas la prétention de retracer en quelques coups de pinceau toute l’histoire de la Commune, mais je veux encore rencontrer quelques-unes des accusations qu’on a continué de lui jeter à la face.

Parlons d’abord des incendies. Quand les Versaillais faisaient couler le sang à flots dans les rues de Paris, des incendies éclatèrent dans divers quartiers; on vit brûler le Palais Royal, l’Hôtel de ville, les Tuileries!

L’Europe se demanda d’où partaient ces incendies. Jamais peut-être on ne pourra donner à cette question une réponse satisfaisante. Pour se former une opinion il faut réunir les faits en faisceau. Ce qui est certain, c’est que rendant la semaine terrible il y avait dans les rues do Paris les agents du gouvernement, on atrouvé dans les incendies la trace de cette espèce d’agents dont vous connaissez le nom dans notre pays ! (Rires.)

On les trouvait aussi dans le voisinage des pelotons d’exécution et on cite ce dialogue caractéristique entre Cal mon et M. Olivier de W atteville qui voulait poursuivre un individu de ce genre.

— « C’est un de nos agents ! laissez-le libre ! »

— « Mais il a fait fusiller quatorze gardes nationaux réfractaires à la Commune ! »

— « C’était pour mieux cacher son jeu! »

C’était bien consolant, n’est-ce pas, pour les familles des victimes? Une autre consolation leur était réservée : l’homme qui faisait ainsi fusiller des français pour mieux cacher son jeu de mouchard, fut décoré de l’ordre de la Légion d’honneur et son nom figure sur le registre à côté de ceux des soldats et officiers qui ont gagné la croix sur le champ de bataille.

Je ne songe nullement à méconnaître, d’ailleurs, que plusieurs des incendies furent allumés par des partisans de la Commune; tout le monde connaît le billet signé Ferré, portant l’ordre : « Flambez finances ».

Mais devant ce sombre événement, il est un sentiment qui devrait être dans tous les cœurs, c’est que l’artisan dece terrible drame fut avant tout une foule exaspérée, qui sentit surgir en son cerveau le souvenir de faits antérieurs. Jules Simon avait écrit pendant le siège, tout en dînant tranquillement au restaurant avec Taine : « Luttons jusqu’à la mort et quand viendra le moment suprême, plutôt Moscou que Paris aux Prussiens, brûlons Paris! » Qui sait si ce mot n’a pas allumé l’étincelle?

Brûler Paris! Quand le patriotisme inspire pareille action, c’est de l’héroïsme, mais quand elle est l’œuvre de la racaille défendant la République, ce qui était héroïque et sublime, devient criminel et monstrueux !

Vous êtes des pharisiens, vous qui. prétendez être patriotes héroïques, quand vous brûlez votre ville pour ne la point livrer aux ennemis, et ne voyez plus dans cet acte qu’un forfait quand il est accompli par le peuple, aux prises avec les ennemis de la République.

Les armées coloniales n’ont-elles pas fait pire que ne fit la foule de Paris; n’ont-elles pas détruit en Chine, sur l’ordre de leurs officiers, le Palais d’Eté et les merveilles quïl renfermait? Les archives de la Chine depuis 40 siècles.

Et ces vandales, ces pillards, ont l’audace de s’indigner des incendies de la Commune de Paris?

Le programme de la Commune

Jugeons froidement les événements. Le programme de* la Commune a été lu à la Chambre par M. Schollaert, qui espérait épouvanter les populations.

Pendant cette lecture, à mesure que les articles défilaient, il se produisait dans rassemblée un phénomène' singulier. Les députés de la droite s’entreregardèrent, leur

physionomie exprimait la surprise. « Mais c’est tout simplement le programme socialiste, le programme progressiste même! « pensaient-ils.

Le programme cle la Commune réclamait l’autonomie communale, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la reprise par l’Etat des ateliers abandonnés, la réorganisation de la bienfaisance, etc., etc.

Si bien qu’un député de la Droite, après la séance, me parlant de son collègue qui avait lu le programme communal, me disait : '« Mais ce Schollaert est un maladroit! Pourquoi diable est-il venu lire cela? Est-ce qu’il avait besoin de faire insérer aux Annales un programme aussi anodin, aussi peu révolutionnaire? «

Le gouvernement communard était composé d’une minorité socialiste et d’une majorité de radicaux. Il était animé de bonnes intentions, ses décrets étaient irréprochables, mais ceux qui étaient chargés de les exécuter étaient souvent d’une incapacité complète.

Un enseignement

Une grave leçon se dégage de cette expérience historique. Supposez qu’à Charleroi, en 1886, l’émeute ait triomphé, que la classe ouvrière, presque sans organisation et sans chefs, soit arrivée à la victoire, mais n’ayant

Eas avec elle l’élément intellectuel qui fait lever la pâte umaine, ne comprenez-vous pas que cette plèbe, après son éphémère victoire, aurait été bientôt écrasée?

Il faut donc vous organiser, camarades, pour les luttes avenir.

Le socialisme doit opérer une révolution non seulement dans l’ordre économique, mais dans l’ordre intellectuel et moral. Quand nos principes auront illuminé tous les cerveaux, réchauffé tous les cœurs, quand la concentration industrielle aura mûri les industries pour le collectivisme, quand le parti ouvrier sera à la veille de conquérir les pouvoirs publics, alors viendra le moment du combat.

Car il ne faut pas espérer que les classes privilégiées abandonnent sans résistance leurs positions; elles essayeront de museler le suffrage universel comme on l’a tenté déjà par la loi électorale communale. Mais alors nous vous dirons : Haut les cœurs, il faut lutter, par tous les moyens, pour défendre les droits du peuple !

Notre désir à tous, c’est que par des réformes immédiates, par tout ce qui peut préparer l’avènement de la société nouvelle, nous diminuions l’âpreté de l’inévitable lutte pour passer du régime actuel au régime nouveau.

Je termine.

Le jour même où la Commune fut définitivement vaincue — le dernier jour de la Semaine sanglante, c’était le dimanche de la Pentecôte, fête pour les catholiques, fête pour le gouvernement de Versailles.

Morte la bête, mort le venin.

On croyait le Socialisme frappé à mort, et, pendant quelques années, en effet, il parut l’être, tué, moins par ses défaites que par ses divisions. Les derniers Congrès de X Internationale donnèrent le lamentable spectacle de divisions entre peuples perlant des langages différents, et ne parvenant à se comprendre.

Mais, toujours, dit Goethe, jaillit un sang nouveau.

La Pentecôte Rouge

Nous aussi, nous avons eu notre miracle de la Pentecôte.

Cinquante jours après la mort du Christ, les apôtres reçurent le don de langues pour répandre la bonne nouvelle.

V Internationale a renouvelé ce miracle. Vingt peuples divers se rencontrent dans nos congrès, venus de tous les pays, depuis les steppes de la Russie jusqu’aux confins des colonies australiennes.

Tous, maintenant, s’entendent et se comprennent et célébreront le 1er Mai prochain — après le Lies irae de la Commune — les Pâques fleuries de l’Humanité nouvelle.

Des acclamations enthousiastes, des cris de Vive la Commune! saluent la fin de ce discours d’une vibrante éloquence, dont notre résumé, fidèle cependant, ne peut donner qu’une imparfaite idée.

Le citoyen Pastur prend ensuite la parole en ces termes :

Citoyen Vandervelde,

Je ne puis vous cacher l’impression profonde et indicible que laissera parmi ceux qui sont ici, l’inoubliable conférence que vous venez de nous donner. En leur nom, je vous remercie d’être venu nous dire ce que fut la Commune de Paris, quel fut son but hautement humanitaire et sacré et quels sont ceux qui, devant l’histoire, doivent porter, la responsabilité du sang qui fut versé.

Encore une fois, citoyen Vanderyelde, au nom de tous les démocrates, du fond du cœur, mille fois merci et Vive le Socialisme !

Le cri de Vive le Socialisme poussé par le citoyen Pastur trouve écho dans les milliers de poitrines des citoyens, encore sous l’influence de l’émouvante parole de Vandervelde.

Déclaration au Peuple Français

(19 avril 1871)

Dans le conflit douloureux et terrible qui impose une fois •encore à Paris les horreurs du siège et du bombardement, qui fait périr nos frères, nos femmes, nos enfants écrasés sous les obus et la mitraille, il est nécessaire que l’opinion publique ne soit pas divisée, que la conscience nationale ne soit point troublée.

Il faut que Paris et le pays tout entier sachent quelle est la nature, la raison, le but de la révolution qui s’accomplit. Il faut enfin que la responsabilité des deuils, des souffrances et des malheurs dont nous sommes victimes retombe sur ceux qui, après avoir trahi la France et livré Paris à l’étranger, poursuivent avec une aveugle et cruelle obstination la ruine de la capitale, afin d’enterrer, dans le désastre de la République et de la liberté, le double témoignage de leur trahison et de leur crime.

La Commune a le devoir d’affirmer et de déterminer les aspirations et les vœux de la population de Paris ; de préciser le caractère du mouvement du 18 mars, incompris, inconnu et calomnié par les hommes politiques qui siègent à Versailles.

Cette fois encore, Paris travaille et souffre pour la France entière, dont il prépare, par ses combats et ses sacrifices, la régénération intellectuelle, morale, administrative et économique, la gloire et la prospérité.

Que demande-t-il ?

La reconnaissance et la consolidation de la République, seule forme de gouvernement compatible avec les droits du peuple et le développement régulier et libre de la société.

L’autonomie absolue de la commune, étendue à toutes les localités de la France et assurant à chacune l’intégralité de ses droits, et à tout Français le plein exercice de ses facultés et de ses aptitudes, comme homme, citoyen et travailleur.

L’autonomie de la commune n’aura pour limites que le droit ff’autonomie égal pour toutes les autres communes adhérentes au contrat, dont l’association doit assurer l’unité française.

Les droits inhérents à la commune sont :

Le vote du budget communal, recettes et dépenses; la fixation et la répartition de Fimpôt; la direction des services locaux ; l’organisation de la magistrature, de la police intérieure et de renseignement ; l’administration des biens appartenant à la commune.

Le choix par l’élection ou le concours, avec la responsabilité' et le droit permanent de contrôle et de révocation, des magistrats ou fonctionnaires communaux de tous ordres.

La garantie absolue de la liberté individuelle, de la liberté de conscience et de la liberté de travail.

L’intervention permanente des citoyens dans les affairéscommunales par la libre manifestation de leurs idées, la libredéfense de leurs intérêts; garanties données à ces manifestations par la commune, seule chargée de surveiller et d’assurer le libre et juste exercice du droit de réunion et de publicité.

L’organisation de la défense urbaine et de la garde nationale, qui élit ses chefs et veille seule au maintien de l’ordre dans la cité.

Paris ne veut rien de plus à titre de garanties locales, à condition, bien entendu, de retrouver dans la grande administration centrale, délégation des communes fédérées, la réalisation et la pratique des mêmes principes.

Mais, à la faveur de son autonomie et profitant de sa liberté d’action, Paris se réserve d’opérer comme il l’entendra, chez lui, les réformes administratives et économiques que réclame sa population; de créer des institutions propres à développer et à propager l’instruction, la production, l’échange et le crédit; à universaliser le pouvoir et la propriété suivant les nécessités du moment, le vœu des intéressés et les données fournies par l’expérience.

Nos ennemis se trompent ou trompent le pays quand ils accusent Paris de vouloir imposer sa volonté ou sa suprématie au reste de la nation, et de prétendre à une dictature qui serait un véritable attentat contre l’indépendance et la souveraineté des autres communes.

Ils se trompent ou trompent le pays quand ils accusent Paris de poursuivre la destruction de l'unité française, constituée par la Révolution aux acclamations de nos pères, accourus à la fête de la Fédération de tous les coins de la vieille France.

L’unité, telle qu’elle nous a été exposée jusqu’à ce jour par l’Empire, la monarchie ei le parlementarisme, n’est quela centralisation despotique, inintelligente, arbitraire on onéreuse.

L’unité politique, telle que la veut Paris, c’est l’association volontaire de toutes les initiatives locales, le concours spontané et libre de toutes les énergies individuelles en vue d’un but commun, le bien-être, la liberté et la sécurité de tous.

La Révolution communale, commencée par l’initiative- ; populaire du 18 mars, inaugure une ère nouvelle de politique ' expérimentale, positive, scientifique.

C’est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du i militarisme, du fonctionnarisme^ l’exploitation, de l’agiotage des monopoles, des privilèges, auxquels le prolétariat doit son servage, la patrie ses malheurs et ses désastres.

Que cette chère et grande patrie, trompée par les mensongeset les calomnies se rassurent donc.

La lutte engagée entre Paris et Versailles est de celles qui ne peuvent se terminer par des compromis illusoires : l’issue n’en saurait être douteuse. La victoire, poursuivie avec une indomptable énergie par la garde nationale, restera à l'idée et au droit.

Nous en appelons à la France !

Avertie que Paris en armes possède autant de calme que de^ bravoure; qu’il soutient l'ordre avec autant d’énergie que d’enthousiasme; qu’il se sacrifie avec autant de raison que d’héroïsme ; qu’il ne s’est armé que par dévouement à la liberté et à la gloire de tous, que la France fasse cesser ce sanglant conflit !

C'est à la France à désarmer Versailles par la manifestation solennelle de son irrésistible volonté.

Appelée à bénéficier de nos conquêtes, qu’elle se déclare solidaire de nos efforts ; qu’elle soit notre alliée dans ce combat qui ne peut finir que par le triomphe de l’idée communale ou par la ruine de Paris !

Quant à nous, citoyens de Paris, nous avons la mission, d’accomplir la révolution moderne la plus large et la plusféconde de toutes celles qui ont illuminé l’histoire.

Nous avons le devoir de lutter et de vaincre î

ZL..A. commujste

Paroles de Jacques Gueux

L’Ordre, en des jours de haine et de délire,

Sur toi jadis assouvit ses fumirs Et fit tomber, l’Histoire peut le dire,

Sous ses canons tes plus fiers défenseurs. Brutalement à la gorge, il t’a prise ;

D’un pied vainqueur, il t’écrasa le flanc.

Puis t’ayant fait succomber par surprise,

Il se vautra dans la fange et le sang.

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