BOULANGERIES ET BOUCHERIES COMMUNALES
Le service de l’alimentation des habitants est laissé aujout d hu' à des entrepreneurs particuliers.
On sait combien ce système coûte cher et aussi combien souvent les denrées alimentaires sont falsifiées. i
La fameuse loi de la concurrence qui, d’après les économistes, devait forcer les détaillants à vendre au plus bas prix possible, a fait faillite, car il est faux que plus il y a de marchands d un même produit dans une localité, plus les prix sont bas, puisque c«s prix sont toujours établis en comptant tout d abord le coût de l’entretien du commerçant et des siens.
Au surplus, dans le commerce comme dans 1 industrie, la concentration des capitaux se continue et les monopoles se constituent, tuant les petits détaillants.
Jadis les écoles étaient tenues, exploitées par des particuliers. Aujourd’hui, l’instruction est une charge publique, une charge
de la société. , . r JS
Certes, chez nous surtout, il y a lutte dans ce domaine. Les cléricaux, forts par eux-mêmes, ayant des écoles dites libres, des pensionnats, etc., demandent que l’instruction soit «libre», laissée aux particuliers. Les libéraux, au contraire, les esprits
avancés, sont partisans de l’intervention de l’Etat pour ce qui concerne l’instruction des masses.
Nous sommes pour cette dernière solution. L’insiruction doit être obligatoire, gratuite et laïque. Elle doit être une charge sociale, elle ebt aussi utile que la défense du sol contre un envahisseur et que tous les autres services publics.
Ce qui est vrai, nécessaire pour le pain de l’intelligence appelé l’instruction, est vrai aussi pour le pain du corps. Au surplus, un cerveau ne fonctionne pas normalement, sérieusement* si le corps n’est pas entretenu par une nourriture saine et réconfortante.
Il est donc nécessaire que la société intervienne et procure à tous ses membres, dans les meilleures conditions, les denrées alimentaires.
La création de boulangeries et de boucheries communales est donc une chose utile, autant que la création d’écoles communales.
Cette question est d’ailleurs à l’étude à Paris, où le Con>eil municipal s’est prononcé en faveur de l’établissement, dans chaque quartier, de boulangeries et de boucheries municipales.
La décision en question n’a pas été prise sans peine, nous le savons. Elle a eu ses adversaires qui ont trouvé, dans le bagage connu de l’ancienne école économique, des arguments contre semblable initiative. Mais le Conseil a passé outre, n’ayant à se oréoccuper que de l’intérêt général et non de dogmes économiques qui ont fait leur temps.
Quelle serait la conséquence de l’établissement de boulangeries et de boucheries communales?
Tout d’abord, les habitants de la commune ou de la ville ou semblable mesure aura été prise pourraient manger du pain et de la viande dans de bonnes conditions. En plus, le règne de la rraude aurait pris fin. Plus de marchands de viandes pourries, malsaines, comme cela arrive tous les jours aujourd'hui.
Il est certain que les boucheries et les boulangeries communales pourront fournir du pain et de la viande dans de meilleures conditions de prix que les bouchers et les boulangers actuels.
On achètera et on produira en grand, on supprimera ou ou réduira beaucoup les frais généraux, de loyer, de personnel, etc.*
et ce à l’avantage du public. Ensuite, tous ceux qui aujourd'hui sont des intermédiaires plus ou moins inutiles, seront obligés de produire des choses nécessaires à tous et la société en général y gagnera.
CONCLUSION
Nous nous arrêtons ici. Nous pensons avoir indiqué, dans ces notes rapides, faites malheureusement à la hâte, au grandissime galop, entre les préoccupations de tous genres nécessitées par la lutte actuelle, dans quelle voie il faut marcher pour corriger les mauvais côtés de l’organisation sociale présente, pour faire de notre société individualiste une société dans laquelle l’intéiêt public, général, le bien-être pour tous, sera la suptêtne loi.
Il est certain que ce qui existe ne peut subsister. Partout, dans les pays neufs comme dans le vieux monde, le môme problème se pose, menaçant, terrible, et réclame une solution dans le plus bref délai possible.
Les pauvres, les travailleurs, sont le nombre et la force. Sans eux, sans leur travail, rien n’existerait. Ils ont de plus en plus conscience de leur puissance et ils réclament impérieusement justice.
Cette justice, ils l’obtiendront, c’est inévitable, car on ne résiste pas plus devant la force du nombre organisé que devant un torrent qui se déchaîne.
Mais cette justice peut s’obtenir de deux manières : révolutionnairement, par la force brutale, ou bien par étapes, par les concessions de ceux qui sont aujourd’hui les privilégiés.
Il y a un siècle, la bourgeoisie a renversé le clergé et la noblesse et s’est emparée du pouvoir politique. Par celui-ci, elle s’est rendue maîtresse de l’Etat et de l’administration et a tout organisé dans son seul intérêt.
Le peuple travailleur vient à son tour d’entrer en lice. Il veut sa part de souveraineté politique pour arriver à conquérir bienêtre et liberté. Or, ceux-ci ne sont possibles que par !a transformation méthodique de l’organisme social individuel existant en un organisme collectif, fonctionnant non pas au profit de quelquesuns, mais de tous.
Ceci étant donné, il est du devoir et de l’intérêt de ceux qui aujourd’hui sont les maîtres de préparer les voies à cette civilisation socialiste supérieure, où les inégalités, les injustices actuelles disparaîtront et où l’âpre combat pour le profit personnel sera remplacé par la lutte constante pour arriver à donner la plus grande somme de bien-être à tous les hommes.
Imp. Berghmans, rue du Marché aux Porcs, 12, Brux.