LES TERRASSIERS
Nous ne voulons pas entreprendre un exposé au point de vue technique, nous voulons simplement signaler que ces travailleurs, pendant des journées de 12 heures, sont livrés à un travail exténuant. Le salaire qui varie de 25 à 35 centimes l’heure donne une moyenne de 30 centimes, soit fr. 3.60 par jour.
La propagande du Parti ouvrier au début fut difficile, mais devant une situation aussi arbitraire, l’idée socialiste devait pénétrer. Aussi vîmes-nous’ avec plaisir une centaine d’inscriptions au syndicat, à la première réunion des terrassiers.
Signalons aussi l’organisation des ouvrières gantières en un syndicat qui, contrairement à celui des ouvriers gantiers, fait partie du Parti ouvrier, également.
L’organisation en un syndicat des ouvrières arracheuses de poils et les secréteurs formant, avec les coupeurs de poils déjà affiliés, l’ensemble des diverses parties de cette profession exceptionnellement malsaine.
Puis les cartouchières qui forment aujourd’hui un syndicat fort de 150 membres.
Le mouvement syndical n’a pas seulement été important pour Bruxelles, nous retrouvons les mêmes faits ailleurs.
Nous parlant de Gand, voici ce que dit le rapport du secrétaire fédéral :
» Les grèves ont sévi avec une intensité extraordinaire dans le courant de Tannée écoulée.
« Seul le syndicat des tisserands a eu à soutenir douze grèves auxquelles ont participé 1,645 ouvriers, dont 691 syndiqués et 954 non syndiqués.
» Trois de ces grèves ont réussi complètement, six ont réussi partiellement, une grève a échoué, deux grèves furent des chômages forcés, imposés par les grèves des fileurs.
” Le syndicat a distribué de ce chef 31,585 fr. 66 aux syndiqués.
» Les fileurs ont eu quatre grèves auxquelles ont participé 1,400 ouvriers. Trois de ces grèves se sont terminées à la satisfaction des ouvriers. La quatrième grève dure toujours chez M. Voortman ; le lock-out des patrons métallurgistes, a duré trois mois.
» Cette lutte a provoqué un élan admirable de solidarité dans toute la Belgique ouvrière et la Fédération gantoise est heureuse de pouvoir renouveler, à cette occasion, ses remerciments au Parti ouvrier.
» Le lock-out a nécessité une dépense de 1 15,000 francs.
» Ces sacrifices n’ont pas été inutiles, car si les ouvriers n’ont pas reçu satisfaction pleine et entière sur tous les points soulevés, des concessions importantes ont été accordées, les ouvriers sont plus libres et traités avec plus d’égards. La fin décembre a été marquée par deux grèves des fi leuses de lin qui continuent jusqu’à présent.
” Notons encore les petites grèves : Une des cigariers, une des tonneliers, des ouvriers en peaux, etc.
» Cette période de grèves incessantes a eu une influence considérable sur le mouvement syndical.
» Voici un tableau comparatif.
Nombre de membres au :
1er mars 1895 31 décembre 1895
Tisserands
Ouvriers du lin
Cotonniers
Métallurgistes
Ouvriers du bois
Débardeurs
Peintres
Maçons
Syndicat mixte
Boulangers
Ces syndicats comptaient donc ensemble, au 1er mars, 2,449 membres ; ils en comptent 9,495 aujourd’hui, soit une augmentation de 6,946 membres en neuf mois de temps.
Le secrétaire renseigne encore la fondation du syndicat des déchargeurs de bois avec 135 membres, les travailleurs de la rue 400 membres, le syndicat des blanchisseurs 100 membres, les plombier-zingueurs 65 membres.
La Ligue Moyson (mutualité) qui comptait, au 1er mars 1895, 4,405 membres, parmi lesquels 41 3 femmes, comprend aujourd’hui 6,165 membres, parmi lesquels 500 femmes.
On sait que la Ligue Moyson compte en outre 12,452 membres à 5 centimes de cotisation par semaine, exclusivement pour les soins médicaux et pharmaceutiques gratuits.