LES LOIS SPÉCIALES
Pendant cette session, le gouvernement a soumis aux Chambres et a fait voter par sa majorité docile, quatre lois odieusement réactionnaires et que les députés socialistes ont combattu avec vigueur.
La première de ces lois avait pour objet la détermination du nouveau corps électoral communal.
Jusqu’ici, en Belgique, le corps électoral pour la commune était plus large, plus démocratique que celui en vigueur pour les Chambres. Sous le régime censitaire, alors qu’il n’y avait que 130,000 électeurs généraux, il y en avait 550,000 pour la commune. C’était une tradition de rendre plus facile l’électorat communal qui était considéré comme l’école primaire de la vie politique.
Il en eut encore été ainsi si les élections d’octobre 1894 n’avaient eu pour résultat d’effrayer les aveugles delamajorité et du gouvernement sur la force du parti socialiste.
Aussi le but poursuivi par le gouvernement en élaborant son projet de loi électorale pour la commune, fut-il de diminuer la puissance électorale des petits, des ouvriers, des pauvres, et d’augmenter les forces des riches, des propriétaires.
Notre ami Anseele a baptisé cette loi du nom de loi des quatre infamies, nom qui lui restera.
Les quatre infamies dénommées par le député socialiste de Liège, vous les connaissez, ce sont : les 30 ans, les trois années de résidence; le cens différentiel et les quatre voix accordées aux riches.
Les députés socialistes ont déposé, par voie d’amendement, des propositions tendant à établir le suffrage universel à 21 ans, mais la majorité a voté contre, y compris les domestiques de la démocratie chrétienne.
La seconde loi réactionnaire est celle relative à notre régime économique. M. Beernaert, aussi longtemps qu’il était chef de cabinet, a su contenir les appétits protectionnistes de' ses amis de la droite et défendre, dans une certaine mesure, la liberté commerciale.
AvecM. de Smet de Naeyer, nous sommes entrés dans une voie nouvelle. Le ministre des finances a donc proposé des modifications à notre régime douanier, augmenté les droits sur un grand nombre de produits étrangers et frappé d’un droit de 20 fr. aux 100 kil. le beurre et la margarine, sans compter le droit sur l’avoine et sur les farines, ce dernier pour protéger les meuniers contre la concurrence étrangère.
La nouvelle loi économique, de l’avis de M. Beernaert lui-même, coûtera de nombreux millions au pays, mais elle profitera aux grands propriétaires, et cela doit suffire.
La troisième mesure proposée par le gouvernement est relative au Congo. Le ministère avait proposé la reprise immédiate de cette colonie, cinq années avant le terme fixé antérieurement.
Le pays s’est ému et la majorité de la Chambre ellemême a reculé. Le ministre De Mérode qui avait proposé la reprise a donné sa démission et la reprise immédiate de l’éléphant congolais a été abandonnée. On s’est contenté d’une nouvelle demande de crédits s’élevant au total de 12 millions, en chiffre rond, ce qui fait déjà plus de 47 millions engagés à l’heure qu’il est dans cette entrepr ise qui ne devait rien coûter à la Belgique, selon la promesse royale.
Vos députés ont profité de l’occasion qui leur était offerte par la discussion de ces nouveaux crédits pour le Congo, pour dénoncer la fourberie du gouvernement du roi dans toute cette affaire. Au début, on se le rappelle, on décla-
rait solennellement que le Congo ne coûterait jamais un centime à la Belgique. Peu après, cependant, malgré les promesses faites, la danse des millions a commencé.
De cette discussion, vigoureusement menée, le roi et le gouvernement sont sortis diminués et le Congo est devenu encore plus impopulaire qu'il ne l’était déjà.
Enfin, pour conserver son œuvre néfaste et réactionnaire, le gouvernement, poussé par M. Woeste et les fanatiques de la droite, a proposé une nouvelle loi scolaire inscrivant la religion parmi les branches obligatoires de l'instruction primaire.
Vos députés ont défendu à cette occasion, la liberté de conscience foulée aux pieds par les cléricaux. Ils ont aussi fait connaître de quelle façon le Parti ouvrier entend organiser l’instruction populaire et démontré que la morale humaine, la morale sociale, est supérieure à la morale chrétienne telle qu’elle est enseignée et pratiquée de nos jours.
Il nous reste maintenant, pour terminer ces notes rapides, à dresser la liste des propositions de lois déposées par le groupe socialiste.