RAPPORT
sur la proposition d’organiser une manifestation nationale a Bruxelles contre le militarisme.
Compagnons,
Une des réformes à laquelle tout le Parti ouvrier s’est attaché, dès sa formation, c’est la réforme militaire.
Il n’en est pas de plus importante, parce que le système militaire qui fonctionne en Belgique est le plus inique qui se puisse imaginer. Il est honni par toute la population ; il soulève la réprobation générale ; et il n’est personne pour le défendre.
Et cependant il subsiste. Il prélève chaque année son tribut parmi les plus robustes des jeunes gens de la classe ouvrière et il coûte plus de 50 millions. Il est un danger permanent pour la paix intérieure et il ne pr ésente aucune garantie pour la sécurité contre l’invasion du pays.
L’heure est venue d’abattre l’odieux régime de la conscription et du remplacement.
Depuis dix ans, le Parti ouvrier s’est efforcé de gagner les jeunes travailleurs à l’idée socialiste, en organisant des cercles de jeunes gens : Jeunes gardes socialistes, cercles de gymnastique, clubs de voisinage, écoles d’orateurs, cours de chant, de musique et d’art dramatique, etc. ; en entretenant des relations avec les jeunes socialistes à l’armée, en publiant annuellement et en répandant par milliers des brochures et des journaux antimilitaristes parmi les conscrits et les familles ouvrières, en convoquant, à l’époque du tirage au sort et de la rentrée des miliciens, des meetings et des manifestations dans les régions industrielles et les grandes villes du pays.
Grâce à l’initiative des mandataires du Parti ouvrier, nombre de conseils communaux ont élevé leur protestation contre l’odieux régime militaire. Au Parlement, la discussion du budget de la guerre a permis à la gauche socialiste d’appeler l’attention du pays sur l’importance de la question militaire, sur l’incertitude et les embarras du gouvernement clérical dans cette question.
Enfin les poursuites intentées fréquemment contre les écrivains, contre les propagandistes, pour avoir dénoncé
les crimes du militarisme et s’être faits les défenseurs de la vie et de la dignité humaine, ont eu pour résultat d’accumuler les haines contre le régime militaire.
Il semble que le moment soit propice pour donner une unité de direction aux protestations et aux colères qui éclatent à tout instant contre le militarisme.
Le gouvernement est acculé à la réforme militaire. Il la redoute et il cherchera, sans trop oser l’espérer, à l’escamoter.
Il est donc certain que la session prochaine ne se passera point sans que la question soit abordée.
Les élections législatives de juillet prochain seront pour le pays le moyen d’afflirmer ses sentiments de réprobation contre le militarisme qui, si on ne se décide pas à le combattre avec la dernière énergie, se traduira avec les subsides coloniaux augmentant, par de nouveaux sacrifices d’hommes et de millions.
Nous nous sommes attachés, il y a deux ans à poursuivre l’égalité électorale, nous avons mené une campagne mémorable dont les résultats sont aujourd’hui considérables.
Si le Parti ouvrier veut mettre l’énergie, la persévérance, dont il a fait preuve alors, au service de cette cause humanitaire : contre le militarisme pour la paix, il est certain ae grouper bientôt autour du drapeau rouge, la classe ouvrière toute entière, il aura conquis les femmes qui ont mieux et plus profondément senti que les hommes les douleurs engendrées par la caserne ; les femmes autour du drapeau rouge, c’est la fin du règne bourgeois : il détachera aussi de la bourgeoisie, ses éléments généreux.
Nous répétons : Il n’est pas de question susceptible de grouper plus intimement tous les citoyens, car elle tient du cœur, du sang, des intérêts, de la vie de tous.
— Tl —
Il n’est de question capable de rendre plus puissante l’action du Parti ouvrier.
Attelons-nous donc à cette œuvre. Bn travaillant contre le militarisme, nous travaillons sûrement à l’effondrement du capitalisme et à l’instauration de la société collectiviste.
La Fédération ouvrière Bruxelloise propose donc :
1° De donner au Premier mai conformément aux décisions du Congrès international de Zurich, un double caractère de revendication socialiste et de manifestation en faveur de la Paix.
2° La publication de brochures antimilitaristes.
3° De préparer une manifestation nationale contre le régime m.litaire, de préférence avant les élections de juillet.
4. La députation socialiste déposera le plus tôt possible un projet de loi sur la nation armée.
Pierreuse (Etterbeek) explique que la proposition de ce groupe a pour but d’éviter aux jeunes gardes des condamnations.
Nous approuvons les jeunes gardes, mais ne nous servons pas d’eux comme chair à prison. Pour combattre des privilèges comme ceux du militarisme, il faut des lutteurs un peu mûris.
Eu conséquence il maintient sa proposition.
Moulaert (Laeken) se prononce contre la proposition d’Etterbeek qui porte atteinte à l’autonomie des groupes. Les jeunes gens de 20 ans sont mûrs pour discuter la loi militaire puisqu’ils doivent la subir.
Nous ne voulons plus de frontière, plus de casernes, et pour cela nous avons besoin du concours de la jeunesse.
Vandervelde pense que tout le monde rend hommage au sentiment qui a inspiré la proposition d’Eüerbeek, qui
ne veut pas que les plus jeunes supportent toute la responsabilité d’une campagne faite dans l’intérêt de tous.
Mais il ne faut pas porter atteinte à l’autonomie des jeunes gardes. Le Conscrit rédigé par le Conseil général a été poursuivi aussi bien que la Caserne rédigée par les jeunes gardes.
Van Loo. — C’est une erreur.
Vandervelde. — Je maintiens ce que j’ai dit et j’ajoute qu’il me paraît juste de laisser aux jeunes gardes toute initiative dans cette lutte.
Nous avons une brèche à ouvrir dans l’édifice social et je revendique pour tous les membres du Parti ouvrier le droit de prendre place dans les rangs dans la bataille.
Nous dirons ce que nous pensons, sans arrière-pensée, sans nous inquiéter de savoir si c’est ou non contraire à la loi. Si c’est contraire à la loi : tant pis !
Ce que l’on veut frapper ce sont nos tendances antimilitaristes et non tel ou tel article. Nous n’auions pas la préoccupation basse de tourner la loi.
Nous poursuivrons la lutte avec le sentiment d’obéir à notre conscience et nous saluons ceux qui ont eu l’honneur d’être frappés par la justice bourgeoise.
Serwy propose que le Conscrit reste sous la direction du Conseil général avec la collaboration des jeunes gardes.
Jacqmain remercie le citoyen Vandervelde au nom des jeunes gardes.
La prison ne nous fait pas peur ; quand on en sort on est plus énergique pour reprendre la lutte.
La justice bourgeoise frappera le Conscrit rédigé par le Conseil général aussi bien que la Caserne éditée par la Jeune Garde et j’espère que vous voterez pour la reconnaissance du droit des Jeunes Gardes à la publication de journaux antimilitaristes.
Pierreuse (Etterbeek) déclare que la proposition de son i groupe n’a aucun caractère d’hostilité envers la Jeune ! garde. Il y a eu des imprudences commises qui ont entraîné la condamnation, il faut en éviter le retour. Je ! conseille aux Jeunes Gardes la prudence dans la question 1 des manuscrits.
Un délégué. — Cela doit être discuté en séance privée. Approuvé.)
La proposition d’ETTERBEEK, mise aux voix, est repoussée à l’unanimité.
La discussion générale est reprise.
Defnet parle dun projet de loi qui doit être déposé à la Chambre sur la Nation armée.
Le régime militaire actuel est condamné; la majorité n’est pas d’accord sur le régime qui doit le remplacer mais en a été d’accord dans le groupe socialiste pour laisser à la majorité l’initiative de cette réorganisation de l’armée.
Nous voulons voir ce que le gouvernement §e propose de faire afin de mieux pouvoir le combattre s’il présente un projet qui ne nous satisfait pas.
En ce qui concerne la rémunération des miliciens, Defnet croit que cette question doit être discutée en séance privée.
D’aucuns sont d’avis que le vote de cette réforme aurait pour résultat de prolonger le régime actuel. *
Sméets est d’avis que le mouvement en faveur de la Nation armée doit être poussé avec activité. Il y a danger à attendre pour le dépôt du projet de loi sur la Nation armée parce que les électeurs qui ne comprennent pas si bien les questions de tactique, s’impatientent.
Je propose donc le dépôt du projet de loi le plus tôt possible, nous ferons tout ce que nous pourrons pour le
faire voter, nous aurons la satisfaction du devoir accom- '
pli.
Van Loo. — Nous voulons tous supprimer l’impôt du sang et j’estime que la propagande contre cette iniquité doit être poussée avec activité.
Je propose la création d’une publication mensuelle antimilitariste, publication faîte au nom du Conseil général avec la collaboration des Jeunes Gardes. Il est nécessaire d’avoir un organe permanent.
Debarsy (Huy) ne croit pas que 1a. question militaire doive être au premier plan de la plateforme électorale.
Le Président met aux voix les diverses propositions : '
1° La manifestation du 1er Mai aura un caractère anti- | militariste. (Adopté.)
2° Il sera organisé une manifestation nationale antimili- î tariste à la veille de la discussion de la loi militaire et à ' l’époque de la rentrée des miliciens.
Octors estime qu’outre la manifestation il est néces- \ saire de répandre des brochures. Il se prononce aussi pour le dépôt du projet de loi sur la Nation armée.
Levêque croit que pour la province la manifestation nationale serait d’organisation difficile.
Lemonnier est du même avis, il préfère les meetings organisés à l’époque du départ des miliciens alors que les parents ont le cœur ulcéré par l’idée de la séparation de leurs enfants appelés à la caserne.
Ernest estime que la manifestation antimilitariste doit être grandiose et qu’il faut faire une manifestation nationale dirigée par le Parti ouvrier et non pas continuer comme l’a préconisé le citoyen Lemonnier à faire simplement ce qu’on a fait jusqu’ici.
• On a fait une manifestation pour le suffrage universel,
pour la liberté de conscience, et vous ne sauriez pas faire une manifestation pour défendre le sang de vos enfants. (. Applaudissements .)
Ernest défend avec énergie l’idée de la manifestation nationale en septembre prochain, au moment de l’enrôlement des miliciens, au moment où on arrache les enfants à leur mère.
Anseele propose d’ajourner la manifestation à l’an prochain.
Le Congrès décide que la manifestation nationale antimilitariste aura lieu l’année prochaine.
Callewaert est d’avis de faire une propagande acharnée en faveur de la Nation armée et surtout de rester unis pour envoyer à la Chambre le plus de représentants possible.
Vandervelde, au nom de la Fédération bruxelloise, fait appel à la solidarité des compagnons en faveur des grévistes de Hal coupables d’avoir organisé un syndicat ouvrier.
Hénault fait appel à la solidarité aussi en faveur des grévistes du Val-Benoît.
Le produit de la collecte sera partagé entre les deniers des deux grèves.
La séance est levée à 6 h. 1/2.
Demain, séance à 8 h. 1/2 précises.
Le Congrès a été levé au chant de la Marseillaise .
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Séance du Lundi
Le Président ouvre la séance à 9 heures.
Séance privée