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L’ORGANISATION SYNDICALE

Octors donne lecture du rapport suivant :

Le prodigieux développement pris par le Parti Ouvrier en un laps de temps relativement court, prouve combien

ses principes et ses vues répondent au sentiment de la

masse.

Sous son incessante action, des groupements politiques et économiques se créent.

Les ligues ouvrières naissent, même dans les coins les plus retirés du pays ; les groupes de propagande se constituent comme par enchantement, les anciens syndicats se consolident et de nouveaux se forment; nos frères de la campagne eux-mêmes, pourtant si longtemps rebelles à la parole socialiste, manifestent l’intention de se grouper, et les femmes, ouvrières de fabriques et d’ateliers dont l’esclavage semblait devoir être éternel, lèvent aujourd’hui l’étendard de la révolte.

Et, nous plaçant spécialement en ce rapport au point de vue Syndical, nous constatons que si les révolutions économiques avec toutes leurs conséquences, s’accomplissent selon la prophétie des Marx et Engels, elles ont aussi pour effet d’amener au Parti Ouvrier, la masse des travailleurs.

Il est donc réservé à nos Associations professionnelles un avenir brillant dans la lutte contre le régime bourgeois. Elles sont le gros de l’armée socialiste, et elles ont pour mission de soutenir, au besoin par la force, l’action politique : l’acte d’élimination de la classe bourgeoise.

Certes, il n’y a pas à se faire d’illusions. La classe dominante opposera à nos revendications les plus vives résistances ; c’est pied à pied qu’elle défendra le terrain de ses privilèges ; son égoïsme déclassé l’excitera à une opposition énergique et si nos assauts sont rudes, sa défense ne sera pas moins violente.

La guerre est du reste déclarée. Les conflits économiques se heurtent violemment. Les escarmouches, c’est-à-dire les grèves, deviennent de plus en plus fréquentes. On dirait, à les voir se produire un peu partout, que le patro-

nat exécute le mot d’ordre de sa classe : susciter des grèves pour détruire les organisations ouvrières.

Illusions de nos seigneurs et maîtres, il est vrai, mais il est certain que la multiplicité des assauts fructueux ou non doivent fatalement affaiblir une armée, et la rendre beaucoup moins puissante au moment de l’action décisive.

Veillons donc au grain, Compagnons, et ne nous laissons point prendre au piège que nous tend la bourgeoisie.

Evitons les grèves partielles — aussi légitimes qu’elles soient — et préparons nous au contraire de longue main à une action nationalement et même internationalement organisée si possible, précisément parce que les fluctuations économiques ont aussi presque toujours des conséquences pour tous les travailleurs de la même profession.

Si le loch ont des patrons gan tois a échoué, c’est qu’il s’est buté contre la résistance généralisée des métallurgistes.

C’est là un exemple à suivre.

Mais pour faire la guerre il faut des munitions, et les munitions à nous, c’est l’argent.

C’est pourquoi nous avons à examiner si nos associations sont assez bien armées à ce point de vue.

Or les cotisations syndicales sont généralement trop minimes pour faire face à toutes les dépenses nécessaires. Et ces faibles parts servent à alimenter la caisse de résistance, l’utile mais généralement l’unique institution établie au sein de nos Associations.

Nous pensons qu’à côté de la caisse de résistance — qui devrait être centralisée, — il faudrait aussi la mutualité établie, pour plus d’efficacité, par les fédérations de métiers avec l’aide des coopératives.

Nous devrions emprunter aux anciennes formes d’asso-

dation, ce caractère qui a si longtemps fait leur force, et qui devient actuellement une nécessité.

Toutes les Associations professionnelles, depuis la corporation d’avant 1789 jusqu’à la société pour le maintien de prix, toutes avaient au moins pour objet V Assistance mutuelle sous les différents aspects. Et si dans l’ancienne corporation, cette assistance avait un caractère plus égoïste que dans la société de résistance et de maintien de prix, chez nous, l’attention semble trop exclusivement portée sur la question de résistance aux prétentions patronales.

Et c’est précisément en vertu du caractère de solidarité de nos Associations professionnelles, que nous préconisons les institutions de mutualité, car le fait d’avoir abandonné le caractère restrictif et monopolisateur des syndicats à forme archaïque, est un gage de succès, pour ce genre de créations.

Nos adversaires essaient aussi de tirer partie de la mutualité, mais ils n’ont pas la confiance des travailleurs qui comprennent parfaitement que la mutualité ne peut pas être un ~but , mais le moyen de mieux se préparer à la résistance et à l’attaque.

Nous ne so mmes pas de ceux, en effet, qui pensent que la révolte populaire est en raison directe du degré de misère. Nous voyons au contraire le découragement se jeter là précisément où le dénûment est le plus grand. Tout au plus se produit-il de temps à autre des révoltes individuelles mais aussi combien impuissantes î

Le plus grand nombre des affamés en appelle au contraire à la bienfaisance publique ou privée qui achèvent de démoraliser ceux qui y ont recours.

C’est donc au sein de nos propres associations qu’il s’agit de trouver du baume pour les meurtrissures sociales,

qui tout en calmant la douleur mettra dans lame l'indomptable énergie des anciens communlers luttant jusqu’à la mort pour jeter bas le despotisme et la tyrannie.

CONCLUSIONS

Voici donc les conclusions que nous proposons :

1° Les associations professionnelles affiliées au Parti Ouvrier seront à base de mutualité.

2° Si les syndicats sont trop faibles, les fédérations d’accord avec les coopératives établiront des caisses de secours mutuelspour toutes les associations. (Type : Bond Moyson de Gandù

3° L’assistance mutuelle comportera des secours en cas de maladie, chômage, d’accidents de travail et de vieillesse.

4° Là, où il existe des grandes sociétés libres de secours mutuels, les fédérations socialistes travailleront à s’en emparer.

5° Autant que faire se peut, les syndicats majoreront la cotisation, jusqu’à atteindre le taux de la cotisation anglaise 1 fr. à 1 fr. 25 par semaine, en vue de l’affiliation à la caisse générale socialiste de secours mutuels.

Nous ne pouvons terminer ce rapport sans nous appuyer quelque peu sur l’éducation socialiste à inculquer au sein des associations.

Généralement les séances, surtout celles des nouveaux syndicats n’offrent pas assez d’intérêt pour les membres. On se contente généralement d’y traiter des questions purement administratives toujours énervantes et fatigantes, puis on passe à la perception des cotisations et les membres s’en vont sans avoir appris quoi que ce soit concernant le socialisme.

Dans de telles conditions, des questions personnelles, combien regrettables, ne tardent pas à se faire jour, et la bonne marche de l'association est entravée.

Pour éviter ces inconvénients, il serait nécessaire de faire régler les questions administratives par le comité, sous le contrôle de deux membres de la société, et de consacrer la plus grande partie de la séance à une causerie sur un sujet socialiste, à l’étude d’une loi ouvrière ou à l’interprétation de notre programme.

Est-ce que les avantages de la personnification civile des syndicats sont assez connus?

Est- ce que nous connaissons suffisamment les lois ouvrières, les dispositions des lois électorales pour les Chambres, la province, la commune, les conseils de prud’hommes, de l’industrie et du travail?

Combien de sujets utiles à notre éducation socialiste !

A ce propos nous émettons le vœu de voir instituer dans chaque agglomération importante une bibliothèque spéciale qui serait à la disposition des associations professionnelles; cette bibliothèque, placée sous la garde du secrétaire permanent, comprendrait l’ensemble des lois concernant le travail, formant ainsi le code ouvrier dont la confection devrait être laissée aux soins du Conseil général. On y trouverait aussi les listes électorales, les noms des inspecteurs du travail, des œuvres traitant des professions, enfin toutes les statistiques concernant le marché mondial du travail.

L’utilité de cette œuvre n’échappera à personne et les fédérations se feront sans doute un devoir de l’accomplir au plus tôt.

A propos de fonctions, il est à souhaiter que les syndicats comptant plus d’un millier de membres, aient constamment un secrétaire à leur disposition, c’est dire qu’il

s’agirait d’émanciper le plus intelligent et le plus moral des membres pour en faire un secrétaire permanent payé.

Les syndicats anglais ont adopté ce système et ils s’en trouvent très-bien.

Ce sont surtout les fédérations de métiers et les syndicats puissants qui devraient adopter cette mesure.

Dans les régions où les syndicats sont trop faibles, il faudrait au moins un secrétaire payé par la Fédération.

En vue de créer de nouveaux syndicats, il serait bon qu’au sein de chaque fédération se crée un groupe de propagandistes dont les membres se chargeraient d’étudier par enquêtes et par visites une profession déterminée.

En possession des renseignements, ils provoqueraient au moment propice une réunion dans laquelle, à l’étonnement des intéressés même, ils parleraient en connaissance de cause du métier et réussiraient à former le syndicat.

Leur rôle ne serait pas terminé là. A la suite de cette formation, ils auraient à prendre, avec le comité, toutes les dispositions nécessaires pour assurer l’existence du nouveau-né. Ils resteraient donc attachés au syndicat qu’ils ont formé afin de servir de trait d’union entre le nouveau groupe et la Fédération à laquelle il ne tardera pas à le faire affilier.

Généralement deux propagandistes par syndicat suffisent.

Il ne fautpas précisément qu’ils soient orateurs ; pourvu qu’ils sachent organiser, qu’ils aient du tact, beaucoup de dévouement et de patience, et leur entreprise réussira à la satisfaction de tous.

Pour assurer la vie d’uu nouveau syndicat l’expérience

a prouvé :

Que lorsqu’il s’agit d’ouvrières, il faut que les associations soient de préféience mixtes et à base de mutualité, surtout en cas d’accouchement.

De ne pas multiplier les séances et de les terminer toutes par une causerie ou une discussion.

De travailler à améliorer leur situation économique, autant que possible par la conciliation : augmentation du salaire, diminution des heures de travail, etc.

De combattre la tendance de neutralité qui se manifeste parfois, mais d’affilier le groupe dès que la vie lui est assurée.

Enfin nous demandons au Congrès de vouloir reconnaître que les syndicats les plus urgents à constituer sont :

a) Les terrassiers, en vue des grands travaux projetés par le gouvernement, les villes de Bruxelles et de Bruges ;

b) Les briquetiers dont la situation est des plus misérables ;

c) Les débardeurs ;

d) Les bateliers ;

e) Les cochers, camionneurs, emballeurs et garçons de magasin;

f) Les ouvrières de fabrique.

Il n’entre pas dans notre intention de démontrer l’utilité de ces groupements.

Retenons que la réaction a toujours eu recours aux gens des métiers dits inférieurs pour étoufier par la violence les mouvements démocratiques, en spéculant sur leur condition misérable.

En les groupant, nous assurerons au Parti ouvrier une force nouvelle qui dès lors écha opéra définitivement à

nos adversaires dont l'invariable devise est Diviser pour régner .

Compagnons, à l’œuvre pour l’émancipation de notre classe !

Le rapporteur ,

A. OCTORS.

Beerblock (Gand) félicite le citoyen Octors de son rapport; il insiste sur la nécessité de s’occuper activement de la question féminine; il signale la triste situatipn des des ouvrières de fabrique.

Il préconise la création de nombreux syndicats de femme cela avancera beaucoup le socialisme. Ainsi à Gand, dit-il, nous avons 1600 femmes syndiquées qui ont su défendre leurs droits avec la même dignité, la même énergie que les hommes. Tous les mois nous consacrons à la question féminine des circulaires spéciales. Nous avons encore plus besoins des femmes que des Jeunes Gardes.

Le rapport d’Octors est approuvé à l’unanimité.

Hardyns, critique la tendance vers la création de syndicats neutres qui font du tort aux syndicats du Parti ouvrier, tendance qui se manifeste surtout à Verviers. Il propose de répandre une brochure sur cette question.

Les délégués Anversois demandent que les députés déposent à la Chambre une demande d’extension des lois protectrices des travailleurs. Ils demandent la réorganisation de l’inspection du travail, principalement du travail à domicile ; iis préconisent les inspecteurs ouvriers des deux sexes.

Ils demandent enfin la création d’ateliers de production pour tous les groupes corporatifs et favorisés par le associations du pays.

Rahier, de Verviers, explique que dans les syndicats dits neutres, les socialistes sont en immense majorité et font partie de la Fédération qui elle a une nuance politique, elle est carrément socialiste.

Dewilpe, du syndicat des Menuisiers de Bruxelles, demande au Conseil général d’entamer un vaste mouvement en faveur de l’organisation syndicale qui ne doit pas être négligée pour la propagande politique.

Il expose que par leur syndicat, les menuisiers, s’ils n’ont pu améliorer leur situation, sont parvenus du moins à empêcher qu’elle ne s’aggrave. Il signale la concurrence que font aux ouvriers de Bruxelles les ouvriers de la campagne qui offrent leur travail au rabais.

Cela ne se produirait pas si des syndicats étaient organisés dans tout le pays.

Un délégué de Bruxelles signale qu’il existe à Bruxelles un atelier de chômage pour les cordonniers et que la solidarité se manifeste si peu que l’atelier de cordonnerie n'a pas même de l’ouvrage pour un ouvrier.

Lernoux critique les syndicats neutres qui sont nuisibles à l’organisation du Parti ouvrier.

Un délégué, fait observer que le syndicat des typographes de Bruxelles n’esi pas affilié au Parti ouvrier.

Bertrand estime que dans pareil cas il faut créer non un autre syndicat, mais un cercle socialiste comme cela existe pour les ouvriers gantiers.

Mais où il existe un syndicat socialiste, on ne peux admettre la création d’un second syndicat neutre.

Mais où il n’y a pas de syndicat socialiste, il vaut mieux un syndicat neutre que pas de syndicat du tout.

Pirard, de Verviers, expose que les socialistes ne se sont résignés à créer un syndicat neutre, que parce qu’ils

ont acquis la conviction qu’il était impossible do faire autrement.

Les syndicats neutres sont composés en majorité de socialistes, ils l’ont prouvé par maintes résolutions.

Le Président, rappelle que d’après les statuts il ne peut exister deux syndicats de même métier dans une ville.

Houben, délégué des Terrassiers, fait remarquer qu’il faut pousser avec activité la création de syndicats d’ouvriers de cette catégorie à l’approche des travaux de Bruxellesport-de-mer. Il critique le chiffre de 25 centimes l’heure fixé comme minimum de salaires par la députation permanente du Hainaut. Les terrassiers revendiquent le minimum de 0,40 c.

Un délégué de la vallée de la Vesdre, prétend que si les groupes de Verviers ne s’affilient pas, ce n’est pas dans la crainte de voir se retirer de leurs rangs les anarchistes et libéraux, c’est par suite de questions personnelles.

Pirard et Rahier, protestent avec énergie.

Un délégué expose que les syndicats neutres disparaîtront quand on aura voté la personnification civile des syndicats.

Anseele, propose que les socialistes faisant partie des syndicats neutres déposent dans le plus bref délai une résolution d’affiliation de leur syndicat neutre au Parti ouvrier.

Raiiier. — J’y consens, mais à condition que les travailleurs de la Maison du Peuple nous imitent car eux-mêmes ne font pas partie du Parti ouvrier.

Anseele. — Nous sommes d’accord et si comme vous l’avez dit, vous avez 95 % des forces du syndicat neutre, nous fêterons la fin des luttes fratricides à Verviers. f Applaudissements).

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