‹ La quintessence du socialisme (volume 2)Chapitre 98 sur 135 · DEMOISELLES DE MAGASINS · texte numérisé non relu

DEMOISELLES DE MAGASINS

lj Modistes. — Dans les maisons de gros, les demoiselles de magasin sont ordinairement nourries et logées.

Salaire* — Elles touchent, en commençant, de 10 à 15 francs par mois, et restent pendant longtemps au taux de 25 à 30 francs, obtenu après un long stage. Dans certaines maisons, elles arrivent, au bout d’une dizaine d’années, à 40 francs d’appointement par mois : ce sont là des situations absolument exceptionnelles.

Logement . — Nous avons dit qu’elles étaient nourries et logées. Voyons dans quelles déplorables conditions (nous prenons pour exemple une des principales maisons

de la place) : Lit en fer, muni d’une mauvaise paillasse ; les employées sont obligées de coucher à deux.

.V ourrilure. — Mauvaise. Nous pourrions attester que plus d’une employée s’est trouvée malade pendant plusieurs jours, par suite de la mauvaise qualité de la viande de boucherie et de charcuterie. En carême, on ne mange pendant quatre jours de la semaine « que du rijspap à l’eau, des moules et des harengs ».

La margarine remplace le beurre, sur le pain.

Amendes. — Dans toutes les maisons fleurit le système des amendes. Une amende d’un franc est appliquée pour un retard de dix minutes au lever matinal; l’échange de quelques paroles au magasin est puni également d’une amende. Ces amendes sont retenues sur la très faible commission qui est allouée à ces malheureuses exploitées pour les pousser à vendre le plus possible.

Renvois. — On sait qu’il y a ce qu’on appelle la saison d'hiver et la saison d’été. Lorsqu’arrive la morte saison, quelques employées se voient ou remerciées ou renvoyées dans leurs familles pour une couple de mois en moyenne.

Durée du travail. — En été, de 7 heures du matin jusqu’à 10 et souvent 11 heures du soir.

Une heure est accordée aux demoiselles, à midi, pour le diner et, plus tard, une demi-heure pour le goûter.

Les sorties se règlent comme suit : pendant la bonne saison, le dimanche, de 5 heures à 11 heures; pendant la morte saison, tous les jours de 7 à 10 heures et le dimanche à partir de 2 heures.

Disons qu’en ce qui concerne les modistes, la situation des demoiselles de magasin est la même dans les maisons de détail que dans les magasins de gros.

Ajoutons aussi :

1° Que lorsque ces demoiselles avancent en âge et entre dans l’automne de la vie, c’est-à-dire lorsqu’elles deviennent vieilles et laides, on se débarrasse d’elles, sans plus d’égards; car rien, paraît-il, ne déplaît tant aux jolies petites dames que d’être servies par un laideron !

2° Que le luxe qui entoure ces demoiselles (on connaît la frivolité et la faiblesse féminines !) les pousse, dans la proportion moyenne de 60 à 70 p. c., dans la prostitution.

11) Magasins d'épiceries, aunages, merceries, bonneteries, lingeries, confiseries, pâtisseries, charcuteries. — Là, les demoiselles de magasin sont nourries, logées et « lavées (c’est-à-dire que la maison se charge du blanchissage de leur linge). Leur situation est quelque peu meilleure que celle de la catégorie des demoiselles de magasin dont nous venons de parler.

Salaire. — Peu rémunérateur. Rarement au-dessus de 25 francs.

Logement. — Laisse généralement à désirer; on les relègue là où elles prennent le moins de place possible, dans les réduits les moins confortables de la maison.

Nourriture. — Les employées de cette catégorie sont ordinairement bien nourries, parce qu’elles mangent presque toujours à la table familiale, avec leurs patrons.

Sorties. — Le dimanche seulement à partir de 5 heures. — Dans certaines maisons de (confiserie et pâtisserie, notamment), elles ne sortent jamais le dimanche; elles sortent de 5 à 10 heures, un jour de la semaine, à leur choix.

Conditions hygiéniques, particulièrement mauvaises. C’est dans cette catégorie que l’on rencontre le plus de femmes « sèches c’est-à-dire n’ayant guère trouvé l’occasion de se marier. La vie renfermée vicie le sang de

ces malheureuses, qui sont presque toutes anémiées. L’air respirable et vivifiant est rare dans les petits magasins.

III Magasins de tabacs, cannes, parapluies; ameublement; fleuristes.

Péril moral. — C’est dans ces maisons-là que la prostitution fait le plus de ravages, notamment dans les magasins de cigares. Plaignons les infortunées qui, sur la foi de quelque annonce engageante demandant « une demoiselle de magasin ”, viennent échouer dans ces maisons de perdition. Toutes les séductions les y guettent: elles sont bien choyées, bien parées, bien nourries... mais à quel prix! On les fait servir innocemment pendant quelques jours; puis, sous un prétexte quelconque, on leur fait boire du champagne, on les grise et... l’armée du vice compte une recrue de plus !

Les gages sont tarifés d’après le chiffre d’affaires de la maison.

Dans les magasins de cette catégorie, notamment dans les magasins de cannes, de parapluies et d’ameublement, les demoiselles doivent être jolies (il n’y a pas place là, pour celles à qui dame nature a refusé un physique séduisant!); elles doivent avoir des manières distinguées et « aristocratiques », afin de plaire aux clients...

Dans la plupart de ces magasins, il leur est défendu de s’asseoir et de rester inoccupées, alors même qu’il n’y aurait momentanément rien à faire.

Logement : Ordinairement bon. — Sorties : Assez fréquentes! — Appointements ; Très minimes; variant entre 15ef30 francs.

IV) Maisons de confection. — C’est ici que les femmes employées sont les plus à plaindre.

Travail. — Elles ont à travailler sans relâche, du matin

au soir, pour un salaire dérisoire. Souvent le travail est au-dessus de leurs forces; il est, en tous cas, toujours excessif et exténuant. Les demoiselles des maisons de confection ont fréquemment à monter de lourdes pièces d’étoffe. Celles-ci arrivent de la fabrique chargées de poussière ; les employées sont tenues de les épousseter : elles sont exposées ainsi à incorporer des germes pernicieux.

Rémunération : Minime. — Dans une des plus importantes maisons, elles touchent une moyenne de 25 francs par mois, plus une légère commission sur leur ventes, — commission presque toujours absorbée en tout ou en majeure partie par les amendes.

Amendes. — Celles-ci pieu vent dru sur ces esclaves du rayon, qui sont soumises à une discipline outrée, à des règlements draconiens, touchant aux choses les plus intimes. Ainsi, dans certaines grandes maisons, les demoiselles doivent toujours être habillées de noir; elles ne peuvent être chaussées de pantoufles.

Dans certaines maisons, on les oblige à ôter les marchandises de leur rayon et à les replacer deux et trois fois par jour, pour avoir l’air de travailler et faire croire le passant ou le client d’occasion à une vente considérable.

Les demoiselles de la catégorie qui nous occupe en ce moment sont, à chaque instant, victimes de l’arbitraire et des « inspecteurs » et des « premières »: on les punit à tort et à travers, pour des peccadilles ; on leur parle sans égards, grossièrement; on les renvoie à la moindre réclamation.

Si elles sont jolies, désirables, elles se voient l’objet des sollicitations de ceux qui ont autorité sur elles, et l’on voit fréquemment, jusqu’aux directeurs des maisons à personnel féminin nombreux, abuser de leurs employées

qui, dans la crainte de se trouver en disgrâce ou sur le pavé, tombent généralement dans les filets de leurs maîtres sans conscience. Elles n’osent ni résister, ni se plaindre, ce§ infortunées que l’implacable nécessité livre ainsi à ceux qui, non contents de s’enrichir de leur labeur, les font servir encore à leurs fantaisies charnelles.

Nourriture . — Généralement mauvaise et insuffisante.

L<*s employés sont souvent dans le cas de devoir acheter en cachette de quoi apaiser leur faim ou satisfaire leur appétit.

Logement. — Dans presque toutes les grandes maisons de confection, les demoiselles sont logées sous les combles; elles couchent généralement par deux, fort à l’étroit, dans une chambrette mal aérée.

Nous devons à la vérité de dire que les logements de femmes sont, presque partout, situés dans une partie du bâtiment différente de celle qui comprend les logements du personnel hommes.

Le truc de l' apprentissage. — Dans ce genre de maison sévit en plein l’odieux système consistant à engager des jeunes filles de la petite bourgeoisie de province, qui viennent dans la capitale « pour apprendre le commerce », et pour qui leurs parents, désireux d’assurer leur bien-être matériel, payent une pension alimentaire en attendant quelles soient « au courant », et que l’on s’empresse de congédier, sous un prétexte quelconque, dès qu’elles commencent, en effet, à être au courant, et qu’on devrait, décemment, les rémunérer...

Façon aussi commode que peu honnête de se faire servir sans bourse délier et même avec bénéfice !...

Telleest, exposée par le menu, la situation des employées de commerce dans notre agglomération. Nous croyons

devoir faire place ici à quelques considérations d'ordre général , qui s’appliquent à toutes les catégories d’employées dont il a été question dans le relevé que nous venons de faire.

I. Le danger des bureaux de placement , maisons de logement pour jeunes filles sans place, etc... Nous ne ferons ici qu’indiquer ce point, pour mémoire, et nous rappelons qu’il résulte d'une enquête officielle sur la valeur morale de ces maisons, à laquelle il a été procédé par l’édiî ité de la capitale, que sept bureaux de placement sur 13, et dix-sept maisons de logement et de réunions sur 48 (donc environ la moitié de ces établissements) ont été trouvés « mauvais et servant de prétexte à la débauche *>.

II. Des exigences de V hygiène et les conditions de salubrité sont absolument méconnues, en ce qui concerne les employées de nos grands établissement commerciaux. Celles-ci ont fort à souffrir du froid... Il est un nombre considérable de magasins où, par suite de la nature même du commerce et de la marchandise, l’on ne peut pas faire de feu. Or, les demoiselles de magasin passent là, le plus fréquemment sur des dalles, leur journée entière. Et quand, tard, dans la soirée, fatiguées, refroidies, elles regagnent leurs chambrettes (combien primitives, et mal aménagées et conditionnées!), elles n’y trouvent pas davantage de feu ; elles entrent dans une nouvelle glacière. De là, des refroidissements continuels des maladies souvent longues, pénibles et ruineuses; des constitutions ruinées pour toujours. Qui de nous ne pourrait citer des cas de maladies graves et prolongées contractées ainsi à la besogne?

La complexion de la femme réclame des précautions spéciales. Or, on n’a aucune considération d’humanité pour la femme qui se voit obligée de recourir au travail personnel pour vivre.

Nous ne nous étendrons pas (la chose ayant été signalée tant de fois déjà) sur les dangers, pour la femme surtout, de l'attitude debout prolongée...

Dans la plupart des maisons, les employés entrent et restent pendant longtemps (quand on ne les remercie pas) sans rémunération; la maison se charge de leur entretien, on sait dans quelle condition : trop pour mourir, pas assez pour se bien porter!

Employées de bureau

Un mot maintenant des employées de bureau (écritures, comptabilité, correspondance, etc.).

Partout (dans les nombreuses administrations privées, agences, maisons de banque et de commerce, et qui, de plus en plus, recourent au travail des femmes), les journées de travail sont démesurément longues. Or, la constitution spéciale de la femme ne s'accomode pas non plus avec l’attitude assise prolongée).

Les femmes employées aux écritures sont astreintes, presque continuellement, de fournir des heures supplémentaires, non payées ; elles sont à ce point de vue notamment, l’objet d’une exploitation scandaleuse.

Quant aux appointements , ils varient entre 40 et 70 fr. ils sont toujours moindres (et de beaucoup; que ceux des commis-hommes, ce qui présente ce double inconvénient de ne pas permettre à la femme de pourvoir convenablement à ses besoins, de vivre de son seul travail.

Second inconvénient : de laisser inoccupés un nombre considérable d’hommes et de pousser à la dépréciation, à l’abaissement continu des salaires.

C’est d’ailleurs là l’abcès qui mûrit aux flancs de la société actuelle.

Enregistrons aussi le manque d'égards dont trop souvent ont à se plaindre les femmes-employées.

Le contact avec les employés-hommes est aussi pour elles, une source de déboires de toute nature. Elles sont généralement les mal venues dans les bureaux ; souvent les employés-hommes, qui voient en elles des concurrentes, la cause de la baisse des appointements, ne leur prêtent aucun concours, leur suscitent difficulté sur difficulté, embarras sur embarras, cherchent à leur rendre la vie aussi peu agréable et tenable que possible...

Sans compter les abus d’un autre genre auxquels donne fréquemment lieu le contact entre patrons ou chefs et subordonnés de sexe différent, les préférences accordées aux plus jolies, les faveurs dérivant des sympathies personnelles, le dédain des moins jeunes ou des moins jolies, le favoritisme, et le reste...

En dehors du repos du dimanche (le plus souvent encore, dans bien des bureaux, l’après-midi seulement) jamais de congé.

Nous croyons avoir fourni l’exposé le plus fidèle et le plus complet possible de la situation des femmes employées et de leurs conditions de travail dans notre agglomération. Nous avons fait ce que nous avons pu; nous y avons mis la plus grande somme possible de scrupule et de bon vouloir.

Nous serons heureux de pouvoir compléter notre modeste travail par les faits et renseignements que vous voudrez bien nous fournir et par des considérations qui ont pu nous échapper et qui, sans doute, surgiront au cours de l’échange de vues que, nous l’espérons bien provoquera le présent rapport.

Pour terminer, nous croyons devoir formuler quelques conclusions pratiques. La plupart vous sont ccimues, d’ailleurs; elles figurent au programme, relativement très complet, de nos revendications, et nous pourrions à la rigueur nous borner à déclarer que notre programme concerne les employés des deux sexes.

Certes, l’idéal serait que la femme restât dans le rôle naturel qui lui est assigné et qu’elle se bornât à donner à la communauté des enfants sains et robustes et à les élever dans les meilleures conditions physiques et morales; qu’elle pût n’ètre que compagne, mère et éducatrice; que sa vie appartint par conséquent essentiellement au foyer.

Mais comme il ne pourra en être ainsi que dans une société autrement constituée, fondée sur la fraternité vraie et la solidarité universelle; dans la société de l’avenir, à l’édification de laquelle nous travaillons tous, nous socialistes, et dont nous préparons l’avènement; dans une société où il n’y aura plus d’hommes qui, sans travailler eux-mêmes, vivront du ti avait d’autrui; où tous devront fournir leur « contribution « en travail à l’entretien et au bien-être de tous, mais où tous ne travailleront que pour la collectivité et dans les limites des besoins de celle-ci, et où 1rs femmes pourront être les véritables compagnes de l’homme et les véritables éducatrices des petits et ne devront être que cela.

Comme il ne peut être question actuellement encore dq cet état de choses nouveau, et comme il importe de tenir compte des réalités, nous avons à accepter le travail des femmes, à le considérer, dans une certaine mesure, comme une nécessité (il y a, sur le globe, des millions de femmes qui ne se marieront jamais!).

Mais il faut, tout au moins, que le travail des femmes soit réglé selon l’équité et de manière à ce qu’il ne soit ni

ne devienne une nuisance, ni pour elles-mêmes, ni pour les hommes qui ont, d'une manière plus générale, à assurer par un travail quelconque leur subsistance et celle d’autres

êtres.

Nous posons à cet égard les principes que voici :

à) La femme doit être armée tout aussi bien que l’homme pour la lutte pour la vie (d’où la nécessité d’une préparation professionnelle sérieusement organisée).

b) Le travail de la femme ne peut faire au travail des hommes une concurrence désastreuse. Pour cela; à travail égal, salaire égal, et pas de travail non rémunéré; donc,une fois de plus, nécessité d’une réglementation du travail .

c) Le salaire de l’homme doit être tel que la femme mariée puisse se consacrer exclusivement aux travaux ménagers.

— Cette réglementation est d’autant plus nécessaire et plus urgente que le travail des femmes (mariées et non mariées) prend une extension véritablement inquiétante ; inquiétante à divers titres : au point de vue de l’avilissement de la main-d’œuvre et de la baisse des salaires, au point de vue familial comme au point de vue de la conservation de l’espèce. (L’alimentation insuffisante, le labeur exagéré et les mauvaises conditions hygiéniques sont cause d’un dégénérescence, grosse de dangers économiques et sociaux pour l’avenir).

— Nous voudrions notamment — et transitoirement — voir appliquer aux employées les mesures protectrices déjà mises en vigueur dans notre pays pour certaines catégories d’ouvrières :

Aussi, la disposition portant que les femmes de 16 à 21 ans ne peuvent travailler que les six jours ouvrables, — la disposition assurant quelques semaines de repos (le

salaire ayant cours), aux femmes en couches, après la délivrance, etc...

Nos revendications relatives à la fixation d7un minimum de salaire, à la limitation de la durée de la journée do travail, au repos du septième jour, visent, évidemment, les travailleurs des deux sexes et de toutes catégories, quelle que soit la nature du travail.

Le remède pratique immédiat le plus efficace, réside incontestablement dans l 'organisation syndicale , à laquelle nous ne saurions pousser avec trop d’énergie. Pour l’organisation de syndicats d’employés et d’employées ou pour la constitution d’une Fédération de syndicats, nous devons pouvoir compter sur l’appui moral et pécuniaire du Conseil général du parti.

Que les femmes se groupent en syndicats distincts ou qu’elles renforcent les syndicats existants.

A Bruxelles, le syndicat des employés socialistes leur est ouvert; à Liège, idem.

Et le jour où, sentant combien elle est exploitée et consciente de la situation inique qui lui est faite dans l’organisation économique actuelle, la femme combattra avec ténacité, à côté de l’homme, pour le relèvement des salaires, pour la réduction des heures de travail et pour le respect de la dignité humaine, ce jour-là elle verra luire l’aurore des temps nouveaux et ce sera la fin de son esclavage...

Et la fin de son esclavage, à elle, marquera aussi le commencement d’une ère nouvelle pour l’humanité entière.

Qu’elle vienne donc se placer sous l’égide du parti ouvrier, qui lutte contre tous les abus et toutes les in jus-

ticis et qui est le parti de tous ceux qui peinent et qui souffrent, le parti des humbles et des faibles, des opprimés et des exploités... C’est dans ce sens et vers cette fin que doit s’exercer notre persévérante action.

Le délégué du Syndicat des Employés de Bruxelles dépose ensuite le rapport suivant :

Pendant bien longtemps on a considéré les employés de commerce, voyageurs, etc., comme étant des salariés d'une classe supérieure aux travailleurs manuels.

Cette idée, qui domine encore malheureusement aujourd’hui dans l’esprit de certains de nos législateurs et d’une quantité nullement négligeable d’employés, fait que nous nous trouvons dans une situation d’infériorité au point de vue des lois qui nous régissent.

Nous savons que tous les intéressés ne pensent pas comme nous, mais seulement, pour l’observateur, quel changement constatons-nous depuis 1893. Alors que de tous temps les employés dans leurs Congrès refusaient de recourir à l’intervention de l’Etat, nous les voyons dans les Congrès de 1893, à Anvers, et 1894, à Grand, voter plusieurs propositions en faveur de l’intervention de l’Etat.

Nous tenons à ce que l’on reconnaisse en haut lieu que nous ne sommes que des travailleurs, que tout comme le menuisier, le mécanicien ou le bijoutier, l’employé a un maître, qu’a l’égal du travailleur manuel, nous connaissons les conséquences du chômage et de la faim.

Nous tenons à déclarer qu’il ne peut exister de différence entre les revendications des travailleurs manuels et intellectuels, que tous nous sommes des opprimés, que peut-être nous sommes, au point de vue de la législation, dans des conditions d’infériorité; enfin ce que nous

voulons c’est que nos députés dans tous leurs projets de loi se disent, bien qu’il faut réclamer justice pour tous, en nous plaçant sous le même jour que les travailleurs manuels.

Compagnons Délégués,

Vous excuserez ce préambule fatalement nécessaire pour aborder la question du

Page 1