CHAPITRE lY
SüPPUESSIO?^ DES CAPITAUX DE PRET, DU CREDIT, DES FERMAGES, DES LOYERS, DE LA BOURSE, ETC.
Le principe socialiste est opposé non seulement au maintien de la propriété individuelle des moyens de production privés directement exploités, c’est-à-dire des entreprises privées (aflaires individuelles, sociétés par actions et autres associations de capitaux privés), mais encore de la propriété individuelle des sources indirectes de revenus, c’est-à-dire de tout le système actuel de crédit, de prêt, de loyers et de fermap’e.
Le crédit d’Etat et le crédit privé, les capi- ; taux de prêt en général sont incompatibles avec * l’Etat socialiste. Et, en effet, le socialisme pcé-^ tend supprimer radicalement les dettes d’Etat i et les dettes privées, le système des loyers et des fermages, et toutes les valeurs de Bourse existantes. Tout au ]>lus consentira-t-il à racheter ces titres au prix d’un certain nombre de parts de moyens de consommation.
Il condauiiie toute aristocratie propriétaire ])ermanente, héréditaire, fondée sur l’argent et les rentes, noblesse foncière ou financière.
Tout au plus admet-il une aristocratie du mérite personnel.
Pour bien comprendre ce bouleversementqui, àluiseul, imprimerait à toute notre vie sociale une physionomie tout autre, il suffit de s’attacher à l’idée fondamentale du socialisme.
La communauté posséderait et entretiendrait la totalité des moyens sociaux de production; elle seraitle capitaliste universel ! Gomment, dans ces conditions, concevrait-on une transmission privée du capital à titre de prêt à des entrepreneurs privés, c’est-à-dire un crédit productif’, alors qu’il n’y aurait plus ni capitaux privés, ni entreprises privées ?
Le crédit de consommation ne pourrait être accordé que par la communauté, pour mettre les individus à l’abri du besoin, et seulement comme une avance sur le travail futur du débiteur. Dans Prêtât socialiste, — et il s’en fait un mérite — le crédit de consommation disparaît, et avec lui le crédit usuraire qui s’abat sur les nécessiteux. La communauté viendrait en aide à ceux de ses membres qui en auraient l^esoin, ou leur fournirait des avances, inscrites à leur (•ompte social, et recouvrables sur le produit de leur travail ultérieur. leur actif, elle pourrait à la rigueur inscrire leurs épargnes, les recevoir à titre d’assurances pour l’avenir, lorsque l’individu voudrait réserver une partie de. ce que lui vaut son travail. Ainsi l’assurance personnelle ne serait pas supprimée purement et simplement, mais elle ne pourrait plus être établie sur les revenus de capitaux, ni sur les
spéculations financières, mais bien uniquement sur des versements prélevés sur le travail fourni, ou sur des avances consenties sur le travail ultérieur.
11 n’y aurait plus de fermage, attendu que les fermes sont des moyens de production, et seraient donc propriété collective.
Il n’y aurait plus de location de magasins de vente, puisqu’il n’y aurait plus de commerce privé.
La location des logements serait également supprimée, puisque dans l’Etat socialiste toute perception de rentes foncières serait réprouvée : car on n’introduira de l’ordre et de la stabilité dans l’habitation ouvrière que lorsqu’on la soustraira à la charge usuraire des loyers, et ([ue la société l’organisera méthodiquement en tenant compte des lieux où s’exerce chaque métier.
Le crédit de l’État serait devenu superflu, car tous les besoins extraordinaires qui lui incomberaient, il ne pourrait les satisfaire qu’en puisant aux réserves publiques, avec autorisation régulière.
On conviendra que toutes ces déductions sont des conséquences strictes du principe fondamental. Elles en sont déduites, les unes plus généralement, les autres moins, et le socialisme en a une conscience plus ou moins claire.
Or, supposez qu’il n’}' ait plus ni actions, ni papiers d’Etat, ni lots, ni priorités, ni hypothèques, ni titres de rentes privés, ni bail de fermage, ni revenus de louage. 11 est bien évident
que cette abolition de tout le système de revenus privés transformerait complètement la vie sociale d’aujourd’hui. Ce serait porter une atteinte profonde, non seulement aux conditions présentes de la fortune et des revenus, mais aux usages actuels de la consommation et des besoins, aux dépenses de luxe et à la production de luxe, et les besoins seraient singulièrement nivelés. En particulier, il n'y aurait plus de Bourse.
Bien entendu, le socialisme ne s’émeut pas de l’objection que tous ces bouleversements mettraient en péril l’avenir des classes cultivées et possédantes. 11 répond en réclamant pour les fils des prolétaires un droit égal à la propriété, à l’instruction et aux jouissances de la vie, et promet à tous ceux qui voudront travailler un bien-être moyen. Le plus qu’il puisse admettre, c’est le rachat des titres de rentes moyennant une quantité donnée de moyens de consommation, divisée en annuités, et payable pendant l’époque de transition. ^lais il est résolu à mettre fin radicalement aux monstrueux abus du crédit public et privé, et aux pillages éhontés des gens de Bourse.