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INSUFFISANCE DE LA SIMPLE THÉORIE DU COUT

COMME MESURE DE LA ALALEUR POUR l’oRGANISA- TION COLLECTIVE PRATIQUE ET RÉALISABLE DU TRAA’AIL ET DU CAPITAL.

Eli poursuivant la quintessence du collectivisme dans le champ des principales catégories de réconomie politique, nous nous demanderons d’abord, en suivant l’ordre usuel chez les économistes, comment on déterminera les quantités nécessaires (les besoins) des différentes espèces de biens dans l’état de production unitaire des socialistes. Le besoin est le plus puissant ressort de l’activité économique. ])ans le mécanisme de la production et de l’échange, il est le poids régulateur, la force qui détermine le renouvellement substantiel du corps social, de tous ses organes et aussi de tous ses éléments.

Actuellement, le total du besoin social en toute matière est obtenu en faisant la somme

des besoins des ménages isolés. Gliaciin les évalue en ce qui le concerne, et s’adresse aux commerçants, chez qui les besoins isolés s’additionnent, formant les premiers totaux partiels de la demande générale ; puis le commerce dans son ensemble, qui incorpore toute la demande sociale, fait la somme totale de tous les besoins individuels. C'est la demande qui traduit l’ensemble des besoins en regard de l’otTre de la production sociale. — D’autre part, l’offre de biens destinés à l’entretien et au renouvellement social est également représentée par le commerce ; car c’est au commerce que les entreprises privées de production, qui opèrent en régime de libre concurrence, remettent leurs produits et en confient la vente.

Dans l’économie individualiste- libérale d’aujourd’hui, la détermination des besoins individuels est donc absolument libre, et la satisfaction de ces besoins n’est socialement limitée que par la concurrence d’achat, en vertu de laquelle celui qui paie mieux accapare aussitôt les marchandises, au détriment du consommateur qui n’est pas en état de payer aussi bien.

La libre fixation des besoins est certainement la base fondamentale de toute liberté en général.

Si les moyens d’existence et d’éducation étaient mesurés d’après une règle imposée du dehors, personne ne pourrait vivre ni se former selon les exigences de son individualité ; il n’y aurait plus de liberté.

C’est pourquoi il importe de savoir si le* so-

cialisnie abolit ou non la liberté individuelle et la fixation personnelle des besoins. S’il fabolit, c’est donc qu’il est hostile à la liberté, à toute individualité, et, par conséquent, il est hostile à la civilisation, et il ne saurait satisfaire jamais les instincts les plus profonds de rhomme.

Pour répondre à cette question, il faut bien dire que le socialisme a fait tout son possible pour se rendre inadmissible. Ses représentants les plus riches d’imagination se sont bien préoccupés de varier les jouissances, mais non pas d’assurer la liberté individuelle dans la conduite de la vie, c’est-à-dire dans la sphère oii Pindividu se replie sur lui et sur ses proches, pour échapper au souci de ses alfaires, de son travail, pour se reposer, sentir, se former, se mouvoir, librement, en personne indépendante.

(^)uelques socialistes ont promis au prolétariat un luxe collectif presque royal^ en fêtes i publiques, en jouissances artistiques, etc., mais j c’est à peine s’ils ont laissé une miette de li- : berté au ménage privé, aux besoins individuels ; ^ tout au moins n’ont-ils pas montré comment; cette Idmrté demeurait possible b j

t, La critique de Schaeffle est exagérée ici. Fourier, qu’il vise surtoul dans ce passage, laissait absolument intacte la libre détermination des besoins par les individus euxmêmes. Il sacrifiait le ménage dans le sens matériel du mot, c’est vrai, mais parce que, selon lui, les ménages morcelés ne pourraient pas satisfaire les besoins des intéressés. Seuls les communistes de la vieille école autoritaire prêtent le liane à la critique de Schaeffle sur ce point spécial. ^Note de BÊnoîï Mai.on.)

Il est possible que cette conception ne soit qu’un accessoire, une de ces exagérations qui accompagnent ordinairement les idées nouvelles à leur début, comme le montrent les romans utopiques de tous les temps. C’est pourquoi il vaut mieux nous attacher aux conclusions qui découlent logiquement du principe fondamental du collectivisme.

Nous constatons bien que d’énormes bouleversements s’accompliront dans la forme que prendra le besoin social. Les grands rentiers de toutes sortes cesseraient d’exister ; de sorte que la consommation du luxe privé deviendrait excessivement restreinte ; en revanche, le luxe des établissements publics s’étendrait toujours davantage, et lésinasses auraient droit à des divertissements et à une instruction de qualité infiniment plus raffinée.

Mais, de l’abolition de la propriété privée des moyens de production, ne résulte ni l’abolition de la liberté de choix en ce qui touche les besoins individuels, ni Labolition de la vie de famille, ni l’abolition de la libre sociabilité privée.

La production collective organisée en corps de métiers comporterait assurément une statistique journalière, hebdomadaire, mensuelle, semestrielle, annuelle, des besoins individuels et familiaux, au moins aussi bonne que celle qu’opère aujourd’hui la demande qui règle le marché ■ et cette statistique permettrait à la production nationale de se régler, en ce qui regarde la qualité et la quantité des produits, sur les besoins librement exprimés.

On peut même dire que les oscillations des besoins seraient bien moins grandes que dans l’état actuel, car dans l’Etat socialiste, le prolétariat et la ploutocratie ayant disparu, l’ensemble du peuple constituerait une moyenne ayant des besoins uniformes. Sans doute il devrait y avoir des entrepôts de réserve pour assurer Eéqiiilibre entre l’offre et la demande des produits ; mais ces entrepôts existent dès à présent, sous la forme de magasins commerciaux.

A vrai dire, l’État pourrait radicalement éliminer les besoins qui lui paraîtraient nuisibles, en ne produisant plus pour eux; et c’est pourquoi les végétariens, Baltzer entre aulres, tendent vers le socialisme. Mais il n’y a pas d’inconvénient'à éloigner du corps social les produits falsifiés et nuisibles. Quant à éviter l’abus dans cette œuvre d’épuration et l’absurdité des tempérants outranciers, il n’y aurait qu’à s’en rapporter au sens puissant et universellement développé de la Idjerté individuelle.

En somme, il n’y a point de raison de prétendre que, du fait que la production serait collective et unifiée, il résulterait que la détermination des besoins même individuels dut être réglée d’ollice par EÉtat. Nous insistons énergiquement là-dessus, car si le socialisme voulait abolir la liberté des besoins individuels, il devrait être regardé comme l’ennemi mortel de toute liberté, detoutecivilisation, de tout bien-être intellectuel et matériel. Tous les avantages qu’ap porte avec lui le socialisme ne compenseraient pas la perte de cette liberté fondamentale.

C’est pourquoi, en abordant le socialisme, il faut d’abord l'examiner à ce point de vue. S’il donne inutilement à son principe de production un corollaire pratique de nature à mettre en dano-er la liberté de conduire et de réoder la vie

individuelle, il est inacceptable, quoi ([u’il puisse ])romettre et nous offrir en effet. L’ordre des choses actuel, malgré ses difformités, est encore dix fois plus libre et dix fois plus favorable à la civilisation L

Passons maintenant de la catégorie des besoins aux catégories de la production, et, de la circulation, au capital productif et circulant.

Nous avons vu jusqu’ici que c’est justement dans ce domaine que le socialisme opère les plus profondes transformations. Il ne doit plus y avoir de capitaux privés, par conséquent plus de concurrence entre capitaux privés, et ils doivent disparaître graduellement ou soudainement. '

Ils seront remplacés par une organisation publique, juridique, du travail national socialement ordonné et mettant en œuvre la collectivité du capital productif, par un système collectif

(1) J. S. Mill, dans ses Principes d’économie politique, après avoir vivement critiqué le communisme autoritaire, ajoutait : « Si cependant il fallait choisir entre ce communisme avec ses chances et le maintien indéfini de la société actuelle, je préférerais encore le communisme. » J. S. Mill avait raison : une organisation égalitaire, quelle qu’elle soit, serait supérieuce au brigandage social régnant qu’illustrent tant d’oppressions, tant d’iniquités et tant de souffrances. (Note de Benoît Malon).

d’emmagasinage et de transport des produits, destinés à être ensuite délivrés aux individus à proportion du temps de travail porté en (‘ompte qu’ils auront consacré à la production sociale, et d’après un prix des denrées exactement calculé sur les frais moyens de production.

Cette organisation du capital et du travail serait évidemment incompatible avec le maintien de la spéculation, des entreprises privées, du marché, de la Bourse, de l’argent monnayé, des revenus privés de toutes sortes ; et, de cette incompatibilité, le socialisme se fera le plus grand mérite.

Pour les esprits habitués aux conditions sociales présentes, ces conséquences du système socialiste de production apparaîtront tellement inconcevables qu’il est utile de les examiner en détail. Mais il est un point essentiel que nous devons provisoirement écarter, car, pour en parler avec détail, il faut préalablement connaître la théorie socialiste de la valeur : c’est la manière dont on intéresserait les individus à la vie économique dans l’Etat socialiste.

Occupons-nous d’abord de l’organisation de la production et de la circulation des richesses.

Les moyens de communication qui sont également nécessaires à la production et h la circulation seraient pul)lics, comme, pour la plupart, ils le sont déjà aujourd’hui. Ils serviraient aussi aux individus, pour leurs voyages el leurs correspondances, comme actuellement ; chacun pourrait acquérir des l)illets et des timbres, en échange du gain produit par son travail.

Tout transport di affaire, de marchandises, au contraire, aurait un caractère public et collectif: transport des forces de travail, des matières premières, des matières ouvrées et des produits achevés, le tout passant des établissements publics de production aux magasins de livraison, sous une direction publique, unitaire. ^

Une rétribution particulière pour les transports de marchandises ne serait pas concevable ; car c’est la société tout entière qui fournit et entretient le capital nécessaire aux organes de communication; c’est elle qui paie le personnel des transports en lui délivrant des bons sur les magasins publics, selon la quantité et la durée de leur travail.

Le contrôle de cette organisation des transports n’aurait donc à veiller que sur le chargement régulier, Futilisation des voies les plus directes et les moins coûteuses, la livraison bien exacte, sur le bon entretien et la bonne utilisation des moyens detransport, et enfin sur la comptabilité des frais d’exploitation.

Tout cela est encore très concevable du jioint de vue des idées actuelles, car diverses institutions de communications et de transports sont déjà publiques et centralisées, comme par exemple les postes et les télégraphes, ainsi qu’une partie des chemins de fer, et presque tout le monde en est satisfait.

Mais il est beaucoup plus difficile de se représenter le socialisme réalisé dans la production des matières premières et la production

industrielle. C’estpourquoi nous allons procéder d’abord par définitions négatives.

11 n’est pas nécessaire que le socialisme tranforme immédiatement et tout d’un coup toute la production privée en production sociale, toutes les entreprises privées en fabriques d’État, et toutes les directions de la production en administrations économiques sociales. Il peut, dans cette œuvre de réorganisation, procéder graduellement, et transformer fune après l’autre les branches productives en organes collectifs; il pourrait procéder régionalement, appliquer d’abord son effort aux branches de la production déjà centralisées en grandes entreprises, et les remettre à des corps juridiquement constitués, à de grands syndicats dirigés par l’autorité de l’Etat.

Les produits du travail social seraient jetés sur le marché libre ou livrés à un taux fixé d’après la quotité de capital et de travail incorporée. Le montant serait jiartagé entre les travailleurs publics, lesquels, quant à leur rendement, auraient intérêt à se contrôler réciproquement et à se discipliner eux-mêmes.

Seules, les parties socialisées de la production formeraient un corps de capital et de travail solidaire, auquel d’autres branches de production seraient libres, jusqu’à nouvel ordre, de se joindre ou non. La grande force attractive qu’exerceraient les élablissements socialisés jiroviendrait des avantages positifs qu’ils offriraient.

11 ne serait nullement nécessaire que chaque

genre fût compris clans l'organisation socnale de la production ; par exemple, la production de rindividu pour son propre entretien, ([ui n’a point la vente pour objet, pourrait parfaitement, en principe, rester séparée.

Les travaux et les services c|ue leur caractère de services personnels soustrait à toute centralisation, comme la médecine, les arts, pourraient même être abandonnés à la concurrence libre, et seraient payés par les clients à l’aide de bons de travail, ou bien l’indemnité privée pourrait, pour ce genre de services, être com- ])inée avec le système déjà existant des émoluments publics. Cette manière d’intéresser les individus demeure concevable lorscpi’il s'agit de professions à services personnels, oii le capital ne joue aucun rôle important. Seulement, les services personnels cpii nécessitent un grand capital devraient être transformés en fonctions publiques et salariées, en administrations de capitaux publics. Ce genre de fonctions socialisées, ofliciellement appointées, existe déjà dans- l’Etat, l’école, la commune.

En général, le mode socialiste de production n’est pas une chose entièrement nouvelle, mais une simple généralisation des entreprises publiques et des services publics. C’est pourquoi c’est bien mal s’y prendre que de reprocher au socialisme de supprimer radicalement l’Etat et la Commune. Il est, tout au contraire, du pomt de vue économique, la généralisation du principe même des Etats et des communes ; 'il est l’extension à la production sociale tout

entière du concept de la fonction publique, sociale.

Réalisable ou non, le principe collectiviste est théoriquement un principe social. 11 soustrait la production à l’action aveugde de la concurrence anarchique, pour le confier à une organisation unitaire, mais aussi fédérative. C’est pourquoi les partisans de cette doctrine prennent le nom de socialistes^ c’est pourquoi ils condamnent le régime économique bourgeois comme anarchique, comme incohérent, comme antisocial, comme purement individualiste, comme livré à tous les abus. Quiconque connaît quelque peu la littérature socialiste s’abstiendra donc de reprocher aux socialistes d’être des ennemis de l’État et de la société, car ces reproches sont justement ceux que les collectivistes font avec plus de raison à leurs adversaires libéraux.

Pour le socialisme réalisé, le suflVage universel n’est pas absolument nécessaire. Sans doute, pendant l’époque transitoire de sa lutte contre le libéralisme, le socialisme ne renoncera pas à ce mode de suffrage. ]Mais quand l’organisation unitaire du travail sera devenue une réalité, l’État socialiste possédera, à un plus haut degré, dans des proportions plus vastes, la solide et robuste structure organique et corporative qui a été celle du moyen âge.

Il faut à l’Etat individualiste les supercheries de ses constitutions et le mensonge de ses systèmes de représentation pour n’arriver à restaurer que l’antique représentation des états; et l’Etat individualiste comporte infiniment

moins bien que le socialisme une structure vraiment organique. Gela est évident, et le socialisme le sait fort bien, quoiqu’il n’ait pas encore le loisir de songer à ce que sera sa constitution politique définitive.

Le principe d’une organisation collective de la production n’est donc pas davantage en ce sens anti-étatiste, et l’on ferait bien de renoncer à ces formules manifestement insoutenables. Toute la centralisation de l’État libéral va au devant du socialisme et est, pour ainsi dire, du même sans-.

L’œuvre capitale de philosophie juridique de Lassalle, le Système des droits acquis, se résume dans l’idée politique qu’aucune fonction sociale ne doit être l’objet d’une appropriation individuelle du capital, que la main-mise privée sur la production sociale est exactement aussi antisociale et féodale que l’était autrefois la souveraineté héréditaire des nobles substituée h celle de l’État.

11 n’est ni moins usuel ni moins faux de déclarer que le socialisme ne léra que généraliser les défauts bien connus des exploitations actuelles en régie^ On fera bien de ne pas trop faire fond sur cet argument.

D abord, il existe- dès à présent des travaux en régie qui sont d’une valeur économique supérieure ou du moins égale à l’industrie capitaliste : tels sont les postes, les. chemins de fer d État, les télégraphes, les entreprises ^communales de l’eau et du gaz, etc.

Dautie part, les socialistes peuvent alléguer

(lue les travaux en régie de l’État individualistecapitaliste et les travaux organisés de 1 Etat socialiste partent de principes totalement dilierents. 11 est exact qu’aujourd’hui les (iirect(îiir& et les iravailleurs'des fabriques de l’Etat n ont aucun intérêt à produire économiquement pour le bien de l’État; qu’ils travaillent bien ou mal, l’État leur donne le salaire convenu. 11 en serait autrement si chacun recevait d’autant plus que tous produiraient davantage, dans toutes les branches de la production. Alors, le travailleur s’intéresserait personnellement au rendement total de toutes les branches de l’industrie. Le contnMe économique et la discipline du trayml, qui deviennent de jour en jour plus impossibles en régime de production capitaliste, au gf»»" détriment de sa stabilité, seraient dans 1 Etat socialiste beaucoup mieux garantis par les primes collectives, car chacun, en ce qui regarderait son salaire et sa prime, serait interesse à ce (lue le paresseux et le mauvais travailleur n’eussent pas une solde complété ; chacun serait intéressé à ce que le coût moyen du tra^all lu le plus bas possible, car c’est d apres ce cou. que serait déterminé le prix des produits sot'iaux, et une quantité donnée de bons detiaYil permettrait d’en acquérir d'autant plus que es frais sociaux de chaque genre de biens seraient

moins élevés. ,

Cet argument est triiS fort, car de ce que système de régie actuel, dans une civ.hsatio. où la forme collective d’entreprise est un. exception, donne de mauvais résultats, i n e-

pas penins d’en rien induire quant aux résultats eoono.n.ques d’une exploitaliin sociale ^n ^

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associes étroite, nent aux intérêts privés de lacun. En un mot, l’observateur sérieux et impartial ne peut pas se contenter de cette réfutation courante du socialisme, selon laquelle

i^astreux des entreprises actuelles de réoie II

sans''de‘"l“‘'’l''’'' '’'®.",'’®''-0"^'nander aux partisans de I ordre social existant de ne point se

‘='’‘‘'fl''es valent contre P ogiamme social-démocratique de Gothama. ce socialisme-là n’est pas L seul conce-’

la L^,|uestion principale est tout autre, et

jamais en mesure de leahser sur son propre terrain, an même desré ou a un plus haut degré, la grande vérité nsil f/’^agujue et In fécondité économique du prL <-tpe indwiducdisle, en vertu duquel Vihtérêt

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test pourquoi nous voulons l’éclairer de -^Icpies remarques critiques, quoiqueTotre •lie consiste essentiellement à dégager exac-

tementla quintessence, le contenu du socialisme.

Nous ferons d’abord observer que, dans sa formule actuelle, le socialisme n’a pas encore expliqué comment, jusque dans ses moindres détails, le vaste organisme collectif des capitaux et du travail aboutira à des conduites individuelles harmonieuses et fécondes.

D’un centre unique, ni la menace des pénalités, ni l’appel au peuple et à ses devoirs, ni aucun autre procédé n’obtiendra que, sur toute l’étendue de la production unifiée, chacun pro- , duise le plus de richesses possible, au moindre fraispossible, c’est-à-dire que l’on produise par- ; tout économiquement, que personne ne gaspille . le temps, ne gâche ou n’utilise sans ménagement ^ la matière première; que dans chaque domaine; industriel les moyens de production soient; toujours renouvelés à temps et pour le mieux,, tant au point de vue technique qu’au point de vue du rendement quantitatif ; que le travail,; dans l’échelle des qualifications, soit estimé à^ sa juste valeur; que les employés de la produc-| tion sociale, jusqu’aux bmniarques de Fourier,' n’exploitent pas davantage, ne détournent pas davantage, n’engloutissent pas plus de plus-’ value, ne Iraudent pas plus qu’il n’arrive dans la société capitaliste actuelle.

11 ne sullit pas, dans une communauté de production composée de millions d hommes, que le producteur A sache que son revenu de travail social dépend du fait que les 909.991 autres coopérateurs seront aussi appliqués qu( lui-inéme. Cela ne sufïit pas pour éveiller h

contrôle nécessaire, pour étouffer le penchant à la paresse et à la malhonnêteté ; pour empêcher le détournement du temps de travail au préjudice de la communauté, pour rendre impossibles l’égoïsme et la ruse qui se traduisent par une taxation non équitable des travaux individuels.

Le socialisme devrait faire l’intérêt privé de chacun solidaire du rendement général à un degré au moins égal à celui que réalise la société actuelle. Il devrait savoir récompenser chaque section pour les rendements collectifs extraordinaires, ou, au contraire, lui faire porter la peine de ses négligences ; il devrait aussi bien que le régime actuel, et mieux encore, savoir distinguer, signaler et glorifier les progrès techniques, récompenser les services rendus h la communauté parles individus. II devrait enfin savoir diriger les innombrables forces de travail sur le point précis où leur rendement sera le meilleur, non pas par la contrainte du commandement, mais par la puissante impulsion de l’intérêt inviduel.

S’il ne remplit pas toutes ces conditions, le socialisme arrivera, et à grand peine, à réaliser -ine répartition plus équitable du produit national, mais il ne pourra obtenir à coup sûr une noduction sociale plus féconde que la producion moyenne acquise par béconomie capitaliste Il moyen de la surexcitation de l’intérêt privé ^t par la fixaüon des prix, non pas uniquement . après le prix de revient, mais aussi et surtout ■ après la valeur spéciale, locale, momentanée, es travaux et des biens pris un à un.

Nous sommes bien éloigné de penser que le socialisme ne puisse y arriver. La discussion scientifique sur celle grave question en es encore à ses débuts. Mais ce que I on peut aflirmer sans crainte de se tromper c est^ qu a l’heure qu’il est, le programme socialiste n oüre pas encore ces garanties; c’est qu aujourd hui il ne se fait pas encore une idée très claire de 1 or-

oanisatlon nécessaire des primes au travail. Lt cependant, il est hors de doute que, le puissant ressort de la concurrence capitaliste une lois brisé, il serait de toute nécessité de donner a la concurrence du travail l’impulsion la plus energitiue et la plus noble.

En particulier, la théorie socialiste de a valeur — en tant que, dans la détermination de ^ la valeur des biens, elle n’a égard qu’au couL social, et ne tient aucun compte de la valeur, d’utilité qui varie selon le temps, le lieu et^ — est complètement incapable de re-soudre d’une manière réellement économique^ le problème de la production collective pose;

par le socialisme.

Aussi longtemps que le socialisme n otirira a cet éo'ard rien de plus positif, il n’aura paé d’avenir. S’il se borne à vouloir, en vue de réaliser une répartition plus équitable des produitt

répartition qui a peut-être d’autre part des vicei

(jiie nous n’apercevons encore pas — jeter pa dessusbordun régime qui a des vices, sans aucui doute, mais qui oîVre néanmoins des garantie nombreuses d’une eilicacité économique passa pig^ — tant qu’il s’en tiendra là, dis-je, le soci?

lisme ne peut pas réussir à l’amiable, et, s’il veut recourir à la lorce, il échouera bien loiip’teinps encore. ^

Si, au contraire, le socialisme parvient à rendre solidaires de son principe incontestablement plus unitaire, plus social, et de sa condamnation radicale de l’usure et des monopoles privés, les avantages de l’intérêt privé et du libre accomplissement des fonctions sociales, si, en d’autres termes, il sait conserver tout ce que l’ordre existant a de bon, il est assuré, dans la suite des temps, d’un triomphe plus ou moins complet.

En ce cas, tout, dans le mouvement social actuel, 1 annonce et lui prépare les voies • la centralisation dans l’État, la nature des échano-es modernes qui tendent vers la plus complète centralisation, la tendance générale à la grande exploitation et à la concentration des'^forces mécaniques, l’union des travailleurs dans la grande industrie et leur indiscipline croissante entrepreneurs capitalistes, etc Mais il faudrait qu’il se fût défait de ce qui le rend si effrayant aujourd’liui. Alors, il apparaîtrait vraiment comme une phase du déveioppemeiit social, non point uniquement destructive, mais qui recueillerait tous les fruits murs de la civilisation, en vue d’une fécondation ultérieure, plus élevée en degré.

Pour en arriver là, la route est longue, mais rien m autorise a déclarer que cette élaboration est impossible. C’est au contraire l’une des taches les plus grandes et les plus conserva-

trices qu’il y ait, et il n’en est pas qui importe davantage aux destinées futures de l’humanité.

Tout en nous réservant d’y donner nos eftorts, nous retournons à notre sujet actuel, et nous continuons à rechercher les conséquences ([ui découlent du principe fondamental du socialisme.

20. Le mode socialiste de production est, disons-le encore, un système unitaire et clos. Quelle forme recevra cette unité, sera-t-elle centraliste ou fédérative, absolutiste ou démocratique, et cette organisation unitaire sera-t-elle partout et toujours économiquement possible, autant de questions que nous pouvons omettre pour le moment. Le socialisme agitateur d’aujourd’hui a encore sous ce rapport bien des lacunes aussi graves au moins que celles du vieux communisme, qui s’est vraiment ridiculisé à force de transposer romantiquement les instincts les plus permanents de riiomme en fraternité et en désintéressement.

Quant à la nécessité d’une forme collective, et par conséquent unitaire de la production, le socialisme doit y tenir radicalement, l’anarchie de la concurrence individualiste étant, pour lui, la source de tous les maux, de toutes les tromperies, de toute la désorganisation, de toute l’instabilité, de toutes les exploitations et les iniquités de la société actuelle.

L’État socialiste ne sera réalisé que lorsque les moyens de production sociale seront propriété collective. C’est ce qui explique la tiédeur

des socialistes conscients à Tégard de la coopération petit-Lourgeoise d’un Scliulze, de la participation des ouvriers aux bénéfices, des offices du travail, comme aussi vis-à-vis du' système encore anarchique des groupes autonomes de production, n’étant liés entre eux par aucun lien unitaire, et vivant entre eux dans des termes purement contractuels.

Les tentatives de cet ordre demeurent sur le terrain de la concurrence privée ; elles supposent toujours des capitaux appropriés, un mode de production morcelée, un conflit anarchique des intérêts privés entre ouvriers et patrons, entre compagnons laborieux et compagnons paresseux, entre syndiqués et non syndiqués, entre associations productives florissantes et sociétés moins heureuses.

Le socialiste conscient ne s’intéresse à tous ces efforts que dans la mesure où ils pe.uvent aider au groupement des travailleurs, à la concentration des moyens de production et au développement de la conscience collective des intérêts communs. Quant au reste, il hausse les j épaules.

C’est ce qu’il faut bien considérer si l’on veut comprendre la tiédeur, ou pour mieux dire la répugnance que montrait par exemple Karl ùlarx à l’endroit de ces réformes. Il faut, aux yeux du socialisme, que la richesse productive devienne richesse collective; c’est à cette condition que le travailleur pourra recevoir des moyens de i^onsommation proportionnels à son travail.

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