‹ La quintessence du socialismeChapitre 8 sur 15 · SOCIALISTE, EN REGARD DU PRIX DE MARCHÉ ACTUEL · texte numérisé non relu

SOCIALISTE, EN REGARD DU PRIX DE MARCHÉ ACTUEL

On connaît les attaques énergiques dirigées par le socialisme contre l’argent monnavé : dans Tordre socialiste, il aurait la même destinée que le commerce.

Il est bien difficile, lorsque Ton vit dans notre régime économique fondé sur 1 argent, de se transporter en pensée dans un état économique oii l’échange des travaux particuliers et des biens particuliers se ferait sans le secours de la monnaie. Et cependant Thistoire nous enseigne que tous les régimes économiques clos ont tou jours ignoré l’usage de l’argent dans les transactions intérieures. Dans TÉtat socialiste, (jui est un système clos, Targent ne serait pas plus employé qiTil ne Test aujourd’hui à .Tintérieur, de l’économie domestique. .

Les socialistes, je Tai déjà dit, reprochent iu remploi de l’argent de masquer et de favori serJ

Texploi talion du travail. Le salaire-argent donné en compensation du travail accompli cache ce fait que le travailleur ne reçoit pas en argent l’équivalent intégral de son travail, et ({u’il est contraint de laisser à l’enfrepreneur la |)lus-value, c’est-à-dire ce qui excède le coiit de sa vie.

La possession de l’argent donne à n’importe ([ui le pouvoir le plus arbitraire et le plus funeste d’intervenir abusivement dans la marche de la production sociale et de la circulation des biens, le pouvoir de produire des crises et des troubles anarchiques. L’argent rend possible l’accumulation démesurée des richesses privées, et laisse ainsi la concurrence dégénérer en des monopoles privés, scandaleux et sans remède.

La littérature socialiste abonde en développements critiques de ce genre, ou de caractère analogue. Nous n’avons pas à répondre à ces (‘ritiques, mais uniquement à vérifier la cohérence ou l’inconséquence du programme socialiste. Sous ce rapport, il ne saurait faire de doute que, dans le régime économique unifié et clos des socialistes, l’usagede la monnaie métallique actuelle n’aurait ni place ni raison d’étre.

L’argent remplit aujourd’hui deux fonctions principales. D’après les économistes il est, d’une part, la mesure de valeur commune (moyen d’estimation) ; d’autre part, et en raison même de ce ])remier caractère, il est aussi le moyen le plus général de compensation entre les intérêts privés, le véhicule de la valeur (moyen gé-

lierai d’échange, de paiement, de liquidation, de transport, de conservation et de prêt).

En ce qui concerne ce second ordre de fonctions, l’argent deviendrait entièrement superflu, en régime socialiste. Car il n’y aurait plus, comme nous l’avons montré, de rapports privés de prêt ou d’échange ; les produits seraient délivrés par la société contre des bons que la comptabilité de l’administration du travail social tirerait sur la comptabilité de radministration des magasins, comme un avoir sur le travail accompli, ou comme une avance sur les gains futurs de travail ; ou bien, dans l’hypothèse strictement communiste, ils seraient répartis au prorata des besoins raisonnables. On n’aurait donc plus aucun besoin de ce moyen général d’achat qui doit maintenant être mis entre les mains de chaque vendeur, en retour de son produit, qu’il peut échanger contre toutes sortes de biens, et qui lui sert pour ainsi dire de gage réel. Les organes de la production collective et les consommateurs (possesseurs de bons de travail) régleraient leurs comptes entre eux sans le secours de l’argent, d’après le temps de travail et la valeur du temps de travail, par un système de compensation opéré par les offu'es administratifs et les offices de liquidation. Ces administrations en agiraient de même entre elles, lorsqu’elles feraient échange de produits, et le même processus s’exécuterait enfin entre ces administrations d’une part et les entrepôts publics d’autre part.

En ce qui concerne son autre fonction, celle

de mesure de la valeur^ l’argent serait remplacé dans rÉtat socialiste par la journée moyenne de travail, qui servirait à évaluer les produits et à fixer l’actif de travail qui reviendrait à chaque producteur.

La journée sociale de travail prise comme unité de valeur serait aussi un moyen d’estimation en justice des lions sur l’actif de travail des condamnés et des débiteurs de la collectivité seraient un moyen très sûr de recouvrer les amendes, les peines et les exécutions.

La mesure de la valeur, indispensable même en régime socialiste, y resterait donc en vigueur, mais elle serait essentiellement autre chose, elle serait une fraction définie du travail collectif ramassé en une masse unique.

Si l’on admet la possibilité de cette mesure nouvelle de la valeur, les socialistes procèdent très logiquement lorsqu’ils annoncent expressément l’abolition de l’argent actuel. Gomme moyen privé de rémunération, comme moyen général d’achat, comme gage intermédiaire d’échange, il serait devenu superflu; or, c’est uniquement pour ces fonctions que la monnaie métallique est nécessaire. Gomme mesure de la valeur, nous le répétons, l’argent herait remplacé par l’unité réelle de mesure du temps de travail social.

I Le temps social de travail pris comme mesure de la valeur^ — cette idée paraîtra inconcevable à la plupart des lecteurs ; beaucoup môme n’en ,ont sans doute jamais entendu parler. Et cependant cette idée est le véritable fondement théo-

rique du socialisme. Aussi a-t-elle plongé dès à présent de profondes racines dans la pensée socialiste, et Karl Marx déclare expressément que ses propositions sur le travail comme substance et la mesure de la valeur sont la pierre angulaire de tout son système.

Faisons donc plus ample connaissance avec l’idée socialiste de la valeur, en extrayant Fessentiel du tissu dialectique enchevêtré, et peu intelligible pour les profanes, qu’est le livre de Karl ]Marx.

D’après cette théorie, la substance de la valeur des produits, c’est le travail socialement nécessaire à la réalisation de ce produit. Les produits sont qualifiés de travail concrétisé, cristallisé. ]\lais ce n’est pas le premier travail venu qui peut déterminer la valeur, c’est seulement le travail socialement nécessaire^ c’est-àdire le travail qui, d’après l’état donné de la technique sociale, doit être employé en moyenne à l’aclièvement du produit nécessaire à la satis- J faction de tout le besoin social. i

Supposez, par exemple, — c’est ainsi qu’on ; peut illustrer ridée de. Marx — qu’un pays ait J besoin de 20.000 hectolitres de froment et que, ' pour les produire, il doive employer iOO.OOO journées de travail socialement organisé ; chaque liectolitre vaudrait ^2^^= 5 journées de travail individuel socialement constitué. Et cette valeur aurait cours quand même des exploitations isolées seraient assez mal conduites i)our em-. ployer 10 ou 20 journées de travail individuel à la production d’un hectolitre.

Qu’on se figure tous les genres usuels de produits estimés d’après la dépense expérimentalement nécessaire de travail social, et l’on obtiendra par addition le total du temps de travail socialement nécessaire à la production sociale de tout ce qu’exige la satislaction des besoins collectifs. Admettons que cette somme comporte 300 millions de journées de travail socialement organisé, c’est-à-dire, si la journée est de huit heures, deux milliards quatre cent millions d’heures de travail social. La somme totale de toutes les richesses sociales nécessaires, produite sous une direction publique unifiée (actuellement abandonnée à la direction de capitalistes concurrents), aurait également pour valeur totale 2 milliards 400 millions d’heures de travail, exactement autant d’heures de travail qu’il en serait réellement fait pendant une année par un million de travailleurs. L’heure de travail, soit;^-^^^ ^,,5 du travail collectif

annuel serait la mesure de valeur générale, et 2.400 millions (ïunités nominales de valeur pourraient et devraient être délivrées aux travailleurs en certificats, bons ou chèques de tra vail, de sorte que ces mêmes travailleurs pussent racheter aux magasins publics le produit total du travail collectif, valant également 2.400 millions d’heures de travail.

La somme totale du travail fourni en un temps don»é serait toujours égale, du moins en général, à la valeur totale de la masse des bons produits dans ce temps donné.

Les administrations économiques crédite-

ralentie travail lait, fixeraient la valeur du produit d’après la mesure iinmédiatemçnt connue des frais de production évalués en temps' de travail, délivreraient des chèques sur le travail enregistré, et céderaient les produits contre ces chèques au taux du prix de revient du travail social.

11 y a harmonie évidente entre cette théorie de la valeur et les revendications essentielles de l’ancien socialisme, qui voulait que la jouissance fût proportionnelle au travail, que chacun eût, comme revenu privé, comme légitime propriété privée, l’équivalent du produit intégral de son travail, que la propriété et le revenu fussent fondés ainsi sur le travail individuel, et qu’il ne fût plus possible k un tiers de s’approprier la plus-value, c’est-à-dire une part du travail d’autrui (Programme d’Eisenach, de 1869). A vrai dire, chacun ne reçoit pas son propre produit, la production sociale ayant précisément pour but de faire que tous proauisent pour tous sur les bases de la division du travail, ûlais, en supposant le travail de chacun équitablement estimé d’après la valeur de l’heure sociale de travail, — en tenant compte dans l’estimation du degré de perfection du travail — chacun serait rémunéré en raison du service rendu par lui à la'société, et recevrait de la société, pour sa jouissance, en produits sociaux, l’équivalent de son travail individuel. •

Sous un autre rapport encore, le travail obtiendrait, au moins relativement, sa juste etcomplète rémunération. En elfel, si 1 on objec-

(ait que la société a elle aussi des besoins d’utilité publique, besoins de l’État, des comnuiiies des ecoles de l’Eg-bse, etc., et que, par consérpient, 1 individu isolé ne peut pas recevoir en produits sociaux tout l’équivalent de son travail objection ne serait fondée qu’en apparence.’ \diiiettons, en effet, que sur le produit de 300 mitions de journées sociales de travail un lers, si 1 on veut, soit 100 millions de journées oive être prélevé pour les dépenses publiques’ ne resterait sans doute à répartir entre les roducteurs, qui auraient fait les 300 millions de mrnees, qu’une valeur de 200 millions de Hirnees. Mais la conséquence serait tout sinilement que, pour une heure de travail on onnerait un chèque de 2/3 d’heure de travail,

- le tiers restant serait employé, pour le bien miniuii, aux services publics, et irait former niasse des contributions ou charges sociales, insi, indirectement, on aurait un revenu social lativement égalisé et mesuré uniquement sur ravail de chacun, et une propriété privée ndee uniquement sur le travail individuel. Il résulterait en outre, une parfaite propornnalite de 1 impôt.

Tout cela est très logiquement construit Il reste à se demander :

l'Au point de vue théorique, si la prénii.sse, près laquelle le coût social du travail est la sure de la valeur des biens, est exacte •

Au point de vue pratique, si l’État tciaunihe pourrait venir à bout de l’énorme tiptabilité sociale qu’il nécessiterait, — et s’il

serait en mesure d’estimer exactement ‘'es travaux mégaux d’après des unUés de temps de

,«es»o„, il f». répond, né-

' des biens est réglé

gat.vemeni eai .

non seulement u apres le [ . . • i- .a rnr

„,i J’.pré, 1. <l'n»g., « ,

o-ence et l’intensité du besoin, bi 1 on xeii omettre de tenir compte des variations c ^ valeur d’usage des différents travaux et îles dil l'érents produits, une tarification sociale de , valeur substituée à la fixation du prix pai marché devient chose absolument mconce^a^

“'‘comme nous l’avons dit ^ ^.t que j

socialisme sache et puisse modifiei de iond e,

'comble sa thèse fondamentale de la valein^^d^ hiens déduite de la somme de tia%ail soc ,

,|ue cela n’est pas impossible, et nous

'arrêtons pas davantage. Mais, teUe q elle

été formulée jusqu’ici, cette dtese la du soc lisme une utopie. Quand, par exemple, , toven de l’État socialiste, après une main.-, Solte réclame du pain, l’admimstrateu .

ueut nas lui offrir des pierres, m des habits, 1p' nl iisirs Mais en revanche, le pain que

récta... ci.ü «■'. '“w»

être déterminée non seulement d aptes le

de la production, mais en meme temps aussi d’après la valeur d’usage, qui est variable. Autiement, entre le besoin social et la production sociale, il se ferait une rupture d’équilibre funeste, dont personne ne pourrait conjurer les désastres.

Il importe que le socialisme résolve cette difficulté, trop dédaignée par ses théoriciens.

Le moyen d en etre quitte, c’est — avec le programme de Gotha que la social-démocratie a substitué en 1875 au programme d’EisenacIi de 1869 — d’opérer la répartition, en communisme radical, relativement aux besoins raisonnables, noimaux. Ln ce cas, il va de soi que la doctrine maixiste des Irais de production considérés mmme le principe de la répartition n’a plus aucune raison d’être, et que la monnaie-travail levient superflue.

Mais aussi, c est jeter toute l’économie publique dans l’insondable chaos d’une désoro^aiisation irrémédiable; car aucun ressort économique ne tendrait plus les activités indiviluelles vers le bien commun.

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