ACTE PREMIER
AGATHE
Voilà donc ce qu'elle a fait de toi, cette femme !... cette femme qui ne t'aime pas, qui ne peut pas t'aimer.
ROUGET
Et je te dis moi qu'elle m'aime. Tu répètes ce que de mauvaises langues t'ont déjà rapporté sur son compte. On la jalouse, ma pauvre Flore, parce qu'elle est arrivée ici sans souliers, et parce qu'elle est une dame aujourd'hui.
On ne la jalouse pas, mais on remarque bien des choses.
ROUGET
A qui a l'œil malade, le soleil paraît noir.
AGATHE
Il vient chez toi des gens compromettants.
ROUGET
Je ne vois personne, sauf quelques officiers en demi-solde, des bons garçons, des collègues de Philippe : le capitaine Potel, le capitaine Renard.
AGATHE
Et le commandant Gilet. Il était là quand nous sommes entrés.
ROUGET
C'est moi qui l'avais prié de venir.
AGATHE
Tu le pries de venir tous les jours?
ROUGET
Oui.
AGATHE
Eh bien^ dis-lui d'espacer ses visites. Sa présence dans cette maison est mal interprétée.
ROUGET
Ahl
AGATHE
Parce que... je veux dire... il est jeune, cette personne est jeune aussi.
ROUGET, debout.
Tout ça c'est des menteries, des disettes, des contes, qu'on invente pour me faire de la peine.
AGATHE
Je n'ai pas voulu t'affliger, Jean, c'est un conseil que je te donne. Je crois d'ailleurs qu'on porte sur madame Brazier des jugements téméraires. Et c'est à tort, je le crois aussi, qu'on prétend qu'elle est la maîtresse ciiez toi. Mais alors pourquoi la consulter ? Pourquoi refuser r ta soeur, à ton neveu, une somme .. .
ROUGET, très troublé.
Laisse-moi. Reviens tout à l'heure. Plus tard nous recauserons... Peut-être... Où est Flore? Oui... reviens... nous verrons... Où est Flore ?
JOSEPH et VÉDIE, entrent.
JOSEPH, joyeux.
Je les ai vus, les tableaux. Il y en a dix. Ah ! ma mère si tu savais! Des études de femmes! C'est de la chair! Ça palpite ! Ça vit! Je vais écrire à Bixiou. Il en ouvrira une bouche!
ROUGET, à Védie. n
Où est madame ?