‹ La rabouilleuse; piece en quatres actes (d'apres Balzac)Chapitre 17 sur 88 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

deux. Et pourtant^ Jean, tu sais bien que notre mère était une sainte, que les abominables soupçons de notre père n'étaient pas fondés. Alors une moitié de cette fortune qu'il t'a laissée, m'appartient. Enfin^ lu as un peu d'affection pour moi, tu m'aimes, tu m'aimais quand nous étions enfants. Un jour, je m'en souviens, papa m'avait grondée. Je m'étais réfugiée là, dans ce coin, je pleurais. Tu es venu me consoler, tu m'as dit: « Il ne faut pas pleurer, petite sœur, puisque papa ne t'aime pas, je t'aimerai pour deux. » Est-ce que tu as changé? Non ? Alors, pourquoi me laisser dans la peine? Pourquoi refuser de me venir en aide ? N'es-tu pas libre ? Que crains-tu? Ne peuxtu disposer de ton bien en faveur de ta sœur, de tes neveux, de ta famille, sans consulter des étrangers?

ROUGET

Flore n'est pas une étrangère.

AGATHE

Cette femme qu'on a fait entrer dans notre maison, y gouverne tiujourd'hui. On le dit, je le vois.

On dit des bêtises.

AGATHE

Si du moins tu t'étais marié I Puisque tu devais la garder auprès de toi, il fallait Tépouser. Tu ne vivrais pas comme tu vis. Il y a d'honnêtes gens que tu scandalises.

ROUGET

Je les scandalise ? Ah I ça ne les empêche pas de venir m'emprunter mes écus. Quant à me marier, nenni dà î II y a dix ans, j'avais cinquante ans... ça n'est point un âge à prendre une femme jeune... à lui donner chez soi des droits certains.

AGATHE

Tu te méfies donc de madame Brazier?

ROUGET

Oh! Flore m'aime.

AGATHE, pause.

Voyons, Jean, il me faut ces douze mille francs... Si tu ne peux pas me les donner, prête-les moi. Philippe te les rendra, ou Joseph, dès qu'il aura vendu quelques tableaux

ROUGET

Je voudrais t'obliger, mais demande-moi autre chose.

Je t'en supplie, mon frère, aie pitié de nous, aie pitié de moi et de Philippe. Tu ne vas pas laisser condamner ton neveu qui est colonel, qui est officier de la Légion d'Honneur. S'il est acquitté, je le forcerai à rentrer dans l'armée. Il pourra devenir général. Songe que lu tiens entre tes mains sa liberté, son avenir, sa vie peut-être et la mienne.

ROUGET

Je ne peux rien faire pour vous. Il faudrait que je la consulte.

AGATHE

N'es-tu pas le maître ?

ROUGET

Si je ne prenais pas son avis elle se fâcherait.

AGATHE

Et après?

ROUGET

Fâchée ! Flore I La voir fâchée contre moi ! oh 1

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