ACTE PREMIER
être que vous avez assez de moi et que vous l'avez fait venir de Paris tout exprès pour vous aider à me mettre dehors? Eh bien, je ne vous donnerai pas cette peine, car je vais la quitter votre baraque de maison.
ROUGET
Mais, Flore...
FLORE
Cette sainte Nitouche avec ses aii's cafards a dû vous insinuer doucementque je ne vous aime pas, que c'est pour vos écus que je reste chez vous. Eh bien, je m'en irai... si... je déchirerai votre testament et j'en jetterai les morceaux à son nez. Mais je serai vengée : avant trois mois vous me regretterez. Vous verrez comment elle vous soignera quand vous serez malade, cette chère dame qui n'est pas venue à Issoudun depuis quarante ans, qui n'a jamais demandé de vos nouvelles. Ah! que vous serez bien dorloté, bien mignoté. Gomme on aura pour vous toutes les chatteries que vous aimez, comptez là-dessus! Et comptez aussi qu'on va vous dénicher une seconde Flore, qui voudra de vous, avec vos soixante ans, vos rhumatismes, vos douleurs et votre front pelé et votre cou ridé comme celui d'un dindon. Pour moi le métier d'infirmière me dégoûtait, bonsoir.
Elle sort en faisant claquer la porte. — Rouget l'entr'ouvre et crie :
ROUGET
Mais... Flore... mais... Flore!
Une crise de toux le saisit, il s'appuie à la porte. FLORE, en coulisse.
Tousse ! tousse ! vieux scélérat.
Flore rentre. — Elle tient à la main, son châle, ses gants, son chapeau; — elle se dirige vers la porte.
ROUGET
Flore !... reste I
FLORE
Non!
ROUGET
Je ne reverrai plus ma sœur.
FLORE
D'abord, qu'est-elle venue faire chez nous ? Qu'estce qu'elle vous a dit? Elle m'a mise plus bas que terre, n'est-ce pas?
Elle... elle m'a demandé... je ne lui ai rien donné.
FLORE
Qu'est-ce qu'elle vous a demandé?
ROUGET
Douze mille francs I
FLORE
Douze... ! C'est une plaisanterie?
ROUGET
Mon neveu Philippe va passer devant la cour des Pairs... pour un complot. Il y a deux témoins dont il faut acheter le silence...
FLORE
De l'argent à un conspirateur I Vous voulez donc qu'on vous arrête ?
ROUGET
Tu as raison, ma bonne Flore, je ne lâcherai pas un sou.
FLORE
Oh I Agissez à votre guise. Tout ça ne me regarde