ACTE DEUXIÈME
une bonne action à accomplir. Je m'en charge. Il s'agit de vous sauver.
ROUGET
Moi ?
BRIDAU
Vous, votre fortune enfin. On vous jobarde et on vous vole.
Qui?
BRIDAU
Ohl mon bon oncle, ne jouons pas au plus lin. Je sais ce qui se passe chez vous : on m'a renseigné . Mademoiselle Brazier vous mène par le bout du nez et vous fait faire des bêtises... Tenez, en ce moment même ne vous apprêtez-vous pas à mettre à son nom une inscription de rentes sur l'Etat de sept cent cinquante mille francs? Seigneur! Sept cent cinquante mille francSj à une femme !
ROUGET
Mais...
BRIDAU
Puisque je le sais^ mon oncle.
ROUGET
Je n'ai pas donné ma signature.
BRIDAU
On vous l'arrachera — on vous l'aurait arrachée... parce que aujourd'hui, minute, il y a bibi.
ROUGET
Flore veut cette inscription.
BRIDAU
Et vous n'osez pas la lui refuser, saint homme ! Gomme elle connaît bien son pouvoir sur vous et
BRIDAU
ROUGET
comme elle en abuse ! Ah ! elle est bougrement belle. Un morceau de roi. Je m'y connais. Mais que diable! vous êtes riche, vous avez droit à des égards, j 6 voudrais qu'elle fût aux petits soins pour vous, qu'elle vous léchât les mains. Elle vous fait marcher comme un valet. Tenez, voulez-vous mon opinion toute crue? Vous savez, je ne mâche pas les mots. Eh bien. Flore souhaiterait vous voir à six pieds sous terre afin d'épouser ce Max qu'elle adore.
ROUGET
Non.
Si.
Vous croyez?
BRIDAU
Vous le savez aussi bien que moi.
ROUGET, haïssant la tête.
Je l'aime tout de même.
BRIDAU
Parbleu, vous tenez à elle comme à votre gésier. Ah I quand nous avons une de ces gaillardes-là dans la peau! Je ne vous gronde pas, je tiens de vous. Enfin je veux que vous soyez heureux et j'ai juré de vous rendre votre rabouilleuse souple comme un gant et telle qu'elle devait être avant que ce polisson indigne d'avoir servi dans la garde impériale, fût venu se fourrer dans votre nid.
ROUGET
Si vous faisiez cela!
Dites-moi « tu », mon oncle, vous en aurez plus confiance en moi.