ROUGET, BRIDAU
BRIDAU
Et VOUS VOUS laissez traiter ainsi ?
ROUGET
Qui êtes-vous ?
BRIDAU
Cette jolie fille vient de vous le dire, votre nev eu Philippe.
ROUGET
Philippe ?
BRIDAU
Le colonel Bridau.
Le... colonel...?
BRIDAU
Ah I ça, qu'avez-vous? Est-ce que je vous fais peur?
ROUGET
Non .. Où est-elle allée? Elle ne vous a pas..?
BRIDAU
Soyez donc paisible, mon oncle, elle reviendra , malheureusement pour vous. Voyons, asseyons-nous, nous serons mieux pour causer.
ROUGET, assis.
Vous êtes à Issoudun ?
BRIDAU
Vous le voyez bien. Et si j'y suis ce n'est pas à
^'■nus que je dois d'y être venuj sans reproches. V^ous
3fusé à ma mère les douze mille francs qu'elle
demandait. Baste! je ne récrimine pas. Je me
ciré d'affaire par mes propres moyens : je les ai
roulés. Il y a plus d'un tour dans mon sac. J'ai
. dedans le gouvernement, la chambre des Pairs,
justice et toute la sacrée boutique. Cependant j'ai
;1 et bien passé quatre mois au carcere duro. En
allule, j*ai réfléchi.
Car que faire en ce gite à moins que l'on ne songe ?
On ne renverse par un coup de main que les trônes qui chancellent et les Bourbons sont solidement installés sur le leur. La bourgeoisie est avec eux, car les bourgeois qui ont la peur naturelle des coups redoutent la guerre civile et la guerre étrangère ; ils digèrent en paix à l'ombre du drapeau blanc. Subissons donc les Bourbons et puisque nous ne pouvons pas les démolir, servons-les 1 Voilà le résultat de mes réflexions. Je suis jeune, je suis ambitieux, l'avenir est à moi. Je ferai ma soumission. Je rentrerai dans l'armée, comme les autres, je deviendrai général. Oui, mon oncle, gé-né-ral IJ'ai mis ça dans ma caboche. Oh ! ça n'ira pas tout seul. Il faudra d'abord que je sois mieux nippé et que j'aie quelques napoléons dans mon gousset. Je les aurai. Pour le présent, je suis sous la surveillance de la haute police pendant cinq ans. On devait m'envoyer à Autun. Le comte de Serizy, chez qui mon frère Joseph barbouille des plafonds, est intervenu auprès du directeur général de la police, ainsi qu'une de mes arhies, Mariette, qui est danseuse à l'Opéra et qui tutoie des Pairs. On a fait changer ma résidence. Vous pensez si j'ai été heureux de venir ici, il y a