ACTE DEUXIÈME
près de mademoiselle Brazier, en trottant, n'est-ce pas? Et dites-lui ceci : mon oncle lui donne cinq minutes pour revenir. Si dans cinq minutes elle n'est pas ici, si elle n*a pas fait sa soumission, soit, qu'elle parte, elle est libre.
ROUGET
Philippe!
BRIDAU
Qu'elle parte ! Mais qu'elle ne caresse pas l'espoir de voir mon oncle courir après elle. 11 m'assommerait plutôt que de franchir le seuil de cette porte. Et ajoutez que, si elle ne revient pas subito, demain matin, l'inscription préparée sera remplie à mon nom.
ROUGET
Mais...
BRIDAU
A mon nom. Répétez tout cela à votre domestique.
ROUGET
Védie, il faut que madame revienne; dis-lui que je lui demande de revenir.
BRIDAU
Et dites-lui que je le veux. Allez. Kouski, accompagne cette femme, aie soin qu'elle répète fidèlement mes- paroles.
védie et Kouski sortent.
ROUGET
Flore !
Rouget se lamente sur une chaise. — Borniclie se frotte les mains, puis s'approche de lui.
BORNIGHE.
Mais m'sieu Rouget, faut pas vous désoler comme ça. Elle reviendra vot' demoiselle Flore. Elle ne sera
pas si sotte que de vous quitter. Tant il y a de l'herbe dans le pré, tant la vache broute.
BRIDAU
Ah I ah ! vous connaissez l'enfant, vous!
BORNIGHE.
Oh I oui, m'sieu l'officier. Ah! on fait des disettes, dans le pays, sur elle... et sur le commandant Gilet.
BRIDAU
Eh bien, mon oncle ?
ROUGET
C'est faux ! c'est faux !
BORNIGHE.
C'est faux ? Oh ! que le tonnerre du bon Dieu m'écrase, si je dis des menteries. Je les ai vus tous les deux, une fois, il y a trois ans, je les ai vus comme je vous vois... Ils étaient du côté de Frapesle, sur l'herbe, et là, sous le regard du bon Dieu... J'en ai eu,, comme qui dirait, un éblouissement.
En voilà assez. Vous lui faites de la peine. Au revoir.
BORNIGHE.
Mais j'étais venu pour parler de nos affaires avec ce bon m'sieur Rouget, pour...
BRIDAU
Vous reviendrez plus tard. Allons, rompez !
BORNIGHE.
Ah! bien, m'sieu l'officier, (ii salue.) Au revoir m'sieu... au revoir, m'sieu Rouget.
Il sort.