ACTE TROISIÈME
MIGNONNET
Parbleu !... D'ailleurs, à la guerre^, mes amis, il n'y a qu'un bon principe; il faut se jeter sur l'ennemi et lui manger le nez.
GARPENTIER.
Croyez-vous, Mignonnet?
MIGNONNET
Oui, mon général. C'a toujours été la tactique de Napoléon.
POTEL
Quand j'étais sous les ordres de Murai, avant de prendre Ulm, mon régiment se cantonna dans le parc d'un château qu'habitait une jeune beauté, une com» tesse. J'y cours pour empêcher tout pillage. J'arrive au moment où mon maréchal des logis couchait en joue cette belle personne. D'un revers, j'étends mon drôle à terre. La dame perd la tête, elle se jette dans mes bras. Ohl mes amis, j'ai passé là une heure... Elle était blonde, grande, souple et dans le lit c'était une guenon.
RENARD
Ce n'est pas à Issoudun qu'arriveraient des aventures pareilles.
MIGNONNET
Bougre, non !
MAX
Issoudun aurait engourdi Napoléon.
MIGNONNET
Sang Dieu! s'il pouvait revenir, l'Ancien, et nous faire recommencer notre chevauchée à travers l'Europe.
POTEL
Qui nous rendra nos belles années de jadis !
RENARD
Nos entrées triomphales dans les capitales, à che val, sabre au clair, sous le regard des dames.
MAX
Et nos jours de combat, où vraiment on se sentait des hommes.
GARPENTIER.
Pour moi mes camarades, quand je jette un regard en arrière, il n'est pas une de ces émotions que je regrette, pas une de ces journées que je consentisse à revivre. Ce sont des souvenirs sans gloire que de n'avoir été pendant toute sa vie qu'une chose qui tue. Voyez-vous, mes amis, nous tenons à la fois du victimaire antique et du bourreau. Quand les Dieux inconnus les réclament, il faut offrir des hécatombes, mais il ne faut pas montrer une joie indécente dans le sacrifice, ni égorger sans raison les brebis.
Un silence.
MAX
Verse le Champagne, Ors'anto.
RENARD
Vous allez trinquer avec nous, papa Rouget.
POTEL
Et vous aussi, mademoiselle.
MAX, levant son verre.
Messieurs, buvons à la gloire impérissable du petit Tondu qui maintenant est dans le Paradis des braves.