VOIX DE ROUGET
Védie 1 Védie!
VÉDIE
Monsieur m'appelle. Ne sortez pas.
Elle sort.
POTEL
Nous souhaitons tous le rétablissement de Max, un garçon si bon, loyal et franc comme une lame d'acier. Ah! quelle carrière il aurait fournie si l'Empire avait duré... Il faut qu'en pleine paix, à Issoudun, il se fasse tuer bêtement.
FLORE
Tuer?...
POTEL
Blesser enfin!... Et par un soldat encore, par un soldat comme nous.
FLORE, avec colère, bas.
Ah! cet homme!...
POTEL
Pourquoi Gilet n'a-t-il réussi qu'à lui écorner le crâne ! Nous espérions tous qu'il lui fendrait la calebasse! Et vous savez, on l'admire^, le colonel, depuis ce bel exploit. Chaque soir, avant de rentrer à son hôtel, il va rue du Boucher gris, au cercle des bourgeois. On l'y fête comme un héros Avant-hier, on a bu du Champagne en son honneur. Ces imbéciles ne pardonnent pas à Max les tours qu'il leur faisait. Ils sont reconnaissants au colonel de les avoir débarrassés d'un homme qui les tenait chaque nuit dans les transes. Et Bridau, pour n'être pas embêté par les autorités, à propos de ce duel, se laisse caresser par les bourgeois. Moi, je trouve ça humiliant qu'un militaire, un fils de Bellone, se mette sous la protection des pékins. Gilet, à la bonne heure, il ne les aimait pas. Ah! c'était un rude compagnon, un vrai soldat qui étouffait dans la vie civile. Comme il appelait la guerre de tous ses vœux! Avec quelle joie il aurait quitté Issoudun, ses amis et vous-même pour aller se battre !
BRIDAU, entrant.
Bonsoir, Potel.
POTEL
Bonsoir, colonel.
BRIDAU
Vous apportez des nouvelles de Gilet?
POTEL
Oui.
BRIDAU
Il a avalé sa langue?
POTEL
Non.