ACTE QUATRIÈME
BRIDAU
Ah ! c'est vous ? Qu'est-ce que vous fichez dans l'obscurité? — Védie, de la lumière. — Oui, j'allais sortir, mais puisque je vous trouve là, nous allons causer. Je comptais avoir un entretien sérieux avec vous, demain. Autant en finir tout de suite, (védie a apporté une lampe.) Bien, allez VOUS coucher. (védie sort. — Pause.) Ah ! ça, dites donc, vous essayez déjà de me faire des niches? Qu'est-ce que je viens d'apprendre là-haut? Vous avez demandé de l'argent à mon oncle?
FLORE
Oui.
Cent mille francs?
Il me les doit.
BRIDAU
FLORE
BRIDAU
Vous le dites. Et ce vieux serin le croit ! A moi, on ne m'en conte pas. S'il ne vous a pas donné de gages depuis votre entrée dans la maison, il vous a hébergée, entretenue, comblée de présents. Vous êtes arrivée pieds nus, n'ayant qu'un jupon sur le corps, et il était troué. Je sais bien que vous rendiez à mon oncle d'inappréciables services. Vous défendiez aussi sa fortune. Sans vous on l'aurait plumé. Mais cent mille francs! diantre ! A ce prix il pouvait avoir un intendante! trois maîtresses... Encore... la somme... je lui conseillerais de la lâcher. Mais la monnaie palpée vous fileriez.
FLORE
Oui.
BRIDAU
Voilà ce que je ne veux pas. Je vous ai dit mes
intentions là-dessus. Donc, si vous partez, pas un liard ! (pause.) Mais pourquoi partir?.. Oui, oui, je sais, ces murs éveillent en vous des souvenirs pénibles. Bah! avant six mois, ils seront muets, vous serez consolée ! Il n'y a pas de douleurs éternelles. Dans la vie, il faut faire passer les intérêts avant les sentiments. Au lieu de pleurer ce que vous avez perdu, considérez tout ce que vous avez gagné. Jusqu'ici vous n'étiez que la rabouilleuse, l'an prochain vous serez madame Rouget. Les bourgeoises dlssoudun ne parlaient de vous qu'en termes de mépris, vous étiez traitée par la ville entière comme une fille déshonorée. Votre mariage vous rendra l'estime de tous. Madame Hochon qui n'a pas mis les pieds chez mon oncle depuis quinze ans, assistera à votre noce, elle vous présentera « à la société », elle vous prendra sous sa protection. Voyons, réfléchissez... que seriez-vous devenue avec Max? Faut-il tout vous dire? J'ai su que ce bougre-là ne vous réservait pas un sort bien beau. Il parlait de vous comme d'une femme qui lui servirait seulement de marchepied pour arriver à la fortune. Un drôle de paroissien, quoi ! Il y en a eu malheureusement quelques-uns -xomme lui dans les armées de l'Empereur. En facilitant votre mariage, moi, je vous assure une position honorable, une fortune et je vous donne une famille qui vous chérira. N'est-ce pas vous dédommager de tout le mal que les circonstances m'ont contraint de vous faire ? Je ne suis pas si dur qu'on l'imagine. Nous autres, soldats, nous avons le cœur pitoyable. Je travaille donc à votre mariage avec Rouget; ma mère aussi. Je savais ce que je faisais en l'appelant ici sous prétexte de soigner cette blessure insignifiante. Allons, sacrelolte, ne pleurez pluB,s ce (]ui est fait est fait. Le passé est mort, arrange on