ACTE QUATRIÈME
notre avenir. Il peut être très gentil. Tenez, vous m'avez remis des lettres tantôt, on m'y donne d'excellentes nouvelles. Bixiou et ma vieille amie Mariette s'occupent de moi. Ils obtiendront du ministre qu'on diminue ma peine. Rien ne me sera pins facile que d'obtenir ma réintégration dans l'armée, avec mon ancien grade. Alors, nous amènerons mon oncle à Paris. Lui qui aime la bagatelle, trouvera là des rabouilleuses de quinze ans. S'il meurt, je vous épouse. Que pouviez-vous rêver de plus heureux pour vous? Etes-vous faite pour moisir à Issoudun? Non. C'est Paris qu'il vous faut, c'est à Paris que je vous mènerai. Quel avenir pour vous! Je rentre dans l'armée, dans la Garde Royale, je deviens général. Nous achèterons une terre; comme il n'y a pas de roturiers dans la Garde, cette terre est érigée en majorât. On vient de créer comte d'Armedieu mon ami Brunet, que j'ai connu officier des voltigeurs en 1810, et il n'a pas les millions que j'aurai. Nous mettrons une couronne de comtesse sur ce front 1 Vous irez dans le monde. J'ai des amis partout : vous vous amuserez. La vie est comme un carnaval perpétutd là-bas. Vous serez de tous les bals, de toutes les soirées, de toutes les fêtes. Paris veut plaire aux jolies femmes. Ehl mon Dieu! Pourquoi ne l'avouerais-je pas? Cela flattera mon amour-propre d'être le mari d'une femme pour qui tout Paris aura des yeux d'amant. Allons, ne boudez plus la fortune qui vous sourit. Réfléchissez à tout cela. Vous comprendrez que c'est votre bonheur, votre bonheur seul que je veux. Résignez-vous à ce mariage, qui vous fait riche, devenez le femme de mon oncle, vous ne le serez pas longtemps. Et ensuite...
Du bruit. — Il se tait. — Entre Rouf'et.
ROUGET, entrant.
Ah 1 tu es encore là ?
BRIDAU
Oui, mon bon oncle, oui. Je causais avec mademoiselle. Ah ça ! qu'est-ce que vous me chantiez ? Je l'ai trouvée très raisonnable, très bien disposée pour vous. N'est-ce pas?.. Je vous laisse avec elle. Au revoir, mon oncle, bonne nuit. Au revoir, mademoiselle.
Il va sortir.
FLORE
Colonel! ne sortez pas!
BRIDAU
Pourquoi ?
On entend sonner le glas de Max.
Rien, à demain.
BRIDAU
A demain.
Il sort en sifflant : Veillons au salut de l'Empire !.. — On l'entend s'éloigner. — Flore anxieuse prête l'oreille. ROUGET, après un silence.
Flore... Flore... c'est vrai?
FLORE
Oui.
ROUGET
Tu ne m'abandonneras pas?
FLORE
Non.
ROUGET
Tu consens à devenir ma femme ?