‹ La Race Bovine VosgienneChapitre 18 sur 27 · PE NES · texte numérisé non relu

PE NES

recouvrait tout le système accumulant les sédiments sans discordance notable ni plissement aucun jusqu’à la fin de l’époque jurassique.

Dans la période suivante, dite «crétacée», le fond de la mer a émergé lentement par un double bombement laissant un abaissement de la partie médiane qui, pendant «l’époque tertiaire» a été recoupé par des failles, dans le fond desquelles l’eau en reculant a déposé par des phénomènes de sédimentation ordinaire le produit de l’érosion plus ou moins profondément modifié des parties restées sur place. La profondeur totale de ces couches tertiaires est malaisée à évaluer partout. Elle dépasse 1.000 m. dans le sud de l’Alsace et atteint au moins 3.900 m. dans la région des mines de potasse du Haut-Rhin.

La couverture sédimentaire tertiaire n’apparaît par son bord que sous forme d’ilots de grés, surmontant le bombement ancien à partir du flanc gauche de la vallée de la Fecht vers le Nord.

Ainsi le grés du trias inférieur (grés vosgien et bigarré) forme toute la partie du nord des Vosges embrassant une ligne qui va de l’Ormont au nord de Saint-Dié, par le Donon (1009 m.), le Schneeberg jusqu’à Saverne.

Les Vosges septentrionales formées de rochers cristallins divers, de nature éruptive( Granit, Gneiss, Porphyres, Quartz) se présentent en deux lignes de faîte massives, dont l’une va du Ballon de Giromagny par le Ventron et le Hohneck (1.360 m.) qui est le centre orographique, par le Brézouard vers la montagne du Haut-Koenigsbourg en rayonnant dans toutes les directions; le point culminant du bombement du massif est dans une branche divergente: au Ballon de Soultz ou d’Alsace (1428 m.) — sommet le plus haut des Vosges — et dont l’autre se manifeste à l'Ouest de la vallée de la Weiss, se prolonge vers le Climont et le grand massif du Champ de Fé, dont une des ramifications, la montagne de Sainte-Odile, est déjà touchée par la couverture du grés vosgien.

En direction vers la plaine du Rhin, ceinturée de collines sousvosgiennes qui se perdent en mamelons et en ondulations, règnent les couches calcaires, formées par la succession des étages du Jurassique, du Keuper, du Calcaire coquillier et de leurs produits de remaniements de l’époque tertiaire avec la formation d’Argile-Loess (terrains calcaires et argileux) qui sont autant de couvertures superposées, dont les bords mis à nu par l'érosion, aparaissent l’un après l’autre à mesure qu’on s’éloigne dans la direction de la plaine du Rhin. Il en résulte un pays

ouvert, où les forêts disparaissent presque complètement pour faire place

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aux terrains de grande culture, où l’exploitation de la race tachetée de l'Est est prédominante.

DE CES CONSIDÉRATIONS SUR LA FORMATION. GÉO- LOGIQUE DES VOSGES IL RÉSULTE QUE PRESQUE TOUTE LA RÉGION DE L'ÉLEVAGE DE LA RACE VOSGIENNE SE DISTINQUE PAR L'EXTRÊME PAUVRETÉ DU SOL EN CALCAIRE, CE QUI N’A PAS MANQUÉ D'IMPRIMER SA MARQUE À LA FOR: MATION DU SQUELETTE ET A LA TAILLE DES ANIMAUX VOSCIENS.

En effet, toutes les hautes vallées où se pratique justement l’élevage de la race vosgienne, (de la Bruche, du Ban de la Roche, du Giessen, de la Weiss, de la Fecht, de la Lauch, de la Thur et de la Doller) sont formées de terrains éruptifs de nature exclusivement silicieux (Granit, Gneiss) de l’époque hercynienne ou dévonienne qui, vers la vallée du Rhin, dans la zône des collines sous-vosgiennes et des mamelons, font place à la couverture sédimentaire de la période tertiaire (Calcaire-coquillier et Argile-Loess) pour se perdre dans les alluvions de la plaine. Ce n’est que dans la vallée de la Bruche qu’on trouve, interposé entre les roches éruptives et les étages calcaires, des porphyres quartzeux, puis des formations de grès vosgien et bigarré, et dans le Val de Villé, près de Steige et de Villé, des couches de schistes et des grauwackes d’âge indéterminable (région du Ballon p. ex.)

2) Les cours d’eau.

Les Vosges sont riches en cours d’eau se dirigeant d'Ouest à l'Est pour être réunis à l’Ill qui se déverse dans le Rhin en aval de Strasbourg. Ces rivières, dont j’ai cité en haut les plus importantes, sont également formées par plusieurs torrents qui s’élancent du sein des montagnes les plus élevées et les plus sauvages des Vosges, ou encore elles prennent naissance dans des lacs, comme par exemple la Weiss qui surgit du Lac Blanc et du Lac Noir. En leurs cours elles reçoivent de nombreux affluents qui baïignent de leurs eaux souvent volumineuses les prairies et les champs bordant leur lit.

Les eaux pluviales et les eaux de source, rapidement entraînées par la déclivité du sol, déterminant la formation d’un ruisseau entre chaque séparation de montagne; le filet d’eau est retenu et détourné pour en arroser les flancs avant qu’on les laisse descendre au fond

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du vallon pour entretenir la fraîcheur de la nappe verdoyante qui s’y déploie. Le montagnard utilise ainsi la moindre source pour augmenter l'étendue de ses prés; il conquiert sur les versants les plus pierreux un gazon épais et substantiel. Mais c’est au milieu des vallées et sur les bords des rivières que se développe la grande richesse herbagère. On admire avec raison celle de la Bruche, de Villé, de Kaysersberg, de Munster, de Saint-Amarin, etc. Les rivières qui y serpentent ne sont pas resserrées, comme on en voit dans les Alpes, ni encaissées dans des gorges profondes où, irritées par les blocs de granit qui leur barrent le passage, elles sont transformées en torrents fougueux.

Les cours d’eau des Vosges souffrent patiemment qu’on les détourne de leur lit pour féconder leurs rivages; ils se laissent arrèter par des barrages et répandent ainsi leur nappe limoneuse sur de vastes étendues qui en reçoivent leur fertilité.

Elles continuent alors leur descente à travers de charmantes vallées qui s’élargissent de plus en plus et dont elles deviennent en les arrosant une source de fertilité, tout en présentant à l’industrie et au commerce des moteurs naturels.

C’est dans ces vallées et sur les hauteurs qui les entourent que règne la praticulture par excellence, c’est là que s’étend la végétation

plus ou moins plantureuse des herbages vosgiens. 3) Le sol.

Les terres sont pour la plupart un mélange de sable et d’argile (lehm-loess). Elles sont généralement pauvres en calcaire, sauf dans les environs de Molsheim, de Ribeauvillé et de Kaysersberg, où la couverture de Calcaire-coquillier est à nue. Elles sont d’une culture moins difficile dans les bas-fonds des vallées qui contiennent par endroit de l’humus, mais elles sont dures et peu fertiles dans les hautes vallées, surtout là, où il y a des terrains d’éboulis granitiques ou sabloneux

en pente qui sont en grande partie arides et peu herbeux. 4) Le climat.

Le climat, tant dans la montagne que dans la pleine est influencé par la situation géographique et l’ouverture de la vallée du Rhin

vers le Nord. Variant selon les altitudes, le climat de la région est généralement doux. Il résulte du jeu de deux facteurs climatériques opposés, c’est-à-dire que par sa situation spéciale, la région touche à la limite du climat maritime qui influe par les vents d’ouest et du sud-ouest, et du climat continental arctique qui se manifeste par les vents du nord et du nord-est.

De cette façon le temps est souvent variable et nous amène des hivers en moyenne peu rigoureux et souvent pluvieux qui offrent pourtant des périodes de chutes abondantes de neige, suivies d’un froid sec et vif, lorsque le vent glacial du nord souffle assez longtemps, et des étés où des périodes de pluies abondantes varient avec celles d’une

chaleur intense se terminant maintes fois par des orages violents.

La quantité d’eau qui tombe sous forme de pluie ou de neige est moins abondante dans la plaine que dans la montagne, où les courants humides du sud-ouest causent des chutes massives qui se mélangent au printemps avec les eaux de la neige fondue sous l’action des foehns pour se précipiter en torrents sauvages et souvent dévastateurs

dans la plaine.

Selon Mundel, le pluviomètre indique sur les sommets des Vosges méridionales plus de 2000 mm. d’eau, tandis qu’il n’atteint guère que 600 mm dans la plaine entre Strasbourg et Bâle.

Inversement la température baisse de 0° 6 C en montant de 100 m, d’altitude ; elle descend à une moyenne de 8° C sur les hauteurs où la neige tombe déjà en octobre pour rester permanente jusqu’en

avril-mai.

En temps brumeux on peut jouir d’un phénomène atmosphérique des plus beaux: En montant au-dessus de la «mer de brouillard» où l'air est froid et immobile, brouillard qui recouvre le bassin rhénan et les bas-fonds des vallées, on est frappé du climat presque printanier qui règne sur les hauteurs des sommets baignés dans un ciel clair, et dont la coupole blanchie par une couche de neige resplendit au soleil. Au-delà de ce voile épais de brouillard dont la surface opaque est en mouvement ondulatoire constant, l’oeil observera à travers l’air chaud et transparent la masse plus compacte des sommets de la Forêt Noire et, tout à l’horizon, le profil et les glaciers de

la chaîne des Alpes.

5) La végétation des Vosges ei la culture des plantes.

La situation géographique, les conditions géologiques et climatériques, la formation du sol et les conditions de son irrigation ont imprimé leurs caractères à la végétation des Vosges et indirectement aux animaux qui s’en nourrissent soit en broutant les herbes des pâturages, soit en mangeant les produits de la culture des terres vosgiennes.

Si une végétation puissante peut être la condition première pour obtenir de grands animaux, un sol moins fertile produira par contre des sujets d’une constitution plus fine, plus légère et généralemen? très utiles comme animaux de trait et de production laitière.

Le fond des vallées est couvert d’un tapis de fraîche verdure qui s'étend le long des cours d’eau pour monter en forme d’une bande sinueuse et verdoyante plus ou moins large jusque dans les hauts vallons et les gorges étroites des moindres ruisseaux. Ces prairies interrompues ça et là par quelques champs de culture d’une fertilité médiocre qui deviennent rares en mesure qu’on monte dans les vallées, sont ordinairement bien entretenues et soigneusement drainées par des rigoles et amendées par endroits artificiellement par des scories ou des engrais chimiques. Dans ces conditions l'herbe en est abondante et de bonne qualité. Autrement elle est acide et de qualité inférieure On la fauche deux fois par an, ordinairement à la main et, une fois sechée, la récolte est transportée en voiture là où le terrain s’y prête; ou bien souvent elle doit être péniblement descendue à dos d’homme des pentes herbeuses et des hautes pelouses.

Les prairies fournissent la majeure partie des fourrages servis aux animaux de stabulation et à ceux qui ne sont nourris à l’étable que pendant l’hiver.

En automne, aussitôt que le regain est au grenier, les bêtes d’étable y sont menées paître l’herbe repoussée jusqu’au moment, où la neige et le froid les empêchent de quitter l’étable.

Les côteaux des Vosges dont un joyeux soleil échauffe et féconde les flancs bien exposés, sont recouverts de vignes qui produisent une grande quantité de vin généreux blanc ou rouge, À côté on voit des terrains exploités par la culture des pommes de terre, des betteraves, trèfles, des seigles ou plantés d’abres fruitiers, dont les cericiers, les

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pommiers, les poiriers jouissent d’une grande renommée par leurs fruits savoureux.

Les collines sous-vosgiennes se revêtent jusqu’à une hauteur de 800 m de forêts où abondent diverses essences de bois, telles que le hêtre, le chêne, le châtaignier, l’acacia, le pin, le charme, l’érable, le mérisier, le tremble, l’orme etc. De 800 à 1.000 m d’altitude on trouve le sapin (blanc) et le hêtre. Au-delà croissent encore les pins couchés ou les pins nains qui forment la limite de la végétation forestière.

La région des conifères est bordée par en-haut d’une zône, où domine le hêtre qui y prend sous l’influence de la neige et du vent des formes de plus en plus basses jusqu’à ne plus présenter que des fourrés impénétrables. Ces hêtres aplatis s’avancent sur les pâturages en des buissons ou îlots que la dent des bestiaux qui en broutent volontiers les bourgeons, contribue à maintenir au ras du sol. Ces sortes de placages de hêtres rabougris sont une formation végétale très singulière et caractéristique des paysages des Hautes-Chaumes (2).

Mundel est de l’avis que la dénudation des sommets vosgiens quant à la végétation forestière est due pour une large part à des défrichements qui remontent probablement au haut moyen-âge à l'effet d'augmenter la surface des pâturages, car elle n’affecte que les croupes aplaties de grande dimension, tandis que les montagnes de formes plus accentuées, quoique d’altitude correspondante, sont boisées entièrement.

La végétation des vastes pentes dénudées, herbeuses et d’éboulis granitiques (telles qu’on en trouve surtout dans la haute vallée de la Bruche) et des Hautes-Chaumes (Champ de Fé p. ex.) est des plus variées. Sur les vastes pentes on trouve à côté d’arbustes tels que le genêt à: balais, le houx, le chèvre-feuille, la bruyère et plus en bas le coudrier, plusieurs variétés de rosiers, le genévrier, le framboisier, la ronce, la myrtille naine, le cericier nain etc, des plantes estivales qui croissent en forme de touffes sur un gazon par endroit serré, d’espèce herbacées provenant en partie de la plaine et des régions sous-vosgiennes, d’où elles remontent les vallées. Sur les Hautes-Chaumes enfin ce sont des espèces alpines et subalpines qui dominent parini la flore des gazons croissant sur une épaisse couche d’humus qui repose directement sur le granit.

Parmi les plantes alpestres qui font l’ornement des pentes herbeuses et de la végétation des Hautes-Chaumes et dont le botaniste

trouvera une moisson ample et variée, je ne mentionnerai que quelques-

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uz03 dent les fleur: tantôt indigo-pourpre, velouté, tantôt bleu-pâle, tricolore ou pourpre, rarement entièrement jaune, font le charme des pâturages des hautes régions vosgiennes: Anemone alpina, Angelica pyrenaia, Mulgedium alpinum, Valeriana tripteris, Gentiana lutea, Viola erandiflora (pensée des Vosges) etc. -

En résumé, la flore dans les hautes régions des Vosges frappe par le très grand nombre des espèces surtout en ce qui concerne les plantes alpestres et subalpines mêlées aux nombreuses espèces herbacées des hauts et bas pâturages qui, par migration, ont trouvé un passage libre à travers les vallées profondément entaillées et relativement peu boisées.

TOUT EN AUGMENTANT PAR SES VARIÉTÉS MULTICO- LORES L'ASPECT PITTORESQUE DE NOS VOSGES, CETTE FLORE DE PATURAGE DONNE AUX ANIMAUX VOSGIENS QU'ON MÈNE PAITRE À TRAVERS LA MONTAGNE, UNE NOURRITURE HER- BEUSE SUFFISANTE QUI, QUOIQUE MAIGRE PAR ENDROITS, N’EST FAS DÉPOURVUE D’UNE SAVEUR SPÉCIALE ET FAIT PRODUIRE À LA VACHE VOSGIENNE UN LAIT DE BON GOUT, TRÈS RICHE EN MATIÈRES GRASSES QUI SERT À LA FABRI- CATION D'UN BEURRE DÉLICAT ET AROMATIQUE ET D'UN FROMAGE EXQUIS RENOMMÉS DANS TOUT LE PAYS ET HORS DE SES LIMITES.

6) Considérations sur la propriété du sol et du cheptel.

L’exposé historique que nous avons fait plus haut des phases qu’à traversées l’agriculture alsacienne pendant les derniers siècles, nous a montré que l'élevage et l’exploitation bovine se faisait aux premiers temps connus par la culture pastorale. On y voyait jusqu’au XVT siècle d'immenses étendues de pâturages avec de nombreux troupeaux de bestiaux parcourant les terrains abandonnés à une végétation spontannée.

Cependant déjà en ces temps lointains une lutte âpre se joua pour la propriété du sol. On constata comme principal souci des populations rurales celui d’avoir facilement de la nourriture pour leur bétail; toujours elles avaient soin de revendiquer comme une liberté communale le droit de vaine pâture sur les friches et les jachères, même sur les terres de la noblesse et du clergé. L'organisation des

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