INTRODUCTION
Je me suis proposé de présenter dans ce travail une étude de la population bovine qui habite la plus grande partie de nos régions montagneuses des Vosges; la race bovine des Vosges ou simplement, {2 race vosgienne. Il traitera spécialement des bovins des régions montagneuses des Vosges d’Alsace, où j’ai eu l’occasion d’apprendre à les connaître et à les apprécier tout particulièrement dans leurs qualités typiques et utiles lors de mes tournées de service et au cours d’excursions faites dans les Vosges de mon pays natal.
De cette façon cette étude sera peut-être un supplément à la thèse remarquable de M. Bédaride, docteur vétérinaire à Bourbonneles-Bains, sur la race bovine des Vosges spécialement occidentales ; peut-être aussi ce travail déterminera-t-il un de nos zootechniciens alsac'ens à traiter l’utile et vaste sujet de la domestication, de l’élevage et de l’amélioration des autres espèces animales existant en Alsace, car nos races d'animaux domestiques, notamment les races bovines, n’ont donné lieu qu’à un très petit nombre d’études et de travaux, alors que les richesses de notre flore ont fait surgir une abondante littérature spéciale concernant cette partie de l’histoire naturelle.
Certes, notre petite race vosgienne, à la taille moyenne, mais de caractère si typique, ne peut être rangée que bien loin après les grandes races améliorées de l’espèce bovine, mais elle n’est pas moins appréciée par les connaisseurs et les éleveurs, parmi lesquels je compte avant tout nos montagnards qui connaissent ses qualités de bonne laitière, sa santé robuste et sa constitution rustique et qui l’ont conservée en raison de ces qualités en culture pastorale depuis les temps lointains, où l’histoire commence à mentionner l’existence d’une population bovine domestiquée dans les Vosges.
Quiconque a excursionné dans lés Vosges qui bordent l’Alsace d’une chaîne continue et dont les crêtes avec leurs belles forêts pré-
sentent un aspect si remarquable par la variété, la beauté des sites
et la multitude de richesses a pu voir un peu partout paître paisiblement dans les prairies verdoyantes, sur les nues des cimes ou sur les alpes des Hautes-Chaumes, la petite vosgienne, fine de conformation à la robe généralement pie-noir quelquefois pie-rouge, complétant pour ainsi dire l’ensemble d’un spectacle, grandiose digne de l’imagination d’un poête et formant un tableau pittoresque pouvant être retenu par le pinceau d’un peintre. É
Le bovin vosgien tel qu’il a vécu à l’état primitif et tel qu’on le rencontre encore de nos jours: en contacte intime avec la nature, d’où il puise sa santé parfaite, sa rusticité solide et ses aptitudes remarquables est le vrai produit de son milieu, des conditions du sol, du climat et des conditions d'existence de nos régions vosgiennes. Il est la bonne race à la bonne place, race qui, trop peu connue hors des régions où elle vit et souvent méconnue dans ses aptitudes et qualités laitières, mérite de toute l’attention des services zootechniques du pays qui, il faut le reconnaître, lui ont témoigné les soins les plus bienveillants depuis plus d’un siècle et surtout après la grande guerre, qui la si brutalement décimée et dont quelques régions vosgiennes et avec elles la population bovine, ont si cruellement souffert. Ces soins ont visé sa reconstitution, l’encouragement des éleveurs et l’amélioration de l’élevage par des directives et des méthodes zootechniques bien étudiées et appliquées par voie administrative, par des subventions diverses, par l’organisation d’expositions et de concours suivis de distribution de primes diverses,
Je dois, à cette place, un hommage respectueux à M. Zundel, Inspecteur Général, Chef des Services Vétérinaires d'Alsace et de Lorraine, l’éminent zootechnicien qui, pendant toute sa vie, ne s’est lassé d'apporter ses connaissances profondes à son expérience éprouvée en matière de zootechnie pratique au profit surtout de l'élevage de la race vosgienne qui lui a toujours tenu au coeur. Il est l'organisateur d’un service zootechnique modèle qui a fait ses preuves et fonctionne en Alsace et Lorraine à la grande satisfaction des éleveurs, ce qui a été reconnu à sa juste valeur par le Gouvernement de la République. Grâce à ses hautes connaissances en matière de zootechnie et d'élevage méthodiquement appliqué, on a pu maintenir la vosgienne sur le versant oriental des Vosges et activer le développement de cette race pendant la période d’avant-guerre, puis sa reconstitution et son amélio-
ration d’après-guerre, réaliser ce dernier travail en peu d’années à tel
oe—
point, que les résultats égalent et dépassent même, dans quelques centres d'élevage, ceux obtenus avant-guerre.
J'ai emprunté de nombreuses idées à ses publications remarquables sur la race vosgienne, et je lui exprime mon affectueuse gratitude pour les bienveillantes prévenances qu’il m’a témoignées, et les bons conseils, dont il a bien voulu me guider pendant l’exécution de ce travail.
Que ce travail puisse contribuer à l’étude plus approfondie de la race vosgienne, qu'il la fasse mieux connaître dans ses qualités originales et typiques pour mieux la faire apprécier au point de vue de son rendement comme bonne laitière, qu’il encourage à poursuivre l'amélioration de ses excellentes aptitudes naturelles par les méthodes zootechniques qui y sont conseillées aux éleveurs et par l’application bien comprise. des mesures administratives en vigueur en Alsace et Lorraine qui visent ce même but et dont j'y fais mention, voilà à
quelle fin j'ai entrepris ce travail et c’est le voeu qui l’accompagnera.