‹ La Race Chevaline Percheronne Formation, Expansion et DébouchésChapitre 10 sur 33 · ORIGINES DU CHEVAL PERCHERON · texte numérisé non relu

ORIGINES DU CHEVAL PERCHERON

L'origine des races chevalines ayant toujours fait l’objet de discussions, on ne saurait s'étonner que les hippologues ne soient pas d’accord sur l'origine du cheval percheron; les uns, en effet, le font remonter au déluge, d’autres aux Croisades, tandis que certains affirment avec conviction qu’il n’existait pas encore au dixhuitième siècle.

SANSON, un des grands noms de la zootechnie française, fait descendre le cheval percheron de son Equus Caballus Sequanicus qui peuplait, d’après lui, tout le bassin parisien à l’époque quaternaire. À l’appui de sa thèse il apporte un document authentique, susceptible de prouver que le type percheron existait déjà aux lieux où il se trouve à présent, dès l’époque géologique qui a précédé l’époque actuelle. ,

Emile MARTIN a trouvé, en 1868, dans le diluvium non remanié du bassin parisien de la Seine, dans les sablières de Grenelle si riches en débris de la faune quaternaire, plusieurs ossements de cheval dont un crâne à peu près entier. Ce crâne conservé au Muséum d’histoire naturelle de Paris, où il a été parfaitement restauré par le rapprochement de ses fragments brisés lors de son extraction par les ouvriers fouilleurs, est un des rares crânes complets de cette époque que la science possède.

Admis les premiers à examiner ses débris avant leur reconstitution, SANSON fut frappé des ressemblances que

NON, Len

chacun des os présentait avec ceux du crâne du Percheron actuel. Par la suite, une comparaison méthodique lui a permis d’en établir la complète identité. D’autres auteurs, par contre, affirment que le cheval percheron descend des, Croisades. Pour Ch. du Hiys, il n'est qu’un « gros arabe que le climat et les circonstances particulières ont modifié et dégénéré ». PERRAULT. s'exprime, lui aussi, à peu près dans les mêmes termes. Quant à TROLLET, il est moins affirmatif. « Il ne faut pas, dit-il, déduire de la chanson d’un trouvère du quatorzième siècle sur un seigneur percheron qui luttait à Poitiers : | Ce biau sire de Trie Sur son blanc destrier Contre gent ennemie S’en allait pour guerroyer.

que les chevaux percherons étaient blancs. On a coutume de nommer blancs des chevaux gris clair et il y a tout lieu de penser que les chevaux percherons du onzième siècle étaient gris >», comme le sont encore à notre époque ceux de pure race.

Les anciens chroniqueurs racontent qu’une trentaine de gentilshommes percherons à la tête desquels se trouvait le comte Rotrou, partirent pour la première croisade et ramenèrent de Palestine plusieurs étalons orientaux dont ils conservèrent précieusement le type. Le seigneur de Mondoubleau en aurait été le plus zélé propagateur. Il fut imité par Roger de Bellesme qui introduisit la race arabe dans ses domaines. Il existait peutêtre déjà, dans le pays, des chevaux pris à Abderame, lorsque Charles Martel le vainquit à Poitiers en 732; on

y ajouta probablement d’autres chevaux ramenés d’Espagne lorsque Rotrou alla guerroyer en Castille.

A l’appui de cette thèse, citons encore avec TROLLET, un fait curieux. En 1861, on a mis au jour près de Jargeau (Loiret), non loin du Perche, un caveau contenant une statue de Bacchus entouré de bracchantes accompagnées de divers animaux et, en particulier, d’un cheval qui présentait tous les caractères d’un gros arabe. Or, n'oublions pas que le cheval percheron est regardé par certains comme un arabe grossi par le milieu.

Avec l’extinction de la féodalité les luttes devinrent moins fréquentes, puis disparurent. Dès lors le cheval percheron serait devenu purement agricole et aurait subi les modifications que nécessitaient les exigences de sa nouvelle destination.

Alors, si le cheval percheron existait dès le déluge ou dès les croisades, pourquoi, au dix-septième et dix-huitièmes siècles, ne trouve-t-on pas sa trace dans les Haras?

En effet, dans les « Etats et procès-verbaux de visite des Haras » des diverses généralités de la région, on signale la présence d’étalons normands, danois, allemands, anglais ou barbes, mais on ne parle pas d’étalons d’une race locale.

Dans les ouvrages de GARSAULT et DE LA GUÉRINIÈRES au dix-huitième siècle, il n’est nullement question du percheron dans les chapitres consacrés aux chevaux d’attelage.

Pour Musset, la première mention qu’il connaisse des chevaux du Perche date de la fin du dix-septième siècle; Nopor, en 1695, nomme le Perche parmi les « provinces où l’on peut élever de bons chevaux de trait ».

ARSTOE

Un mémoire sur les Haras de la généralité de Tours, et datant de 1790, dit de la contrée arrosée par l’Huisne et la Sarthe : « Le goût des chevaux y est passablement en vigueur depuis environ dix ans par imitation peutêtre et comme étant limitrophe de la Normandie ».

D'ailleurs, à cette époque, le cheval de trait ne pouvait guère exister puisque, tandis que les voyages se faisaient à cheval, les transports s’effectuaient à dos. Il faut ajouter qu’à ce moment on s’occupait surtout des carrossiers, pendant que les sommiers étaient négligés. Par suite de la défectuosité des produits culturaux, dans toutes les régions où l’on ne s’adonnait pas à la production de cheval de selle ou de voiture légère, on employait, tels quels, les chevaux du pays pour le roulage et les travaux des champs, sans nul souci de leur amélioration en vue d’un meilleur rendement du travail.

A la suite de ce rapide coup d’œil historique que conclure? Nous nous rangerons à l’avis autorisé de MÉGNIN: « Le cheval percheron date peut-être de époque celtique; mais sans doute était-il alors de qualité faible puisqu'il n’en est presque nullement question au dixseptième et dix-huitième siècle, époques où les bons chevaux étaient recherchés et où la France consacrait des sommes énormes pour en tirer de l’étranger ».

Page 1