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FORMATION DE LA RACE PERCHERONNE

Presque tous les auteurs s'accordent à reconnaitre que la race percheronne est de création relativement récente. Si, en effet, nous partons de ce principe qu’il n'y a pas de race bien définie sans Stud-Book, c’est à l’année 1883, date de la création du Stud-Book percheron, que nous devons faire remonter la race percheronne. Mais si l’on tient compte de ce fait que l’établissement d’un Stud-Book avait déjà été tenté dès 1862, et que les éleveurs de l’époque attendaient depuis longtemps l'institution de ce livre généalogique, c’est entre 1830 ct 1840 que l’on peut fixer l’origine effective de la race percheronne, en tant que population chevaline homogène et déjà distincte.

On la fait descendre, en effet, de Jean le Blanc, né en 1824, près de Regmalard, et fils de l’étalon arabe Gallipoli. Un de ses fils, Mignon, né dans l’Eure-et-Loir, fut père de Coco et l'ancêtre de Vieux Chaslain et de Coco Il; tous les éleveurs du Perche ont encore des descendances de ces fameux étalons.

En tous cas, c’est vers 1840 que fut installé à NogentleRotrou un comice agricole se réunissant chaque année dans le but d'améliorer l’agriculture en excitant parmi les éleveurs et les cultivateurs une noble émulation, et distribuant des primes d'encouragement aux propriéaires des plus belles juments poulinières, Les éleveurs

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percherons furent probablement sensibles à cet encouragement, car, c’est de cette époque que date réellement la véritable renommée des chevaux du Perche,

Mais ce n’est pas uniquement pour cette raison que, du jour au lendemain, ce Perche qui possédait quelques équidés de qualité médiocre, va devenir le berceau d’une race célèbre. Il en est une autre beaucoup plus importante : la transformation de l’agriculture dans ce pays, à la fin du dix-huitième siècle et au commencement du dix-neuvième siècle, amenant une modification de lPélevage et du marché.

En 1823, DUREAU DE LA MALLE, dans son livre Le Bocage percheron, raconte qu’il y a 30 ou 40 ans, les terres étaient divisées en trois soles et se louaient pour trois, six ou neuf ans, au choix du bailleur. Quelques-unes se louaient « à moitié ». Le maître fournissait le mobilier, son métayer le travail et on partageait les revenus. Il y avait beaucoup de friches, de pâtis couverts d’épines et de taupinières, de bruyères, de chemins inutiles, de terrains vagues. L’assolement était triennal. La première année, on fumait médiocrement et on semait du méteil ou du blé et de lorge ; la seconde, on semait, sans fumer, de l’orge et de l’avoine; la troisième année, la terre se reposait ou plutôt se couvrait de nielle, de chardons, d’ivraie, de mauvaises herbes.

La seule ressource pour lalimentation du bétail était de le faire paître dans ces jachères. Si ce mode de culture assurait la nourriture des habitants, il ne permettait pas de nourrir beaucoup d'animaux, ni surtout de les bien nourrir. Ces inconvénients tenaient surtout au peu de durée des baux conditionnels qui se trouvaient résiliés à la mort de l'entrepreneur et au peu de profit que

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pouvaient espérer les fermiers, soit dans les baux à moitié, soit dans les locations de trois, six ou neuf ans.

Or, au commencement du dix-neuvième siècle, la condition des cultivateurs et les usages en matière de baux se transformèrent. Le métayage disparut presque complètement; les baux, en grande partie, se firent en argent et non plus en nature; on porta la durée de ces baux à 16 ou au moins à 12 ans. Désormais, le fermier à long bail est maître chez lui pour une durée suffisamment longue; aussi améliore-t-il sa terre et ses procédés de culture, sûr que le profit sera pour lui.

La transformation consista essentiellement dans la suppression de la jachère et l’abandon du vieil assolement triennal. À la place de la jachère, on introduisit des prairies artificielles, notamment du trèfle, qui tout en améliorant la terre, permettent aux bestiaux une nourrittre meilleure et plus abondante. L’assolement devint quadriennal : blé, avoine, trèfle semé la troisième année et récolté la quatrième année. Dans ce mode de culture la part destinée à l’alimentation de l'homme reste la même, celles destinée aux animaux augmente notablement.

À la suite de ces transformations importantes le marché et l'élevage du percheron furent modifiés.

À la fin du dix-huitième siècle les poulains du Perche se partageaient en deux groupes : les moins nombreux, un tiers environ, propres au labour, étaient vendus dans la Beauce où ils se confondaient avec les poulains venus des autres parties de la France et où ils étaient employés au travail des terres, puis revendus pour les postes; les plus nombreux, petits et frêles, propres à la selle, étaient demandés par la Normandie où on ache-

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vait leur élevage pour les vendre plus tard sous le nom de Normands.

Au début du dix-neuvième siècle, les chevaux normands furent moins recherchés et les poulains du Perche trouvaient donc de ce côté un débouché moins avantageux. Au contraire, les chevaux de poste étaient de plus en plus demandés : c’est le temps du grand développement des transports rapides. Le cheval de trait, que l’on utilisait jusqu'alors uniquement pour la culture, fut donc essayé à certains emplois qui exigeaient de lui, à la fois, force et vitesse. On vit qu’il remplissait très bien la tâche demandée et tout de suite il devint indispensable. Mais comment satisfaire sur-lechamp des demandes aussi nombreuses ?

Les chevaux picards et cauchoiïs devenaient trop massifs et trop mous pour tirer au trot les nouvelles diligences. Dans la masse des chevaux vendus par les Beaucerons, seuls, les poulains d’origine percheronne, de moindre taille et plus vifs, étaient propres au nouveau service. La Beauce, dès lors, ne demanda plus ses poulains qu’au Perche; celui-ci cessa peu à peu de vendre à la Normandie et, de cette époque, date l’association dans l’élevage du Perche et de la Beauce, comme aussi la véritable formation de la race par son adaptation à un service qui lui créait un débouché très encourageant.

Puis, la demande en chevaux de postes allant toujours croissante et la Beauce n’y pouvant suffire, le Perche, non content de produire, se chargea aussi du dressage des jeunes. Les hauts prix des chevaux de poste rendaient l’élevage avantageux; la transformation agricole la rendait possible; enfin, le voisinage de Paris mettait le Perche dans une situation plus avan-

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tageuse que tous les pays éleveurs de l’ouest de la France.

Mais le Perche renonça, quelques années après, à mener lui-même l’élevage jusqu’au bout, hors en quelques points privilégiés (la vallée de l’Huisne, entre Condé et la Ferté-Bernard), parce que le commerçant demandait de plus en plus de chevaux et les exigait de plus en plus vigoureux. Il était donc préférable de produire plus, quitte à laisser à d’autres le soin d’achever l'élevage : le Perche avec ses prés et ses prairies naturelles était plus propre à faire le poulain, la Beauce, avec ses céréales, à parfaire le cheval tout en formant ses muscles par des exercices gradués.

Les chevaux venus du Perche étaient les meilleurs pour le service des postes; les marchands venaient en chercher dans le pays d’origine et savaient que les animaux qu'ils achetaient en Beauce étaient originaires du Perche : il n’en fallut pas plus pour faire donner le nom de percherons aux chevaux de poste. Ils étaient recherchés dans toute la France pour les transports rapides. Vers 1820, on les rencontrait dans tous les relais du Nord, de l'Ouest et du Centre jusqu’à Nantes, Tours, Limoges, Carcassonne, Lyon, Roanne, Autun, Dijon, Toul. « La force de cette race, écrivait J.-B. Huzarp Fils, sa dureté à la fatigue la rendent, en effet, pour le service du trait accéléré, tel que le service des diligences et des postes, la meilleure de toutes celles de France, et je n’en connais pas à l’étranger qui puissent y être comparées ».

Le Perche pratiqua la méthode de la reproduction de la race sans aucun apport étranger, ce fut presque une sélection. Pourtant il lui fallait produire de plus en plus, à mesure que la demande augmentait.

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On stimula la production sans que toutefois le nombre d’étalons en fut notablement accru; ce qui contribua à maintenir la pureté de la race et à fixer ses caractères.

La monte, en effet, était faite par un petit nombre d’étalons rouleurs. Un contemporain décrit ainsi la manière dont elle se faisait : « Les étalons vont chercher les juments à domicile; ils se mettent en route à la fin de février et ne rentrent qu’à la fin d’août; les conducteurs, à qui appartiennent souvent les étalons, les promêénent sans interruption, de fermes en fermes, de villages en villages, et leur font saillir chaque jour un nombre indéterminé de juments. Après ces services les étalons rentrent sans avoir souffert, ni être détériorés, et on les remet immédiatement aux travaux ordinaires de l’agriculture ».

L'industrie percheronne a donc suffi, comme le remarquait GAyOT, à créer la race percheronne, puissamment aidée qu’elle était par une activité commerciale intense, par une réputation qu’on a presque faite universelle. |

Mais le percheron de ce temps différait un peu de celui d'aujourd'hui. Il était moins élevé et moins volumineux. On le regardait comme le type du trait léger. Voici la description qu’en donne J.-B. Huzanp Fils : « La couleur la plus ordinaire est le gris clair tacheté et truité; la taille est de 1 m. 48 à 1 m. 55; son corps est moyen en grosseur; sa tête est carrée, sèche, à chanfrein droit, avec des éminences osseuses et peu fortes; elle n’est pas chargée de tissu cellulaire comme celle de la race boulonnaise; les joues en sont charnues cependant; les veux sont assez grands; l’encoulure est un

peu forte, un peu chargée de crins et souvent à crinière double; les épaules sont assez sèches à la partie supérieure, mais un peu chargée de crins à la partie inférieure sur le bras; la croupe est musculeuse, souvent double, courte; la queue est courte, attachée bas, ayant des crins grossiers ; les extrémités sont fortes, mais sèches; les articulations du genou et du jarret sont nettes, point empâtées comme dans la race boulonnaise, mais la partie inférieure de l'extrémité, à partir du milieu du canon, est commune, chargée de poils. Le tempérament sanguin domine »

Vers 1830, donc, pour employer l’expression de MUS- SET,« la variété percheronne commençait à acquérir des caractères fixes, elle tendait à devenir une race ». Mais, de 1830 à nos jours, les caractères secondaires du cheval percheron, tels le format, la robe, ont changé à plusieurs reprises; au contraire les caractères ethniques principaux, pathognomonique pourrait-on dire, de la race n’ont jamais évolué. Pourtant l’élevage, dans ce court laps de temps, a subi plusieurs crises graves et, à la suite de chacune d’elles, nous nous sommes trouvés en présence d’un cheval percheron rajeuni, plus à la mode, mais non tellement différent du type idéal.

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