‹ La Race Chevaline Percheronne Formation, Expansion et DébouchésChapitre 23 sur 33 · M TU EE · texte numérisé non relu

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ÿ a peu d'achats faits pour le commerce proprement dit. Les éleveurs n’y amènent que des animaux de très noble origine, et partant de très grande valeur, qui sont réservés presque uniquement pour la reproduction ou pour l'exportation.

Les prix atteints par les animaux trouvés dans le commerce varient avec leur âge, leur format et leur pedigree. Les bons chevaux d’origine, inscrits au Stud- Book, mais qui pour une raison ou pour une autre ne peuvent faire des reproducteurs, atteignent facilement aujourd’hui le prix de 10.000 francs.

Le commerce est chargé d’alimenter deux débouchés importants : la culture et les entreprises de transports.

La culture emploie plus de chevaux qu’il y a vingt ans. Cela peut paraître paradoxal alors que nous avons en France 300.000 chevaux de moins qu'avant guerre. Cette diminution porte presque exclusivement sur les races de selle et de demi-sang qui sont les victimes indiscutées du motorisme. Bien plus, malgré le tracteur, la culture aura de plus en plus besoin de chevaux et cela pour plusieurs raisons.

En grande culture métropolitaine, le tracteur n’est qu'un appareil d’accessoire et de complément, comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire. Il est d’un usage coûteux et l’agriculteur ne se résout à l’employer que lors de travaux urgents d’ordre saisonnier.

En outre, vu le morcellement de la propriété agricole, l'usage du tracteur est impossible dans la majorité des exploitations. Le petit propriétaire n’a pas les moyens financiers nécessaires pour acheter un instrument qui n’est pas, pour lui, indispensable. D'ailleurs, il ne possède souvent que des champs de petite contenance, aux

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contours plus où moins sinueux et qui ne permettent guère à un instrument aussi encombrant d'évoluer avec aisance. Puis, le tracteur ne se fractionne pas, tandis qu’on peut indifféremment atteler un cheval, deux, trois ou quatre chevaux (DECHAMBRE, n° 28).

Enfin, la terre est mieux travaillée, mieux cultivée qu’autrefois, ce qui nécessite un nombre plus élevé de chevaux.

Une autre remarque s'impose : à la campagne le bœuf de travail recule devant le cheval. Dans les environs de Bourges, par exemple, on importe maintenant du Perche des étalons et des juments pour remplacer le bœuf qui est d’un prix d’achat presque aussi élevé que celui du cheval, alors que ce dernier est plus souple et plus rapide; puis, au point de vue économique, il se rapproche du bœuf de travail puisqu”l est vendu pour la boucherie hippophagique qui a pris une si grande extension depuis un quart de siècle.

En général, le fermier de Beauce, puisqu'il représente le principal débouché agricole du Perche, achète le jeune cheval vers l’âge de dix-huit mois. Il le soumet alors à un travail léger et progressif et à un régime alimentaire très riche. L’avoine devient le fond de la nourriture du cheval; à dix-huit mois, il consomme 4 à 5 kilogrammes par jour de cette avoine du pays qui passe pour l’une des plus nourrissantes. À 5 ou 6 ans, quand le cheval est formé, le fermier garde pour son usage personnel les animaux de moins grande valeur ou pourvus de légères tares qui pourraient s’accentuer avec un travail sur un sol dur, et vend au contraire, à prix élevé, ceux qui sont exempts de tous défauts. Ce sont des chevaux qui serviront aux transports.

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Le cheval percheron est toujours très en faveur dans les entreprises de transport, parce qu’il est franc, courageux, fort et vite, c’est-à-dire pouvant traîner au tro: une assez lourde charge.

Le motorisme avait, à un moment donné, fort ébranlé sa réputation, mais, depuis quatre à cin qans, il tend à reprendre le dessus, et, à l'heure actuelle, de nomibreuses maisons de commerce reforment une cavalerie qu'elles avaient dispersés.

Au point de vue sentimental d’abord, des commerçcants tiennent à la beauté des attelages qui promènent dans Ia capitale, sur leurs voitures de livraison, le nom de leur firme. Et ce sont ceux-là qui, chaque année, font défiler leurs équipages de travail au Grand Palais, lors du Concours hippique. Ils y étaient au mois d’avril de: nier, particulièrement nombreux.

Au point de vue nationale ensuite, nous avons intérêt à soutenir le cheval tractionneur. C’est un consommateur de foin, d’avoine, et d’autres aliments récoltés sur notre sol. L’essence, au contraire, avec son prix élevé, fait passer beaucoup de capitaux français à l’étranger.

Mais ce sont surtout des constatations d’ordre économique qui militent en faveur du cheval. Sur les grandes distances, comparativement à l’automobile, le cheval de livraison est handicapé. Mais il en est autrement sur de petits parcours. C’est pourquoi, à Paris, et dans les grandes villes, le cheval économise environ 50 % à la maison qui l'utilise.

En calculant le prix de revient de la tonne kilométrique sur 35 kilomètres, ce prix s'établit à 1 fr. 08 avec l'automobile et à 0 fr. 51 avec le cheval. I faut qu’une automobile fasse deux fois et demie le trajet d’un che-

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val pour le concurrencer et cela ne se produit que très rarement à Paris et dans les grandes villes où une voiture n'arrive qu’exceptionnellement à totaliser un parcours de 90 kilomètres (DArLY, n° 21). Une économie de 0 fr. 57 par tonne kilométrique est appréciable; aussi s’explique-t-on que les grands magasins, les maisons d'alimentation et, d’une façon générale, toutes les entreprises bien administrées qui ont à faire des livraisons avec de fréquents arrêts, soient restées fidèles au cheval.

Voici, pour nous résumer sur ce paragraphe très important et d'actualités, ce qu’en disait un partisan de la traction hippomobile à un journaliste qui l’interviewait : « Un bon cheval nous coûte cher, mais il nous fournit en moyenne dix à onze années de travail. Acheté vers 5 ans, il peut, s’il est bien entretenu, nous servir jusqu’à 15 ans. Et à ce moment, étant donné l’importance prise par la boucherie hippphagique, notamment dans l’industrie des conserves, nous pouvons le revendre un très bon prix. Cette circonstance, ajoutée au fait d’un amortissement réparti sur dix ans, et par conséquent long, fait que le cheval ne nous coûte presque rien.

« L'automobile, au contraire, est fort onéreuse. D’un prix d'achat initial toujours plus élevé que celui d’une paire de chevaux, elle est vite hors d’état. Après trois ou quatre ans de service quotidien, elle doit être envoyée à la ferraille. Quel prix alors en tireronsnous ?

« Voici un camion de 40.000 francs: nous le revendons 8 ou 9.000 francs. Il nous faut donc, en trois ans, amortir un capital de plus de 30.000 francs. C’est dur.

« Cest que le matériel automobile, soumis dans

nr, Paris à des à-coups répétés, à des départs fréquents, à des arrêts brusques, manié par des gens souvent exaspérés par les difficultés de la circulation, s’use vite. Et quand le moteur tourne à l’arrêt, l'essence n’en est pas moins dépensée.

« Ajoutez les frais d'assurance, les impôts tous plus chers pour l’auto que pour le cheval, vous conviendrez que même les frais d’entretien sont moindres pour Panimal que pour la machine.

« L'entretien journalier d’un animal de trait, y compris la ferrure, la nourriture et le harnachement, est d’environ 25 francs par jour, soit 50 francs pour une voiture de livraison, et de 100 à 150 francs pour une voiture de transport. C’est cher, mais le camion automobile est encore plus onéreux.

« Enfin le fumier de cheval, qu'aucun engrais ne peut remplacer pour la culture maraïchère, a, du fait de sa rareté, subi une plus-value importante, source : d’un rotable profit.

« Une seul chose plaide en faveur de auto, la vitesse. Pratiquement dans une ville embouteillée, ce facteur ne joue pas.

« Ayons donc des chevaux pour le transport des marchandises dans un rayon restreint; gardons l’auto pour les plus longues distances alors qu'intervient l’élément temps. L’auto et le cheval ne sont pas plus antagonistes que le rail et la route. C’est en combinant ces deux moyens de transport que nous obtiendrons les meilleurs résultats ».

Que les éleveurs du Perche ne s’alarment pas, le cheval percheron a encore, dans ces différentes spécialités, de beaux jours à vivre!

CHEVAUX « PERCHISES »

L'expansion de la race percheronne a été très importante en France à un moment donné. Il existe en divers endroits du territoire national des chevaux qui rappellent le percheron par certains caractères et qui s’en éloignent par d’autres : ce sont des chevaux « perchisés », ou bien nés dans le Perche et élevés dans une autre région, ou bien nés dans un autre pays et élevés dans le Perche.

Vers 1880, époque à laquelle le percheron était très en honneur et où les éleveurs ne pouvaient satisfaire à toutes les demandes, on amena dans le Perche beaucoup de jeunes boulonnais et de jeunes bretons qui, après avoir été transformés par le climat et le mode d'élevage, étaient vendus sous le nom de percherons. C’est avec la race bretonne que l’on pratiqua le plus souvent des croisements dont les produits réunissent les principaux caractères des deux races. Par exemple, pour la tête, nous pouvons avoir chez le même sujet une face un peu longue, un œil à fleur de tête, caractères du cheval percheron, et d'autre part, un profil concave, des oreilles petites, caractères du cheval breton.

Mais ces croisements se sont peu généralisés au point d'obtenir des types nouveaux transmettant leurs caractères distinctifs à leur descendance. Pourtant il existe en France trois races dérivées de la race percheronne : le cheval de trait de la Mayenne, du Maine et de l’An-

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jou, la race de trait augeronne et la race de gros trait du Nivernais.

1) Chevaux de trait de la Mayenne, du Maine et de l’'Anjou.

À l’ouest du Perche se trouve une région comprenant la partie ouest de la Sarthe, une partie du Maine-et- Loire et toute la Mayenne, où l’on élève un cheval de trait réunissant les caractères du percheron, et que l’on appelle le cheval de trait de la Mayenne, du Maine et de lAnjou ; sa désignation officielle est depuis 1927 Cheval de trait du Maine.

Pour le produire jusqu’à ce jour, l’administration des Haras et les étalonniers ont eu recours aux étalons venus du Perche. Les espoirs les plus grands sont permis sur l’avenir de l’élevage du cheval dans cette région. Surtout en ce qui concerne la Mayenne, on constate que dans un temps relativement court, puisque la création du Stud Book dans cette sous-race ne date que de 1907, on est arrivé à « produire des étalons si près du type percheron, dit GOUIN, qu’ils peuvent être employés à la reproduction sans craindre de retour atavique ». L’administration des Haras fait depuis quelques années des achats d’étalons nés dans la Mayenne.

On peut se demander alors pourquoi léleveur percheron n’a pas cherché, soit à s'étendre de ce côté, soit à trouver avec les éleveurs de cette sous-race un terrain d’entente qui sauvegarderait les intérêts des deux parties.

Ces pays avoisinants le Perche sont dans des conditions de climat, de sol et de culture identiques et quelquefois même meilleures que dans certaines parties de la zône

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admise. Ainsi les maigres sables du cénomanien qui constituent le canton boisé du Grand Lucé, admis dans la région percheronne, ne peuvent donner des produits de la valeur de ceux que l'on obtient dans-les cantons jurassiques de Conlie et de Eoué qui en sont exelus. Aussi n'est-il pas étonnant que les éleveurs de la Mayenne, du Mainc-et-Loire et de la Sarthe soient tous tombés d’accord pour demander au Comité des livres généalogiques de reconnaître leur Stud-Book de chevaux percherons nés hors du Perche.

La Société hippique percheronne a fait une première concession en admettant sur son livre généalogique les poulains issus de reproducteurs inscrits et présentés avec leur mère à une commission spéciale siègeant au Mans.

L'idéal serait une union puissante de toutes ces régions élevant le cheval percheron, tout en conservant à la Société hippique percheronne une influence directive qui assurerait ia vente de ses reproducteurs et en même temps éviterait le contact direct de son élevage avec une population équine désordonnée.

Nous touchons ici un problème délicat et malgré les avantages sérieux qui pourraient en résulter, l’on comprend facilement que la Société hippique percheronne, fière de son passé glorieux, hésite ur peu à se séparer de ec? qui a été acquis à force de patience et de persévérance.

2) Le cheval de trait augeron.

La vallée d’Auge est située dans les départements de l'Orne, du Calvados, et de l'Eure. Elle possède une popu-

lation chevaline composée presque exclusivement de chevaux de trait. Ceux-ci doivent être nés dans les vingt cantons compris dans les bassins de la Dives, de la Touques et de la Risle, pour pouvoir être inscrits au Stud- Book de la race, créé en 1915, et qui comprend, à l’heure actuelle, environ 5.500 noms.

Voici, donné par la Société hippique augeronne, la description du cheval dont elle s’occupe

« La tête des chevaux augerons est moyenne, à chanfrein très légèrement déprimé, portée par un cou de longueur moyenne, bien musclé, de position peu relevée, le front est large, l'œil vif et doux, l’oreille grande et bien placée.

« Poitrail large et decendu, la garrot dessiné, le rein puissant ; croupe longue et musclée, queue attachée haut, angles des épaules et des cuisses permettant des allures allongées. Membres puissants, genoux et jarrets larges et près de terre, canon court et large, paturons souples, pieds bien développés.

« La taille varie de 1 m. 58 à 1 m. 70.

« Crinière peu touffue, crins soyeux, queue bien fournie.

« Robe grise ou noire. Membres dépourvus de longs poils ».

Ce signalement ressemble fort àcelui du cheval percheron dont l’augeron n’est qu’un dérivé influencé par le milieu dans lequel il se développe. Le cheval augeron est massif et énergique ; il est apte à faire de gros transports à bonne allure.

3) Le cheval de gros trait du Nivernaïs.

Vers 1850 il existait dans le Nivernais un cheval com-

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mun que l’on croisa avec des étalons gris importés du Perche. Petit à petit, la race de trait nivernaise fut remplacée par une nouvelle race percheronne introduite presque de toutes pièces ; aujourd’hui les « chevaux nivernais ne sont, dit GALLIER, qu'une variété de percherons ».

Grâce à une subvention du Conseil général de la Nièvre, la Société des Agriculteurs acheta dans le Perche, à partir de 1875, des étalons de robe sombre qu’elle revendait à perte. Mais elle imposait aux acheteurs la condition de ne faire saillir que des juments des éleveurs de la Nièvre et de garder, au moins six ans, ces chevaux dans le département ; elle eut soin de choisir des étalons de même conformation et de même robe ; tous étaient d’un beau noir lustré ; le nivernais devint un « percheron noir ».

D'autre part, la Société acheta de bonnes juments qu'elle fit saillir à ses frais par des reproducteurs d’élite; à son exemple, encouragés par les excellents résultats obtenus, les cultivateurs sélectionnèrent les juments ; on n° conserva que les juments fortes, larges, étoffées ; la race devint douce, patiente, résistante. Bref, elle a tous les caractères de la race percheronne, et est, comme elle, une race de gros trait ; mais elle a été un peu moins grossie tout en restant de taille plus petite. Tous les animaux y sont de couleur noire.

Les produits du Nivernais devinrent aussi bons que ceux du Perche. Ces animaux sont pourtant d’un tempéament plus lymphatique, sans doute parce qu’ils ne reçoivent pas, au sortir du Nivernais, dans les pays de culture de céréales où s’achève leur élevage. (Auxerrois, Sénonais, sud de la Champagne pouilleuse, Brie),

le dressage spécial qui donne au percheron dans la Beauce, une partie de ses qualités.

Un Stud-Book de la race fut fondé en 1880 n’acceptant sur ses registres que les animaux possédant les caractères suivants : tête lourde au profil rectiligne ou souvent subconnexe dans la région du chanfrein ; tronc volumineux, membres forts ; extrémités souvent épaisses ; robe entièrement noire.

Le cheval nivernais est apte au service de la culture et du gros trait lent. Vers 1900 il était vendu pour l’Amérique où il allait grossir le nombre des chevaux qualifiés percherons. Aujourd’hui l'Amérique semble avoir perdu le chemin du Nivernais, comme elle a perdu celui du Perche.

Bref, au point de vue de ses débouchés intérieurs et de son expansion importante, la race chevaline percheronne a eu, dans le passé, une situation enviée de beaucoup. L'avenir promet d’être aussi brillant poux elle.

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