AVES
O notre H'staire ! éerin de perles ignorées ! Je baise avec amour tes pages vérérées.
O registre immortel, poème éblouissant Que la France écrivit du plus pur de son rang ! (La Légende d'un Peuple, Louis Fréc!ette).
Registre immortel ! Ces mots expriment-ils une réalité, ou ne servent-ils qu'à rendre la vision enthousiaste de notre poète national ? D'aucuns disent que la race française doit disparaître en Ams. rique, On trouve même qu'elle met bien des façons à mourir; et l’on est prêt en certains quartiers à lui voter des funérailles de première classe, C’est la race anglo-saxonne qui doit absorber la race française. Faut-il le dire immédiatement ? Beaucoup dés nôtres favorisent singulièrement cette absorp-
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tion d'une race au détriment de l’autre. A quoi bon, disent-ils, prolonger une lutte dont l'issue est fatale pour nous? Couchons-nous dans la tombe, et que les droits des nôtres soient sacrifiés sans retour au Manitoba, dans les provinces de l'Ouest, et partout en dehors de notre province.
Meme le vieux Québec n’a plus le droit d’exprimer sa pensée, parce qu’il est noyé dans le grand tout canadien.
Ces pessimistes ont-ils raison de jeter ainsi les armes et de ne plus espérer dans la divine Providenee qui a fait jusqu’à ce jour un miracle pour nons conserver et qui est disposée à le continuer, si nous savons sortir de notre engourdissement et prouver que nous somme; encore capables d'un effort sérieux vers l’avenir ?
Les pages que l’on me prie de présenter au public ont pour but de réveiller des énergies et de relever des courages en montrant dans un simple exposé . quelle est, à l’heure actuelle, la vitalité de la race française en Amérique. On « voulu réunir comme
en un faisceau des documents (pars qui concernent
les nôtres dispersés dans l'étendue du Dominion, des côtes du Pacifique aux rivages de l’Atlantique, depuis les glaces du Nord jusqu’au qua: rante-cinquième degré ; et même franchissant cette ligne qui nous sépare des Etats confédérés de la
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Républiqu: voisine, on retrouve là un vigoureux rejeton de la vaillante race des pionniers français qui ont gardé avec eux la croix du Christ et qui désirent vivre sur cette terre d'adoption avec leur foi, leur langue et leurs aspirations ancestrales, Toutefois, hâtons-nous de le remarquer, il ne peut être question, dans cette courte esquisse, de tous les groupes français des deux Amériques. On a laissé de côté les colonies prospères de la RG publique Argentine, du Mexique, de la Louisiane, aussi bien que les possessions de la France dans les Antilles et ses deux rochers à la porte du golfe Saint-Laurent, pour s'occuper seulement du groupe français qui, descendu sur les rives du Saint-Laurent et en Acadie, n’a cessé depuis bientôt trois siècles de se répandre sur tous les points de l'Amérique du Nord. Son histoire forme une des plus belles pages que l’on puisse proposer à l'admiration 8 des contemporains.
L'action individuelle de ses membres les plus hardis et les plus forts pourrait soutenir la comparaison avec celle des plus vaillants héros de lantiquité et des temps modernes. E la politique européenne avait permis à la France de seconder leurs efforts, les limites de la Nouvelle-France s’étendraient aujourd’hui d’un océan à l’autre, du pôle boréal aux rives ensoleillées du golfe du Mexi-
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que. Et si notre mère-patrie a connu la honte de cette.abdication mondiale, la faute n’en est certes pas aux descendants des dix ou douze mille colons... français du Canada. Sur les champs de butaille, dans l’œuvre des missions indiennes et de la prise de possession du sol, dans l’organisation civile, politique ou religieuse, les Canadiens-Français et les Acadiens ont fait preuve d’une fermeté et d’un esprit de suite qui les honorent, et ils ont conservé intactes, après cent cinquante ans de domination étrangère, leur religion, leur langue, leurs institutions et leurs lois. Noys avons droit de nous glorie eee Bien rares sont les écrivains qui nous ont marchandé leur admiration, après avoir étudié loyalement et e notre histoire.
Mais parce que des sympathies RE 85 que des compatriotes ont besoin qu’on leur présente des professeurs d'énergie, de modestes travailleurs que Js ne saurais trop louer, recherchent à la lumière du passé les raisons d'espérer en l’avenir que là Providence nous réserve. Ils font une revue de nos forces nationales et catholiques. Et sans flatterie, c'est une étude attachante et émouvante à la fois que celle de tous ces groupes français.
. Quand notre vieux drapeau, trempé ds pleurs emen, | Ferma son aile blanche et repassa les mers, Es U laissait livré à la conquête un petit peuple de 60 000 habitants qui sont devenus aujourd’hui, tant au Canada qu'aux Etats-Unis, 3 000 000. Certes, les Canadiens-Français, en se multipliant ainsi, : et en sauvant du naufrage en dépit d’assauts . répétés, leur langue et leur religion, ont fait preuve d’une merveilleuse endurance. II y 4 quel ‘que chose de touchant et de noble tout ensemble à défendre sa nationalité, héritage sacré, qu’auenn peuple, quelque dégradé qu'il soit, n’a jamais répudié, Aussi bien, regardons-nous avec. fierté nos ancêtres, fidèles au serment donné, conserver le Canada à la couronne britannique chaque fois que des canons anglo-saxons sont braqués sous les murs de Québec. C’est encore avec un sentiment d’orgueil, qu'après la guerre, nous voyons surgir de nos débats politiques des hommes dont le talent, l’éloquence et le patriotisme sont pour les générations actuelles un sujet de généreuse émula- : tion. Nos pères n'étaient pas seulement bons pour . offrir leur poitrine aux balles de l’ennemi ; ils croyaient avoir conquis le droit de parler au nom de leurs compatriotes, pour défendre les droits sa- - Crés qui devaient servir de protection au faible contre le plus fort. Les Panet, les Bédard, les
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Papineau ont, à ce titre, une place distinguée dans l’histoire. II est sans doute bon de le rappeler à ceux qui n'ont d’autre ambition que de faire silence... sur tons ceux qui ont empêché la destruction de notre race, dans la crainte de faire naître des courages prôts à défendre notre nationalité,
Les assimilateuts sont à l’œuvre et ils veulent que le Canada soit exclusivement terre anglaise. Ici, encore, nos plus grands ennemis seront quelques-uns des nôtres qui refusent d’admettre cette vérité primordiale : le Canada est une confédération anglo-française. “ Par constitution politique, disait récemment M Henri Bourassa, par sa composition ethnique, comme par le droit naturel, le Canada est une confédération anglofrançaise, e produit de l’union féconde de deux grandes et nobles races. II doit rester sous l'égide de la couronne d'Angleterre, le patrimoine d’un peuple bilingue ”. Mais hélas ! que n’a-t-on pas fait et que ne fait-on Pas encore pour effacer du sein de la race que l’on appelle conquise cette tradition vivace de son passé, qui est comme l’incarnation de son esprit. Le groupe acadien “ si intéressant par sa tragique histoire, si méritant de l'Eglise par sa fidélité et 85 son dévouement au milieu de ses longues souffrances”, est encore debout pour fournir l'éxemple . en ne Parvient pas à arracher lent national
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d'une race flère. II garde sa langue, avec sa foi et sa piété à PEtoile des mers. Qu’on le veuille ou non, le langage est et sera à jamais le signe distinctif, le caractère profond et vrai dont la Providence marque les différents peuples. C’est par le verbe que les hommes se distingueront toujours entre eux aussi bien que du reste de la création.
Et dans quel intérêt, je vous prie, veut-on fusionner les races, ou les absorber par une fusion graduelle? Est-ce pour favoriser le progrès sous toutes ses formes? Est-ce pour faciliter la diffusion du catholitisme? Si c’est l’un ou l’autre, ou ces deux motifs à la fois qui poussent à cet idéal, on commet de graves erreurs.
Nous voulons, nous, que les deux races vivent en harmonie ; mais nous ne voulons pas que les rapports de l’une à l’autre soient de maître à esclave, de vainqueur à vaincu. Pareilles relations favori. sent la personne de celui qui commande et diminue la personne de celui qui obéit. Les diverses familles de l’humanité ont reçu en partage des énergies, des vertus, des aptitudes nécessaires au genre humain. Chacune d'elles doit au monde Vapport des dons qu’elle a reçus. Mais voulezvous que pour 1a plus grande gloire de la patrie commune elle verse avec abondance ses — son
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intelligence, son être dans le fonds commun ? Wasservissez pas une race à une autre: vous étouffe-
ries les initiatives contraires au concept que une
se fait de la vie, de l'intérêt, du devoir, du vrai, du beau. La société entière se trouverait appauvrie de tout ce qu’une race arrêtée dans son dévelop- 5 pement spontané préparait de moissons nouvelles. La civilisation elle-même subirait des pertes proportionnées au joug d’intolérance que l’on ferait peser sur toute une catégorie de citoyens, dont on étoufferait dans le germe les qualités natives.
C’est ce qu’ont bien eampris les plus clairvoyants de nos gouverneurs anglai: Elle est présente à tous les esprits cette parole de lord Elgin: “ L’action réciproque des idiosynergsies nationales, loin de nuire à la prospérité commune, , introduit dans notre existence une verdeur, une fraîcheur, une impulsion éclectique, qui, sans cela ferait défaut “.
La conservation de l'élément fränçais et de la langue française, c'est un gage de grandeur et de Progrès pour la confédération canadienne. Oe dualisme national n’est pas un obstacle au développement d'une jeune nation, qui a tout à gagner à conserver l'héritage littéraire et social quelle tient des deux plus grands peuples de FEurope. Pareilles affirmations ont été également faites par le marquis ee e are me
| | PRÉFACE XIII — ͤ—— Dufferin. Le premier veut que ceux de nos conci- : toyens qui tirent leur origine de la vieille France s’attachent “à .conserver dans toute sa pureté le grand idiome qui est entré pour une si large part dans la formation de la langue anglaise ”.
C’est une vérité admise. Quand un Etat comprend plusieurs groupes d'origines diverses, chacun de ces groupes doit avoir la liberté de répandre la puissance particulière de pensée et d'énergie qu’il représente. Elle est profondément vraie cette parole de M. Etienne Lamy : “ Toute discipline d’uniformité où il pourrait y avoir collaboration de génies indépendants est un dommage. II n’est pas conforme à l'intérêt général que dans un Etat où, comme en Angleterre ou en Autriche, les races sont diverses, une seule étouffe les autres et gouverne ”.
Ce que nous demandons pour la race française en Amérique, c’est sa place au soleil, c’est ce que les Anglais appellent eux-mêmes le „ fair-play ”. Nous revenliquons nos droits acquis au prix de mille sacrifices. Aussi bien, est-ce faire œuvre utile que de venir dire aux nôtres leur nombre, leurs forces, les œuvres accomplies, pour les orienter à de nouvelles luttes et à de nouvelles victoires, Ils se doivent à eux-mêmes de conserver leur <aractère ethnique. L'unité de sang, de ee foi, d’histoire,
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de pays, de mœurs, d'intérêts, est, sans doute la force réparatrice des groupes nationaux. Rappelons-nous pourtant que les forces d'attraction, des | tinées à assembler les masses humaines en peuple tirent leur efficacité d’une volonté énergique, dont la fermeté sait triompher du temps et survivre aux
Ne craignons pas de perdre ainsi les sympathies des Angio-Sarxons. Nôs compatriotes d’origine britannique respectent la force et la sincérité, Ils n’ont du mépris que Pour ceux qui abjurent ou dédaignent leur nationalité. Partageant la même foi que les Als de la verte Hrin, victimes là-bas des injustices de l'Angleterre, nous nous rapprocherons d’eux dans une union plus étroite et plus intime, parce qu’elle sera faite de droiture et de respect mutuel. .
Ils se réjouiront, nous en sommes sûrs, de notre prodigieux développement, tout comme nous serons les premiers à admirer la beauté et la grandeur de f leurs œuvres, quand il leur plaira d'écrire le li rrd’or qui en transmettre le récit à leurs descendants.
Le progrès n’est donc pas retardé dans son essor par la coexistence des deux races. Le catholicisme, | von Plus, ’a pas à souffrir de la présence de l'élément français. Tout esprit impartial qui voudra se
PRÉFACE xv „—— ——ʃ—ͤ—ñ— —Lʒk donner la peine de lire sans préjugé le présent volame se convaincra bien vite de la vérité de la thèse suivante établie déjà avec maîtrise par un illustre dominicain : “Le catholicisme et la race française ont toujours été inféodés l'un à l'autre, ei bien que partout où croît et se développe la race française le eathollelame eroit et s'étend avec elle, et que partout où elle perd de son influence le catholicisme déchoit avec elle ou du moins semble perdre toute sa force d'expansion et de conquête et réciproquement ”. (1) 5
C’est ce que l’on voudrait mettre en pleine lumière avec les chiffres que l’on cite en si grande abondance; I s’agit, en effet, de détruire avec des statisti.
. Ques et des faits une théorie étrange née dans cer. tains cerveaux qui révent nuit et jour d’anglicisation dans la sainte Eglise du Christ. C'est à eux que s’adressait surtout M. Henri Bourassa qui rappelait de bonnes et solides vérités quand il se demandait dans son éxcellent article paru dans Le Devoir” du 20 juillet 1910, si le catholicisme au Canada doit être français ou anglais.
Je sais bien que d'excellents esprits se sont laissés séduire par le mirage de la prospérité anglosaxonne ; et dans la sincérité de leur âme, ils
2 14 4% Le Nouvelle Francs, livraison de novembre 1000.
LA
dei à la puissance anglaise, qui se fera un honneur | de porter bien loin le flambeau de la foi, Lun d'entre eux est allé jusqu'à me dire en toute r.
plieité que la persistance des Canadiens-Français
à vouloir conserver leur langue et leur nationalité retardait au Canada l'essor du catholicisme. La lecture des pages que je viens de parcourir réusaira peut-être à modifier un tel jugement. En tout ens U est bon que l’on sache, et je le dis ici bien haut, que Eglise catholique, apostolique et romaine ne peut être ni anglaise, ni française. “Elle ne peut asservir une race à l’autre.”
Jamais elle ne periièttra que l'on fasse de son gouvernement un instrument d’assimilation angiosaxonne, pas plus, du reste, qu'elle ne demandera que les catholiques de langue anglaise prient et adorent le Christ en français. |
l’anglais qui veut faire disparaître le français. Or, neu avons eu tout dernièrement Ia bonne fortune de lire un document qui montre bien dans quel esprit on doit envisager ces problèmes, II Emane d’une plume épiscopale. Je suis ravi de me couvrir
Rappelant un rapport qu'il présenta jadis à feu Mgr Doutreloux, Mgr Rutten, maintenant évêque de Liège, répond à lobjection “qu’il n’y aurait pas grand mal, après tout, à ce que le français devint la langue usuelle, meme des Flamands, que l'unité de la patrie y trouverait son bénéfice par la facilité
des relations entre Flamands et Wallons et par la fusion complète et plus prompte des deux races en une seule”. Voici ses paroles: elles sont toutes pleines d’actualité. 8 “Sans m’arrêter à la chimère des deux races en une seule, je répondis à l’objection en ces termes : “Je pense, Monseigneur, que votre Grandeur doit envisager de plus haut la question flamarde, et 1. que pour elle, il y aurait grand mal, il y aurait lé. sion grave de la justice à enlever, si c'était possible, à un peuple sa langue maternelle, puisque la langue est l'élément le plus vivace de toute nationalité et que le droit à l’existence, pour les peuples, comme pour les individus, est le premier des droits.
2. Que Punits de la patrie n’a rien à gagner à la transformation lente mais fatale de la partie fla- | mande du pays en une espèce de Pologne ou d’Irlande dont les justes plaintes depuis des siècles émeuvent tout homme loyal et honnête ”.
Si là-bas les intérêts flamands et religieux sont intimement liés, il est incontestable qu'ici la con-
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autre façon la prédicaet, en dernière analyse, c’est Pa- 5 pôtre des Gentils qui a raison,